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Sommaire

Définition

L'avortement est l'arrêt avant son terme du processus de la gestation conduisant à la production d'un nouvel individu à partir de la conception, c'est-à-dire la fécondation d'un œuf.

On parle d'avortement dans toutes les espèces vivantes. Par extension, le terme est aussi utilisé pour désigner l'échec d'un développement quelconque sans rapport avec la procréation (avortement d'une greffe, d'un projet).

Cas de l'être humain

L'avortement chez la femme est un sujet de dispute légale et sociale. Aussi bien lorsqu'il est volontaire que lorsqu'il est involontaire du fait d'autrui (par exemple : faute médicale, brutalité, ou accident).

Terminologie

Aspects religieux

Une incompréhension se manifeste en particulier entre ceux qui estiment qu'un embryon humain ne devient un être réellement humain et conscient que lors du début d'une activité cérébrale, et ceux qui au contraire le pensent pourvu d'une âme dès la conception. Parmi ces derniers, les religions ou philosophies posant l'hypothèse des réincarnations sont assez neutres sur le sujet, tandis que celles qui rejettent cette croyance voient la chose avec davantage d'inquiétude. Hormis le catholicisme qui considère que la vie commence dès la conception (Création du code génétique unique), la plupart des religions n'ont pas une position unanime sur le problème de l'avortement. Toute la difficulté, d'un point de vue légal, se pose de définir une limite précise au statut d'un embryon, autorisant l'avortement en-deçà, et condamnant éventuellement le meurtre au-delà. La plupart des pays du monde ayant des législations différentes et variables avec le temps, on peut en conclure que cette limite n'a pas été trouvée.

Bouddhisme

Le bouddhisme considère que la conscience démarre au moment de la conception.Il interdit donc généralement l'avortement comme supprimant une vie. Il reconnaît cependant qu'il existe des situations justifiant l'avortement. La définition exacte de ces situations est généralement reconnue comme un problème de société qui sort du cadre de la philosophie bouddhiste.

Catholicisme

Dès le concile d'Elvire vers l'an 300, l'Église catholique punit l’interruption de grossesse d'excommunication, quel que soit le stade de développement du fœtus. En 1679, Innocent XI affirme que la condamnation de l'avortement est indépendante des controverses théologiques sur la date d'« animation » de l'âme. Ensuite, les différents papes vont réaffirmer cet interdit: bulle effraenantum de Sixte V en 1588, lettre postolicae Sedis de Pie IX en 1869, casti connubii de Pie XI (1930), humanae Vitae de Paul VI (1972), evangelium vitae de Jean-Paul II (1995). Aujourd'hui l'avortement est puni par l'Église d'une excommunication latae sententiae, c'est-à-dire d'une exclusion automatique du simple fait de l'acte, sans que l'autorité cléricale ait à se prononcer (canon 1398). On peut noter que c'est la seule infraction de « droit commun » qui soit punie d'une telle peine, ce qui démontre la force de l'interdit pour l'Église catholique.

Islam

L'islam prohibe l'avortement mais cet interdit est plus ou moins sévère suivant les circonstances et l'état de développement du fœtus. L'interdiction est absolue après 120 jours de grossesse (insufflation de l'âme réelle). Hormis pour l'école malékite, l'avortement peut être admis avant les 120 jours en cas de grande nécessité reconnue (malformation du fœtus, danger vital pour la mère, viol, mère handicapée ne pouvant assurer l'éducation de l'enfant).

Judaïsme

En règle générale, la loi juive n'autorise l'avortement que si le fœtus constitue une menace directe pour l'intégrité de la mère. Les limites de cette menace sont cependant très discutées. Il s'agit de toute menace vitale pour la mère, mais également du risque d'aggravation d'une maladie physique ou psychique. Pour certains Rabbins cette menace peut être étendue au cas d'adultère, voire aux grossesses extra-conjugales du fait de l'atteinte grave à l'honneur qu'elles entraînent. Dans leur immense majorité (on peut citer l'exception le Rabbin Eliezer Waldenberg), les autorités juives ne reconnaissent pas les infirmités du fœtus comme une indication de l'interruption de la grossesse. Rav Moshe Feinstein interdisaient ainsi les diagnostiques prénatals qui entraînent les parents à demander une action abortive.

Église orthodoxe

Les Églises orthodoxes des sept conciles se réfèrent au canon 91 du concile Quinisexte de 691:

Les femmes qui procurent les remèdes abortifs et celles qui absorbent les poisons à faire tuer l'enfant qu'elles portent, nous les soumettons a la peine canonique du meurtrier.

En général elles reconnaissent que certains cas extrêmes, comme un danger de mort pour la femme enceinte, peuvent justifier un acte abortif. C'est alors à la femme de prendre cette décision. Schismatiques mais non hérétiques, la position des Eglises Orthodoxes rejoint sur le plan de la morale, celle du Catholicisme.

Protestantisme

Les Églises protestantes historiques (presbytérienne, épiscopalienne, méthodiste….) adoptent des positions variées. L'avortement est une question éthique, et les protestants considèrent le plus souvent qu'en matière de morale, c'est à chacun de prendre ses responsabilité face à Dieu. Ils acceptent généralement l'avortement en cas de grave danger pour la mère, et ne condamnent pas formellement les autres cas. Ainsi par exemple, la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse a soutenu la révision du code pénal donnant aux femmes le droit de décider librement sur l'interruption d'une grossesse dans les 12 premières semaines. Les Églises évangéliques, en revanche, interdisent fermement l'avortement.

Aspect sociologique

Luc Boltanski note que, bien que l'avortement soit presque toujours réprouvé, toutes les sociétés ont développé et pratiquent des techniques abortives, le plus souvent en secret.

Aspect légal au cours des époques

France

En France, l'avortement a longtemps été interdit, passible des travaux forcés à perpétuité, voire de la peine de mort sous le régime de Vichy (Marie-Louise Giraud, dite « la faiseuse d'anges », avorteuse pendant la guerre, a été guillotinée le 30 juillet 1943).

L'IVG a été dépénalisée en 1974, sous l'impulsion de Simone Veil, Ministre de la Santé du gouvernement de Valéry Giscard d'Estaing. La loi a au départ été adoptée à titre expérimental, et on espérait à l'époque que le problème se résorberait de lui-même avec la connaissance plus grande de la contraception par le grand public au cours du temps. Il n'en a rien été : le nombre d'IVG par an est resté quasi constant sur un quart de siècle, entre 150.000 et 230.000 enfants par an, selon les estimations, soit une conception sur 3 ou 5 naissances.

Pour les douze premières semaines de grossesse, les réformes successives y ont institué un droit d'accès. En revanche, l'avortement «pour motif médical» au-delà de ces délais, dont l'un des buts est d'éviter la naissance d'enfants malades, a été «encadré» pour les spécialistes. Depuis 1994, il nécessite l'autorisation des centres de diagnostic pluridisciplinaires qui décident à la place des femmes quelles maladies le justifient ou non.

Le Serment d'Hippocrate, prêté par tout médecin, interdisait l'avortement ("je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif") et dût pour cette raison être réformé en 1996, dans une version spécifiquement française.

Suisse

La Suisse a été parmi les premiers pays à autoriser l'interruption de grossesse pour des raisons médicales et psychiatriques, en 1942. La pratique s'est libéralisée au cours des années et en 2002, le peuple a accepté en votation populaire une nouvelle législation dite régime du délai: interruption volontaire de la grossesse dans les 12 premières semaines.

États-Unis d'Amérique

La conclusion de l'arrêt constitutionnel Roe vs Wade en 1973, fut que le droit d'une femme à l'avortement concerne le droit à la vie privée protégé par le 14ième amendement.

L'avortement est autorisé dans tous les États, dans les conditions suivantes :

Il y a environ 1 300 000 d'avortements par an aux États-Unis, soit un taux annuel de 4 pour 1000 habitants, comparable à celui de la France.

Voir aussi

Articles connexes

See also: Avortement, 1588, 1679, 1869, 1943, 1972, 1974