Bertrand Russell
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Médaille prix Nobel
Il reçut le prix Nobel de littérature en 1950 pour l'ensemble de son œuvre, en particulier pour son engagement humaniste et libre penseur.
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Biographie
- Orphelin à l'âge de quatre ans. Elevé par ses grand-parents (grand-père ancien premier ministre du Royaume) rigoristes.
- Découvre avec illumination, et comme une libération de l'atmosphère religieuse imposée par sa grand-mère, les Elements d'Euclide à l'âge de quatorze ans.
- La rencontre la plus déterminante de son existence philosophique fut celle avec Ludwig Wittgenstein en 1911.
- Marié (ou en couple) cinq fois.
- Survit à deux accidents d'avion.
Travaux scientifiques et philosophiques
Logique
Les contributions de Russell comprennent essentiellement le développement du calcul des prédicats de premier ordre, la défense du logicisme, le paradoxe qui porte son nom et la théorie des types.
- Russell a réfuté la théorie naïve des ensembles ainsi que la logique de Gottlob Frege en découvrant un paradoxe qui porte désormais son nom (paradoxe de Russell), dont on peut donner diverses versions en langage ordinaire, dont le paradoxe du barbier (qui rase tous ceux et uniquement ceux, qui ne se rasent pas eux-mêmes --- situation qui engendre la question insoluble: ce barbier se rase-t-il?). Il comprit l'importance de ces paradoxes en 1901, alors qu'il travaillait aux Principes des mathématiques (1903). Pour les résoudre, Russell créa la théorie des types : les espèces logiques sont hiérarchisées et aucune fonction logique ne peut s'appliquer à des objets ayant son propre type.
- Il a écrit avec Alfred North Whitehead les Principia Mathematica (Première édition: 1910 -- 1913; seconde édition, préparée par Russell seul: 1927). Cet ouvrage fondateur a l'ambition d'effectuer la réduction de l'ensemble des mathématiques à la logique, qui constitue le projet logiciste annoncé dans les Principes des Mathématiques. Pour ce faire, les Principia Mathematica procèdent à une axiomatisation et une formalisation de la logique des propositions et des prédicats, et en dérivent les objets et propositions des mathématiques. De fait, seule l'arithmétique élémentaire est abordée --- le tome 4 des Principia qui devait aborder la géométrie ne fut jamais écrit. Les Principia Mathematica furent le premier texte de référence de la nouvelle logique mathématique. Ils furent à la source des travaux des philosophes et logiciens Carnap, Quine et Gödel, notamment.
Philosophie analytique
(voir article Philosophie analytique)
En philosophie, Russell apporta de nombreuses nouveautés en métaphysique, en épistémologie, en éthique et en histoire de la philosophie. Il utilisa la logique pour tenter de clarifier les problèmes philosophiques, ce qui en fait l'un des fondateurs de la philosophie analytique. Mais son problème fondamental fut surtout de découvrir si l'homme est capable de connaître quelque chose : Existe-t-il au monde une connaissance dont la certitude soit telle qu'aucun homme raisonnable ne puisse la mettre en doute ? (Problèmes de philosophie, §1)
L'atomisme logique
(Voir Atomisme logique)
La raison pour laquelle j'appelle ma théorie l'atomisme logique est que les atomes auxquels je veux parvenir en tant que résidus ultimes de l'analyse sont des atomes logiques et non pas des atomes physiques. (La Philosophie de l'atomisme logique).
Philosophie du langage
(voir article Description définie) La théorie des descriptions est sans doute la contribution la plus importante de Russell à la philosophie du langage. Elle est illustrée par la phrase : l'actuel roi de France est chauve. Le problème de cette dernière proposition est d'en identifier l'objet, étant donné qu'il n'y a pas de roi de France actuellement. Alexius Meinong a proposé la thèse d'une réalité d'entités non-existentes auxquelles nous nous référons dans le cas des propositions du type ci-dessus. Mais c'est une théorie pour le moins étrange. Pour Frege, nous devons au contraire rejeter toute proposition dont les mots ne supposent manifestement pas pour des objets existants. Mais le problème de cette dernière solution est que des propositions sans référent ne sont pas nécessairement privées de sens, et elles peuvent donc être vraies.
Ce problème des descriptions définies, inclut des termes commençant par le, ou quelques fois des noms, Walter Scott par exemple. Russell a cependant parfois estimé que le terme d'une proposition désigné par « nom » devait être désigné par l'expression : « description définie déguisée. » Mais dans certains de ses travaux, il a considéré ces deux termes comme entièrement différent.
Mais quelle est la forme logique d’une description définie ? Comment les paraphraser pour faire apparaître que la vérité de l’ensemble de la proposition dépend de la vérité de ses parties ? Les descriptions définies se présentent comme des noms ne dénotant par nature qu’une seule et unique chose. Mais que dire alors de la proposition générale si l’une de ses parties semble ne pas être correcte ?
La solution de Russell est d’analyser tout d’abord non pas les termes seuls, mais la proposition entière contenant une description définie. « L’actuel roi de France est chauve » peut être selon lui reformulé ainsi : « il y a un x tel que cet x est l’actuel roi de France, et il n’y a rien à part x qui soit roi de France, et x est chauve. » Russell soutient que cette description définie contient une affirmation d’existence et une affirmation d’unicité, et que l’on peut les considérer séparément de la prédication qui est le contenu manifeste de la proposition générale. La proposition dit donc trois choses sur un sujet : la description définie en contient deux, et le reste de la proposition contient la dernière (la prédication). Si l’objet n’existe pas, ou s’il n'est pas seul en son genre, alors l’ensemble de la proposition est faux et non pas dénué de sens.
Théorie de la connaissance
Russell a introduit le notion de knowledge by acquaintance et knowledge by description en philosophie pour désigner deux types fondamentaux de connaissance.
Connaissance directe (knowledge by acquaintance)
Pour être pleinement justifié dans une croyance en la vérité d'une proposition, nous ne devons pas seulement connaître tel fait ou réalité qui donne sa vérité à la proposition, nous devons également avoir une connaissance directe avec la relation de correspondance qui existe entre cette proposition et le fait désigné. Cela veut dire que la justification d'une croyance dépend simplement d'un fait : par exemple, « la neige est blanche ». Cette connaissance est directe et immédiate, elle n'est pas le fruit d'une inférence mais découle simplement d'une sensation.
Connaissance par description
En revanche, quand il n'y a pas une telle relation de connaissance, comme par exemple la connaissance de l'assassinat de César - que nous ne connaissons pas directement, Russell parle de connaissance par description. Dans ce cas, nous ne sommes pas entièrement justifiés dans notre croyance en la vérité d'une proposition.
Le problème de l'induction
Russell admet que cette connaissance repose sur ce qu'il nomme le scandale de l'induction : les lois que nous admettons comme générales n'ont été vérifiées que pour un certain nombre, fût-il grand, de cas particuliers; cet à peu près ne saurait satisfaire le mathématicien, pour qui cette croyance à l'induction découle de l'association et de l'habitude (cf. Hume). Il admet ne pas voir d'élément pour résoudre logiquement ce problème, et juste contacter que la démarche inductive fonctionne, sans qu'on puisse expliquer pourquoi dans le cadre de la logique déductive, car toute explication du principe d'induction est une pétition de principe.
Russell ignore alors qu'un obscur chercheur du nom de Richard Threlkeld Cox travaille au même problème et publie en 1946 une justification mathématique de la logique inductive fondée sur trois axiomes d'allure raisonnable sur la cohérence à attendre d'une méthode de raisonnement et qu'il nomme desiderata. Cox démontrera deux résultats très importants et voisins :
- Une acquisition de connaissance inductive est soit isomorphe à la théorie des probabilités et à sa relation de Bayes, soit inconsistante.
- La logique booléenne ne constitue qu'un cas particulier des probabilités, qui représentent en fait une logique inductive depuis le début et non une simple extrapolation de la notion de fréquence : une seule mathématique préside aux logiques booléenne et probabiliste, les deux ne différent que par les valeurs utilisées : entières ou réelles !.
Les travaux de Cox restent alors ignorés des chercheurs et ne seront redécouverts qu'au début des années 1970, en particulier sous l'impulsion de Myron Tribus, Irving John Good et Edwin Thompson Jaynes (le théorème de Cox est du reste nommé aujourd'hui théorème de Cox-Jaynes). Trop tard hélas pour que Russell, mort en 1970, ait le temps d'en être informé.
Influence en philosophie
Russell est considéré comme le fondateur de la philosophie analytique.
Russell militant
Militantisme « pacifiste »
Pacifiste, Russell s'est opposé à la participation anglaise à la Première Guerre mondiale ce qui lui a valu la perte de son poste de professeur à l'Université de Cambridge ainsi que six mois de prison où il a pu écrire Introduction à la philosophie mathématique. Peu avant la Seconde Guerre mondiale, Russell défendait une politique de paix bien qu'il admît plus tard comme l'avait déjà exprimé Gandhi qu'Hitler devait être combattu. Il était plutôt pacifique que pacifiste, la guerre est un moindre mal dans certaines circonstances.
Pendant les années 1950, Russell s'est opposé aux armes nucléaires en signant un manifeste avec Albert Einstein et en animant des conférences. Il en fut emprisonné en 1961. Il milita aussi contre la guerre du Viêt Nam avec Jean-Paul Sartre en organisant un tribunal jugeant les crimes de guerre de l'armée américaine.
Engagement libre-penseur
Russell a écrit contre la morale victorienne, en particulier pour la sexualité libre : ce qui lui a coûté de vigoureuses dénonciations aux États-Unis. Il était d'ailleurs bon vivant.
Il se déclarait philosophiquement agnostique et en pratique athée. Il considérait le dieu chrétien comme les dieux grecs : il ne peut pas prouver leur existence mais il est fortement convaincu de leur inexistence.
Citations
- « Si je recevais la toute-puissance, avec des millions d'années pour expérimenter, je ne penserais pas à me vanter de l'Homme comme résultat de mes efforts. » Science et religion
- « J'ai un jour reçu une lettre d'une éminente logicienne, Mme Christine Ladd Franklin, disant qu'elle était solipsiste et qu'elle était surprise qu'il n'y en eût si peu d'autres. » Human knowledge: its scope and limits
- « Les mathématiques sont la science dans laquelle on ne sait jamais de quoi on parle ni si ce que l'on dit est vrai. »
- « La religion chrétienne a été et est encore le plus grand ennemi du progrès moral dans le monde. »
- « Actuellement, la technique scientifique progresse à la façon d'une vague de chars d'assaut qui auraient perdu leurs conducteurs : aveuglément, impitoyablement, sans idée ni objectif. »
Voir aussi : wikiquote:Bertrand Russell.
Bibliographie
- A Critical Exposition of the Philosophy of Leibniz (1900)
- Principles of Mathematics (1903, seconde édition 1937)
- Principia mathematica (avec Alfred North Whitehead, 1910-1916) ISBN 3518281933 (allemand), ISBN 052109187X (anglais)
- Sur la dénotation (1905)
- Problèmes de philosophie (1912)
- Theory of Knowledge (1913, Manuscrit inédit, publié en 1984)
- La méthode scientifique en philosophie (ou : Notre connaissance du monde extérieur, 1914) ISBN 2228895296
- Philosophie de l'atomisme logique (1918)
- Introduction à la philosophie des mathématiques (1919)
- Le monde qui pourrait être (Roads to freedom: socialism, anarchism, and syndicalism) (1920)
- Analysis of Mind (1924, traduit: L'Analyse de l'esprit)
- ABC de la relativité (1925)
- Pourquoi je ne suis pas chrétien (1927)
- Analysis of Matter (1927, traduit: L'Analyse de la matière)
- Essais sceptiques (1928)
- Le mariage et la morale (1929), ISBN 2228894524
- La conquête du bonheur (1930)
- Religion et science (1935)
- Human Knowledge: its scope and limits (1948) (Traduit: La Connaissance humaine)
- An inquiry into meaning and truth (1950, conférences de 1940)
- Satan in the Suburbs (1953, recueil de nouvelles)
- Pourquoi je ne suis pas communiste (1956)
- Histoire de la philosophie occidentale (Wisdom of the West) (1959)
Voir aussi
- Logique
- Ludwig Wittgenstein (Tractatus Logico-Philosophicus)
- Philosophie analytique
- Henri Poincaré
- Description définie
- Encyclopædia Britannica 1911
Liens externes
- Œuvres
- Russell surdansà st Andrews
- Biographie et citations de Bertrand Russell
- The Problems of Philosophy (Wikisource)
| Philosophes contemporains |
| Philosophes anglo-saxons et philosophie analytique John Austin, Gottlob Frege, Saul Kripke, Hilary Putnam, W.V. Quine, Franck Ramsey, John Rawls, Bertrand Russell, Ryle, John Searle, Alfred North Whitehead, Wittgenstein |
| Philosophes continentaux Edmund Husserl, Heidegger, Sartre, Merleau-Ponty, Gilles Deleuze, Michel Foucault, Jacques Derrida, Michel Henry |
