Anacoluthe

En rhétorique, l'anacoluthe est une rupture de la construction syntaxique. Le mot anacoluthe vient du grec ἀνάκολουθον anákolouthon, « qui n'est pas à la suite de » ; c'est un mot composé du préfixe privatif a(n)- et d'akolouthos, « qui suit, qui s'accorde » (ce mot a aussi le sens de « compagnon de route » d'où notre acolyte).

Principaux types d'anacoluthes :

L'anacoluthe appartient à la langue parlée (et tend par là à l'incohérence). Il est difficile d'assurer qu'une anacoluthe est bien une figure, c'est-à-dire un procédé volontaire destiné à produire un certain effet (persuader, attirer l'attention, dérouter...). Ainsi, l'exemple qu'on donne souvent, emprunté à Pascal, le nez de Cléopâtre : s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé n'est peut-être qu'une négligence, due à la rapidité de la rédaction (les Pensées sont le brouillon d'une œuvre jamais publiée du vivant de son auteur). De même, si l'on voit comme le théoricien du XIXe siècle Fontanier une anacoluthe dans le fameux vers de Joachim du Bellay, Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage parce que l'on attendrait Heureux celui qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, on oublie que, dans la langue de Du Bellay, il n'était pas rare d'utiliser de cette manière le pronom relatif (on en a gardé la trace dans des proverbes du type Qui vole un œuf vole un bœuf).

Cependant, on peut relever dans des œuvres littéraires quelques anacoluthes-figures assurées, ainsi chez Paul Éluard Moi mon remords/ Ce fut la malheureuse qui resta/ Sur le pavé, où l'anacoluthe produit un effet expressif et implique le narrateur dans son évocation. Certains auteurs (Paul Verlaine, Nathalie Sarraute) usent encore de l'anacoluthe pour imiter la langue parlée ou pour traduire le caractère décousu du monologue intérieur. Mais s'agit-il vraiment de figure ou de la simulation d'une erreur ou d'un état psychologique - ce qui est néanmoins toujours de la rhétorique, celle de la catégorie appelée ethos - ?

See also: Anacoluthe, Blaise Pascal, Ethos, Félix Leclerc, Grec, Joachim du Bellay, Nathalie Sarraute, Paul Verlaine, Paul Éluard