André Malraux
André Malraux (Paris, le 3 novembre 1901 - Créteil, le 23 novembre 1976) fut un écrivain, un aventurier et un homme politique français.
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Après une enfance avec sa mère et sa grand-mère épicières à Bondy dont il ne garde pas de bons souvenirs (Antimémoires, 1967), André Malraux entre à l’École des Langues orientales et fréquente les milieux artistiques de la capitale où il fait le dandy un peu farfelu (il se qualifie ainsi lui-même dans ses premières œuvres).
En 1921 il se marie avec Clara Goldschmidt, riche héritière d’une famille d’origine allemande.
Le 23 décembre 1923 Malraux est arrêté à Phnom Penh en compagnie d’un ami, Louis Chevasson. De mauvais placement boursiers ont dilapidé la fortune de son épouse Clara et André a pris la décision de découper un bas relief du temple de Banteay Srei à Angkor pour le revendre à un collectionneur. Il est condamné en juillet 1924 à trois ans de prison ferme, son ami Louis à un an et demi, pendant que Clara est acquittée. Celle-ci va mobiliser des intellectuels parisiens comme Marcel Arland, Louis Aragon, André Breton, François Mauriac, André Gide et Max Jacob. En appel, la peine de Malraux est réduite à un an avec sursis et il rentre en France en novembre 1924. En 1930, il publie La voie royale, un roman d’aventure largement inspiré par ces événements.
A l'été 1931, André Malraux et Clara aide Jean Cremet à rejoindre l'Europe pour y prendre une nouvelle identité. (il deviendra un des personnages de La Condition humaine).
Passionné d’archéologie, il accomplit une mission dans le Haut-Laos et se met au service du mouvement Jeune-Annam, puis des communistes chinois. Dès 1933, il milite contre le fascisme et le nazisme, puis s’engage dans l’aviation, aux côtés des républicains espagnols à partir de 1936. Évadé d’un camp de prisonniers, avec l'aide de son demi-frère Roland, il commande la brigade « Alsace-Lorraine » pendant la libération du sol français.
À partir de 1947, après avoir été ministre de la propagande, il s’attache à la personne du Général de Gaulle qui fera de lui son Ministre de l’Intérieur, puis de la Culture de 1958 à 1969.
Ministre, Malraux mêle politique de prestige et œuvre sociale. Il s’inspire ainsi des expériences du régime de Vichy (mise en place d’événements culturels destinés à la masse et patronés par l’État) et de mouvements fascistes tels que Jeune France (solidarité, exaltation et esthétique de la puissance humaine dans l’art, absence de littérature). Malraux est en effet l’archétype du gaulliste de gauche : son discours contre Mitterrand en décembre 1965 le prouve merveilleusement ("vous n’étiez même pas en Espagne"). En réaction au libéralisme de la IIIè république, il fait de la culture une affaire administrée par l’État. On n’oubliera pas en effet qu’il fut l’initiateur des Maisons de Jeunes et de la Culture qui marqueront profondément la vie des municipalités et des quartiers pendant plusieurs décennies. Tout ce mouvement culturel se fait aux détriments de la littérature, et aux bénéfices des arts qui ont le plus d’effets sur la masse. Mais la culture de Malraux en matière d’art et sa fraternité à l’égard de plusieurs artistes de premier plan (Matisse, Braque, Picasso, Giacometti) distinguent plus particulièrement encore l'œuvre du ministre : commandes du plafond de l’Odéon à André Masson, du plafond de l’Opéra de Paris à Marc Chagall, envoi de la Joconde de Vinci aux États-Unis, restauration du château de Versailles... Malraux n’a de cesse de faire rayonner la culture française dans le monde. Mais cette administration étatique de l’art, cette volonté de produire du culturel en y mettant les moyens budgétaires, a été jugé comme le grand enterrement nihiliste de la culture française par des historiens tel que Marc Fumaroli. Selon lui, en effet, si l’on compare l’extraordinaire abondance de talents lors de la IIIe république avec l'ère malrusienne et actuel, on s’apperçoit que l’après-guerre est pour la France un désert artistique, qu’on s’efforce de dissimuler à coup d’événements culturels. La IIIe république n’avait pourtant pas de politique culturel systématique ; l'art n'y était pas encore une formalité administrative.
Au cours de sa vie, marquée aussi par des épreuves personnelles (il perd son épouse Josette Clotis dans des conditions dramatiques, puis les deux fils qu’elle lui avait donnés), il a rencontré les grandes personnalités du monde politique (Mao Zedong, John F. Kennedy et Jawaharlal Nehru par exemple) et poursuivi un dialogue constant avec les grands artistes : Pablo Picasso, Marc Chagall, Georges Braque, Maurice de Vlaminck, André Derain, Fernand Léger, Jean Cocteau, André Gide, Max Jacob, Pierre Reverdy, et Louise de Vilmorin qui fut sa dernière compagne.
Homme des libertés, Malraux ne s’est jamais cru lié par un dogme et, à travers ses mutations, il est resté fidèle à son besoin de dépassement, à cet héroïsme dur qui exclut tout recours aux utopies consolatrices. Agnostique, il a mis dans l’art, et notamment dans l'idée d'un musée imaginaire qui arracherait les œuvres d’art à leurs fonctions traditionnelles pour les repenser dans leurs relations et leurs métamorphoses, la seule grandeur à la portée de l’homme et ses seules chances d’éternité. C’est pourquoi fraternité et humanisme sont au cœur de sa vie et de son œuvre :
- « L’humanisme (...) c’est dire : nous avons refusé ce que voulait en nous la bête, et nous voulons retrouver l’homme partout où nous avons trouvé ce qui l’écrase. » (Les voix du silence)
Si Mai 68 n’est pour lui qu’une illusion lyrique, il qualifie tout de même ces événements de "véritable crise de civilisation". On le voit en tête de la manifestation de ceux qui réclament la restauration de l’ordre à l’Arc de Triomphe le 30 mai. Cet ordre, Malraux n’a cessé de l’identifier à la personne et à l'œuvre du Général de Gaulle : l’année suivante, il quitte le gouvernement pour accompagner la démission du Général et sera l’une des seules personnes que celui-ci consentira à recevoir jusqu’à sa mort en 1970.
Ce sont les personnalités gaullistes, Jacques Chirac en tête, qui pourtant, en 1996, en dernier hommage, transfèreront les cendres de Malraux au Panthéon sous la supervision étrange de Bastet, la déesse chatte de l’ancienne Égypte.
Discours célébres
- 19 décembre 1964 : Discours du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon (sur wikisource)
Bibliographie sélective
- Les conquérants, 1928
- La voie royale, 1930
- La condition humaine, 1933, Prix Goncourt.
- Le temps du mépris, 1935
- L'espoir, 1937
- L'espoir, sierra de teruel (mise en scène du film)
- Les voix du silence, 1951
- Le Musée Imaginaire
- Antimémoires, 1967
- Les chênes qu'on abat, 1971
- La Corde et les Souris, 1973
Citations
La citation « le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas. » (ou l’une des ses variantes) est attribuée à André Malraux, mais il ne l’aurait jamais écrite ou prononcée. (A ce titre vous pouvez vous reporter à l'article « XXI siècle » du livre d'Odon Vallet, qui est professeur à Paris VII, Petit lexique des idées fausses sur les religions)
- « Il y a des guerres justes. Il n’y a pas d’armée juste. » (L'espoir)
- « Tout aventurier est né d’un mythomane. »
- « Il faut soixante ans pour faire un homme, et après il n’est bon qu’à mourir. »
- « À la maîtrise, l’enfant substitue le miracle. »
- « Le fou copie l’artiste, et l’artiste ressemble au fou. » (L'espoir)
- « La tragédie de la mort est en ceci qu’elle transforme la vie en destin. » (L'espoir)
- « On ne fait pas de politique avec de la morale, mais on n’en fait pas davantage sans. »
- « La pire souffrance est dans la solitude qui l’accompagne. » (La condition humaine)
- « Le pouvoir doit se définir par la possibilité d’en abuser. » (La voix royale)
- « Une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie. » (Les conquérants)
Biographies par
- Jean Lacouture, Malraux, une vie dans le siècle. Seuil, 1973
- Olivier Todd, André Malraux, une vie. Gallimard, 2001
- Rémi Kauffer, André Malraux : le roman d'un flambeur. Hachette, 2001.
- Marc Fumaroli, L’État culturel, où se trouve développée et argumentée la thèse d’un enracinement vichyste de la politique culturelle française.
Décorations
- Officier de la Légion d'Honneur
- Compagnon de la Libération - décret du 17 novembre 1945
- Médaille militaire
- Croix de Guerre (1939-1945)
- Médaille de la Résistance avec rosette
- Distinguished Service Order (GB)
- Médaille de la Résistance Tchécoslovaque
- Commandeur de la République Espagnole
- Ordre National de la République du Tchad
- Ordre National de Côte d'Ivoire
Liens externes
- La biographie de l’association pour la diffusion de la pensée française
- Amitiés Internationales André Malraux
- Biographie en tant que Compagnon de la Libération
