Aby Warburg
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Aby Warburg (1866-1929) est un historien de l'art
Né à Hambourg en 1866, issu d'une riche famille de banquiers juifs, Aby Warburg entre à l'université de Bonn en 1886 pour y étudier l'histoire de l'art à laquelle il consacrera sa vie (la légende veut qu'il ait abandonné l'héritage familial au profit de son frère en échange de l'engagement de celui-ci à lui fournir tous les ouvrages qui lui seraient nécessaires). Ouvert à de nombreuses approches (philosophie, anthropologie, histoire de l'art, psychologie...), il est tenu pour fondateur de l'iconologie, une nouvelle méthode d'analyse qui consiste, selon l'auteur, à “opérer une décomposition [de l'œuvre] qui en fera apparaître clairement l'hétérogénéité matérielle ou essentielle”.
Son intérêt pour l'histoire de l'art lui attire les foudres de sa famille qui le destinait à une autre carrière, d'autant que cette discipline n'était pas particulièrement affectionnée par la religion judaïque de tradition iconoclaste et qu'il poussera l'opposition jusqu'à déclarer à son père qu'il ne peut prendre le temps de manger casher en raison de l'emploi du temps de ses études. Dès lors, sa relation avec la religion ne cessera d'être ambiguë (il se déclara même chrétien “au fond de [son] âme”) et, en 1892, il se mariera contre l'avis de son père avec une non-juive, Mary Hertz.
Ses travaux le conduisent à devenir un spécialiste de la Renaissance et retrouvera dans l'étude de cette période cette même idée que Nietzsche avait développé quant à l'art antique grec dans la Naissance de la tragédie, qui y voit apparaître une civilisation prise entre une raison symbolisée par Apollon et une passion représentée par Dionysos.
En 1895-1896, au cours d'un voyage aux Etats-unis, Aby Warburg se rend dans le sud-ouest dans les pueblos où résident les indiens Hopis. Il découvre la poterie, puis les poupées katcinas et assiste finalement à des danses. Il ne rapporte de cette expédition que quelques clichés qu'il présentera dans des clubs de photographie et qui n'auront pas un grand retentissement.
Au cours de l'année 1918, Warburg rassemble des documents afin de comprendre le conflit qui se déroule sous ses yeux et, au sortir de la Grande guerre, finit par se croire le responsable du déclenchement celle-ci. Commence dès lors une période de folie qui durera jusqu'en 1923 ; qualifiée de “psychose aiguë” celle-ci se manifeste par des angoisses, un sentiment de persécution et des passages délirants (il entend les cris de sa famille sous la torture, croit que la viande qui lui est servie est la chair de ses enfants). Après avoir été interné pendant trois années dans une clinique d'Hambourg, il intègre la clinique Bellevue située en Suisse où il sera suivi par Ludwig Binswanger, un disciple de Sigmund Freud.
Binswanger estime à l'époque que bien que Warburg ait conservé toutes ses facultés intellectuelles, ce dernier n'est plus apte à mener sa recherche en raison des difficultés qu'il éprouve à se concentrer longuement sur un sujet précis. En 1923, Warburg propose un marché incroyable à l'équipe thérapeutique : s'il parvient à produire un travail scientifique, ceux devront l'autoriser à mettre un terme à son séjour dans l'établissement. Le 21 avril, il présente à un public composé tout autant de soignants que de patients de la clinique, une conférence sur les rituels des indiens Hopis, qu'il mettra en relation avec le sacrifice, le débat sur la civilisation mais aussi encore avec l'art du Quattrocento. Son exposé insiste notamment sur le haut degré de la civilisation hopi dont les rites procèdent d'une nécessité pratique (faire venir la pluie) et se situent au niveau symbolique (le serpent n'est pas réellement sacrifié, mais « intégré » par le geste de le prendre dans sa bouche et relâché dans la nature pour aller « porter le message »).
Le résultat convainc les thérapeutes de la clinique et Warburg sort de celle-ci. Il continuera sa recherche en travaillant sur un ouvrage inachevé appelé Mnemosyne, jusqu'à sa mort due à une crise cardiaque survenue en 1929. Il laisse derrière lui une œuvre importante ainsi qu'une vaste bibliothèque qu'il constitua tout au long de sa vie comprenant 80 000 ouvrages et située (encore de nos jours) au Warburg Institute à Londres.
