Abd El-Kader
L'émir Abd-El-Kader, né en (1808 à Mascara Algérie - mort le 24 mai 1883 à Damas Syrie), est un militaire et homme politique algérien.
Son père était un cheikh de l'ordre des Qadiri soufi. Il eut une éducation religieuse musulmane. Il voyagea à La Mecque, Damas, Bagdad et fut impressionné par les réformes menées par Mohammed Ali en Égypte qu'il émancipait de l'Empire Ottoman. Il retourna en Algérie quelques mois avant l'invasion par la France en 1830 contre ce même Empire Ottoman.
En moins de deux ans, il fut fait émir et, avec de nombreuses tribus, commença une rébellion. Il remporta de nombreuses victoires tactiques suivies de cessez-le-feu.
Le 20 mai 1837, il signa avec Bugeaud, ancien commandant du corps expéditionnaire, la convention de la Tafna, qui sera par la suite source de malentendus. Par cette convention, la France reconnaissait son autorité sur l'ensemble du beilik de l'Ouest, sauf Oran, Arzew, Mostaganem et Mazagran, sur le beilik du Titteri et sur la province d'Alger, à l'exception, d'Alger et de Blida ainsi que de la plaine de la Mitidja et du Sahel algérois. Dans ces territoires, les deux tiers de l'Algérie, Abd-El-Kader s'efforce d'organiser un État sur une base théocratique, avec le Coran pour loi suprême. Il voulut annexer le Constantinois en y nommant un « khalifa ». En réaction, la France organisa l'expédition des « Portes de Fer » en octobre 1839, expédition qui fut considérée par Abd-El-Kader comme une violation du traité de la Tafna. À partir de ce moment, la guerre reprit avec violence.
Sa guérilla dans l'Ouest fut efficace jusqu'en 1842 mais il ne put unir les Berbères et les Arabes.
Le tournant de la guerre fut la nomination du maréchal Bugeaud comme gouverneur général de l'Algérie en 1842. Celui-ci changea complètement de tactique de l'armée française, aidée de nombreuses troupes composées d'Algériens (troupes régulières : zouaves, spahis… et corps irréguliers : les goums). Il harcela les troupes d'Abd-El-Kader, en cherchant à les couper de leur base. L'émir fut refoulé sur les hauts plateaux steppiques avec sa smala, capitale ambulante estimée à 30 000 personnes. Abd-El-Kader essuya un grave revers le 16 mai 1843, avec la prise de la smala par le duc d'Aumale dans la région de Boghar. Il rassembla les restes de ses troupes, sous le nom de déïra, et se tourna vers le sultan du Maroc. Celui-ci, qui avait des visées sur l'ouest algérien, intervint mais fut défait à la bataille de l'Isly (oued près d'Oujda) le 14 août 1844. Le traité de Tanger qui s'ensuivit déclara Abd-El-Kader hors-la-loi aussi bien en Algérie qu'au Maroc, et délimita la frontière entre les deux pays. Abd-El-Kader tenta de relancer la révolte en 1847, mais échouant à rallier les tribus kabyles, il dut se réfugier au Maroc.
Attaqué par les troupe du Maroc, il accepta de se rendre le 21 décembre 1847 au général La Moricière en échange de l'engagement confirmé par le gouverneur général duc d'Aumale qu'il serait transporté en orient. Mais dans un premier temps, cette promesse ne fut pas tenue, et il fut exilé en France d'abord à Toulon, puis à Pau et ensuite au château d'Amboise.
Napoléon III vint lui rendre visite et, curieusement, l'Empereur et le combattant détenu sympathisèrent. Les visites se renouvelèrent en conséquence régulièrement ainsi que les échanges de points de vue. En quelque temps, l'entente entre les deux hommes était devenue excellente.
Après avoir fait serment de ne plus perturber l'ordre colonial en novembre 1852, il partit pour Brusa puis Damas. Il enseigna la théologie à la mosquée des Omeyyades). En juillet 1860, suite aux troubles provoqués par les Druzes, des musulmans attaquèrent les quartiers chrétiens tuant plus de trois mille habitants. L'émir intervint pour arrêter le massacre et protégea la communauté des quinze mille chrétiens de Damas grâce à son influence auprès des dignitaires de la ville. Il reçut la grand-croix de la Légion d'honneur ainsi qu'une pension confortable. Il passera le reste de sa vie à écrire notamment de la philosophie.
Pour la France coloniale de l'époque, il était le modèle de l'indigène éclairé ayant compris la vocation civilisatrice de la colonisation et collaborant avec la France après l'avoir combattu avec honneur.
Pour les Algériens, il est le père de la nation algérienne, le héros qui ne s'est rendu que pour préserver les Algériens d'un combat inégal et perdu d'avance.
