Achille
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Achille (en grec ancien Ἀχιλλεύς / Akhilleús) est un héros légendaire de la guerre de Troie, fils de Pélée, roi de Phthie en Thessalie, et de la déesse Thétis, fille de Nérée. Il est fréquemment appelé « Péléide » ou « Éacide », épithètes qui rappellent son ascendance.
Il a été longuement chanté par Homère dans l'Iliade.
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Vie d'Achille
L'enfance
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L'un des faits les plus marquants de sa légende vient du désir de sa mère de le rendre immortel. Ensuite, les récits divergent. Selon Lycophron, Thétis a sept fils de Pélée, et en jette six dans le feu, parce qu'ils ne sont pas immortels et par dépit du mariage forcé avec Pélée. Le scholiaste d'Homère affirme plutôt qu'elle les place dans le feu pour que celui-ci consume la part mortelle des enfants (une légende semblable est attachée à Isis, dans la mythologie égyptienne, ou à Démophon d'Éleusis). Selon le grammairien Jean Tzétzès, elle le frotte avec de l'ambroisie et le plonge la nuit dans le feu.
Enfin, la variante la plus populaire la montre trempant son fils dans les eaux du Styx, le fleuve des Enfers, en le tenant par le talon. Il devient ainsi invulnérable, à l'exception du talon par lequel sa mère l'avait tenu, ce qui a donné lieu à l'expression « talon d'Achille », qui signifie « endroit vulnérable, point sensible ». Néanmoins, rien dans L'Iliade ne permet d'affirmer qu'Achille est insensible aux coups. Dans la Suite d'Homère de Quintus de Smyrne, il est blessé par le prince éthiopien Memnon (II, 410–411). Il faut noter, au reste, qu'Achille n'est pas le seul héros grec réputé (presque) invulnérable : les Anciens accordent aussi ce privilège à Ajax le Grand.
Achille apprend de Phœnix l'art de l'éloquence et le maniement des armes. Il reçoit des leçons de médecine du centaure Chiron, qui le nourrit avec des entrailles d'animaux pour lui conférer leur force, et du miel pour la douceur.
Aux avertissements de sa mère, qui lui laisse le choix entre une vie courte et brillante et une vie longue mais obscure, il répond qu'il préfère la première. Lorsqu'il a 9 ans, le devin Calchas prédit que sa beauté et son courage, ainsi que la protection d'Héra et d'Athéna, le rendent indispensable aux Grecs pour remporter la victoire. Sa mère, craignant pour sa vie, le déguise en femme et le cache parmi les filles de Lycomède, roi de Skyros, afin de le soustraire à la pression des guerriers. Il y porte le nom de Pyrrha, « la rousse ». D'une fille de Lycomède, Déidamie, qu'il épousera plus tard, il a un fils, Néoptolème, également surnommé Pyrrhus, et qui participe également à la guerre de Troie.
Une ruse d'Ulysse le contraint à suivre les Grecs : déguisé en marchand, le roi d'Ithaque propose aux filles de Lycomède d'essayer des tissus précieux et des armes. Achille se dévoile en étant le seul à essayer les armes. Au contraire, suivant Homère (Il., IX, 439), Achille est envoyé directement par Pélée, avec ses Myrmidons.
Avide de gloire et d'exploits, il suit donc avec son inséparable ami Patrocle, les deux héros grecs Ulysse et Nestor et rejoignent le siège de Troie. Au début de la guerre, selon le pseudo-Apollodore, Achille a 15 ans, ce qui fait de lui l'un des plus jeunes guerriers achéens.
À Troie
Patrocluspederastyscene.jpg
Arrivé à Troie, une fois les Troyens retranchés derrière leurs murailles, Achille s'emploie à couper l'approvisionnement de la ville. À la tête de ses nefs, il attaque et réduit ainsi onze cités d'Asie mineure, tributaires de Troie. C'est dans l'une de ces villes, lors de la dixième année de siège, qu'il reçoit pour part d'honneur, Briséis, tandis qu'Agamemnon reçoit Chryséis lors du sac de Thébé.
C'est à ce moment que commence le récit de l'Iliade. Une peste frappe le camp grec et Calchas, encouragé par Achille, révèle qu'Apollon a puni Agamemnon pour avoir refusé à son prêtre, Chrysès, de lui rendre sa fille Chryséis. Obligé de céder, Agamemnon furieux réclame une autre part d'honneur. Achille se récrie et Agamemnon, pour l'humilier, décide de remplacer Chryséis et prend Briséis la belle captive dont Achille était tombé amoureux. En colère, ce dernier se retire sous sa tente et jure sur le sceptre d'Agamemnon, don de Zeus, de ne pas retourner au combat. Il implore sa mère de demander à Zeus l'avantage aux Troyens, tant qu'il sera absent du champ de bataille. Zeus le lui accorde. C'est ce que résument les premiers vers de L'Iliade :
- « Chante, ô déesse, le courroux du Péléide Achille,
- Courroux fatal qui causa mille maux aux Achéens
- Et fit descendre chez Hadès tant d'âmes valeureuses
- De héros, dont les corps servirent de pâture aux chiens
- Et aux oiseaux sans nombre : ainsi Zeus l'avait-il voulu. » 1
Privés de son appui, les Grecs essuient défaites sur défaites, et alors que les Grecs sont acculés et que les Troyens menacent de brûler leurs nefs, le vieux sage Nestor convainc Patrocle, l'ami et l'amant d'Achille, de se substituer à lui. Patrocle obtient l'autorisation d'Achille de sauver les Grecs en portant ses armes. La manœuvre réussit mais Patrocle, malgré sa promesse à Achille, engage la poursuite. Il est tué par Hector, qui prend les armes d'Achille comme butin. Furieux et humilié — trompé par Patrocle, qui en est mort et donc hors de punition, et symboliquement vaincu par Hector —, Achille décide de se venger, malgré les avertissements de sa mère : s'il affronte Hector, il mourra peu de temps après. Héphaïstos lui forge de nouvelles armes, avec lesquelles il sort à la recherche d'Hector.
Revêtu de son armure magique, il s'engage à nouveau dans le combat et abat un grand nombre de Troyens sur son passage, tellement que les eaux du Scamandre sont souillées de cadavres. Offensé, le Scamandre manque de noyer Achille. Il rencontre enfin Hector, le défie et le tue avec l'aide d'Athéna. Il traîne sa dépouille trois fois autour de la ville, avec un char habituellement conduit par Automédon et chaque jour autour du tombeau de Patrocle.
Achille fait pourtant preuve d'humanité en laissant le roi Priam venir lui réclamer le corps de son fils pour lui accorder des dignes funérailles. Il obéit ainsi à sa mère, envoyée par les dieux mécontents du traitement infligé à la dépouille du héros. Il organise ensuite les funérailles de son ami Patrocle et ses jeux funéraires.
Mais les jours d'Achille sont comptés, il meurt peu après, au pied des murailles de Troie, le talon, son point faible, percé d'une flèche tirée par Pâris guidé par Apollon, ou par Apollon lui-même. Plusieurs mythes divergent quant à sa mort : soit elle a lieu sur le champ de bataille, soit dans le temple d'Apollon, en s'apprêtant à trahir les Grecs pour épouser Polyxène, fille du roi Priam, dont il était tombé amoureux. Ses funérailles sont contées dans le chant XXIV de L'Odyssée par l'âme d'Agamemnon, ainsi que dans le livre III de La Suite d'Homère de Quintus de Smyrne. Ses cendres sont mêlées à celles de Patrocle et d'Antiloque dans une urne d'or. Il fut enseveli, au milieu des pleurs et de gémissements, sur le rivage de l'Hellespont et ne connut donc pas la victoire finale des Grecs.
Bien que d'un caractère ombrageux, Achille « aux pieds légers » est considéré par les Grecs à l'égal d'un demi-dieu, et vénéré dans des temples qui lui sont dédiés à Sparte et Élis. Il a de nombreuses aventures et on lui prête de nombreuses amours.
Après sa mort
Homère, dans l'Odyssée, le représente régnant sur le pré de l'Asphodèle dans l'Hadès, et bien désabusé. À Ulysse qui le félicite de régner parmi les morts, il répond (XI, 488–491) :
- « Ne cherche pas à m'adoucir la mort, ô noble Ulysse !
- J'aimerais mieux être sur terre domestique d'un paysan,
- Fût-il sans patrimoine et presque sans ressources,
- que de régner ici parmi ces ombres consumées... » 2
Dans une variante du mythe, l'une des épopées du Cycle troyen, L'Éthiopide, le représente après la mort comme vivant la vie idéale du guerrier, sur l'Île Blanche, au milieu de combats sans nombre et de festins éternels, marié à Médée, à Hélène, à Iphigénie ou encore à Polyxène. Pindare, dans ses Néméennes (IV, 49-50), évoque pour sa part une île « brillante » située dans le Pont-Euxin. Euripide reprend également cette version dans son Andromaque (v. 1259–1262).
Le nom d'Achille
Achille est fréquemment appelé « Péléide » ou « Éacide », épithètes qui rappellent son ascendance. Le nom d'Achille a proprement parler est d'étymologie inconnue. Dans son Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Pierre Chantraine recense les nombreuses hypothèses avancées au cours des siècles. La question s'est en effet posée dès l'Antquité : le pseudo-Apollodore explique ainsi que son nom signifie « qui n'a pas de lèvres » (d'un α privatif et de χεῖλος / kheĩlos, « lèvre »), « parce que jamais il n'avait approché ses lèvres d'un sein » (Bibliothèque, III, 13, 6). Toutefois, cette étymologie populaire ne repose sur rien.
L'une des hypothèses plus convaincantes, émises par Leonard Palmer, donne au nom du héros le sens de « celui dont l'armée est affligée », de ἀχός / akhós, « le chagrin, l'affliction », et de λαός / laós, « l'armée, la foule des guerriers ». En effet, la figure d'Achille est étroitement liée au chagrin : celui éprouvé par les Achéens quand Achille se retire de la bataille, puis quand il meurt.
Le culte d'Achille
Achille fait l'objet d'un culte héroïque dans plusieurs régions de la Méditerranée. Il est difficile de savoir comment le culte a pris son essor, car les cultes héroïques se focalisent généralement sur la tombe du héros. En l'espèce, les restes d'Achille sont supposés se trouver sur les rives de l'Hellespont, non loin de Troie : dans L'Iliade (XXIII), Patrocle est enterré à cet endroit, et son fantôme demande à Achille que leurs cendres soient ensevelies au même endroit. L'Odyssée dans son chant XXIV confirme la chose.
Achille est vénéré en Chersonèse de Thrace, dans la région d'Olbia et en Tendra, ainsi qu'à Leucé, île identifiée avec l'Île Blanche. Là, les contes de marins évoquent des apparitions du héros. Cette association d'Achille ne doit pas nous étonner : Achille est fils d'une Néréide.
On dédie des temples (hérôons) et voue un culte, notamment à Sparte et à Élis. Des poèmes l'imaginent poursuivant une vie posthume radieuse, soit dans l'Île Blanche, à l'embouchure du Danube, soit aux Champs Élysées, entouré de divinités dont il partage l'existence et les plaisirs au sein d'une joie éternelle, entrecoupée de festins et de nombreux combats.
Des inscriptions à lui dédiées attestent d'un culte dans la région de la mer Noire allant du VIe siècle av. J.-C. à la période romaine, où il est connu sous le nom de « Pontarque » (en grec, roi du Pont). Un fragment d'Alcée (354 LP), reprenant la phraséologie de ces inscriptions, évoque Achille régnant sur la Scythie (Ἀχιλλεύς ὀ τὰς Σκυθίκας / Akhilleús o tàs Skuthíkas).
Achille comme personnage emblématique
Achille est un héros exemplaire. Ainsi Alexandre le Grand s'y compare-t-il, regrettant de ne pas avoir trouvé un Homère pour chanter ses propres exploits. En compagnie de son amant Héphaïstion, le conquérant sacrifie même sur la tombe d'Achille et de Patrocle.
On le retrouve dans les arts mais aussi en philosophie. Ainsi par exemple, Socrate s'attache-t-il à relativiser la droiture morale (faute d'une envergure intellectuelle suffisante, Achille n'aurait pas été capable de tromper autrui) à l'aide d'une comparaison entre Ulysse et Achille, en s'attachant à démontrer que si Ulysse était trompeur, Achille ne l'était pas moins, mais seulement moins habilement. Au contraire, Pindare loue sa droiture dans l'une de ses Néméennes.
Littérature
Achille est le héros de L'Iliade, mais aussi d'autres épopées du Cycle. On peut citer la Memnonide et l'Éthiopide d'Arctinos de Milet, la première ayant influencé la seconde, parlant d'Achille tuant le héros Memnon pour venger son ami Antiloque, thème très comparable au combat contre Hector pour venger Patrocle. Ces deux épopées sont probablement antérieures à Homère.
Il est aussi le héros de L'Achilléide, un poème en latin inachevé de Stace, contant l'enfance du héros.
Musique
- Achille et Polyxène est la dernière tragédie lyrique de Lully, qui n'eut le temps de composer que le prologue et le premier acte. La suite fut terminée par son assistant Pascal Collasse.
- Dans son opéra La belle Hélène, Offenbach en a fait un guerrier pas très malin, le « bouillant Achille ».
- En 1992, le groupe de heavy metal Manowar a écrit et chanté une chanson inspirée de l'épopée d'Achille, “Achilles, Agony and Ecstasy in eight Parts” dans l'album The Triumph of Steel.
Sources
- Apollodore, Bibliothèque [lire en ligne] (III, 13, 5) ;
- Apollodore, Épitome [lire en ligne] (III, 14–16) ;
- Apollonios de Rhodes, Argonautiques [lire en ligne] (I et IV) ;
- Argonautiques orphiques [lire en ligne] (v. 387 et suiv.) ;
- Callimaque, Hymnes [lire en ligne] (Apollon, v. 20) ;
- Hésiode, Théogonie [lire en ligne] (v. 1007) ;
- Homère, Iliade [lire en ligne] (passim) ;
- Homère, Odyssée [lire en ligne] (XI, 467 et suiv. ; XXIV, 16 et suiv.) ;
- Ovide, Métamorphoses [lire en ligne] (XI, 265 ; XII, 73 et suiv.) ;
- Quintus de Smyrne, Suite d'Homère (passim) ;
- Stace, Achilléide (passim) ;
- Tryphiodore, La prise de Troie [lire en ligne] (passim) ;
- Valerius Flaccus, Argonautiques [lire en ligne] (I, 133, 255 et 409).
Voir aussi
Bibliographie
- Anthony Edwards :
- Hélène Monsacré, Les larmes d'Achille. Le héros, la femme et la souffrance dans la poésie d'Homère, Albin Michel, Paris, 1984 ;
- Gregory Nagy :
- Le Meilleur des Achéens. La fabrique du héros dans la poésie grecque archaïque, Seuil, coll. « Des travaux », Paris, 1999,
- (en) The Name of Achilles: Questions of Etymology and 'Folk Etymology', Illinois Classical Studies, 19, 1994.
Articles connexes
Liens externes
1. L'extrait de l'Iliade est issu de la traduction de Frédéric Mugler, Actes Sud, 1995. 2. L'extrait de l'Odyssée est issu de la traduction de Philippe Jaccottet, Club français du livre, 1955.
