Cagots

Sommaire

Extension géographique et différents noms donnés aux cagots

Ils furent présents dans toute l’Europe jusqu’à la fin du XVIIe siècle, mais particulièrement dans les Pyrénées, tant en France qu’en Espagne. Principalement en Béarn et en Navarre, mais aussi dans tout le pays Basque et les Asturies, en Guyenne et Gascogne jusqu’en Bretagne et dans le Poitou. Le territoire Cathare fut cependant un des lieux où leur présence fut la plus dense.

Un des autres noms très utilisés pour les Cagots est « Crestias », « Chrestia » ou « Christianus » ; il est synonyme en béarnais de « lépreux » et il apparaît dans les textes vers l'an 1300. La lèpre désigne au Moyen Âge différentes maladies : la lèpre rouge est presque toujours mortelle ; la lèpre blanche ou lèpre tuberculeuse présente des signes semblables, mais peut se stabiliser. Mais tous ces malades inspirent la peur de la contagion et sont isolés hors des villages.

Le terme de Chrestians désignait les chrétiens ariens, de religion arianiste, (voir : arianisme) religion adoptée par les Lombards, les Wisigoths et les Ostrogoths. D'abord conquérants, ces peuples sont ensuite vaincus par les Francs et il est possible que leurs descendants se soient réfugiés loin des villes et se soient mélangés aux lépreux. Dans les textes anciens, christianus est indiscociable de leprosus et même utilisé à sa place.

Les Cagots sont aussi appelés « Giézitains », « Gésitains », « Gésites » en référence au personnage biblique Guéhazi (dont le nom hébreu n’est pas sans rappeler Guéhenne), serviteur d'Élisée, lépreux à cause de sa cupidité. L'Ancien Testament, (2 Rois chapitre 5), nous raconte comment la lèpre était sensée se propager par les vêtements, mais aussi par faute morale.

Ils sont nommés, outre les noms déjà cités, Gahetz, Gafets, Agotas, et en Bigorre Graouès ou Cascarrots. Ils sont nombreux à Bordeaux et appelés Ladres ou Gahetz. On trouve aussi leur trace en Anjou sous les noms de Capots, ou Gens des Marais, et en Bretagne : Caqueux, Caquins ou Caquouss.

Mais le terme de cagot pourrait aussi venir de « cangoth » : les « chiens de Ghoth » au Ve siècle, de « bigot » se référant aux Normands dès le XIIe siècle et correspondant à l’ancien juron anglais « by god », par Dieu. Ce nom présente également une analogie avec le mot grec « cacos » qui signifie « mauvais », proche du mot breton « caqueux » de même signification, mais vraisemblablement plus simplement du bas-latin « cagare ».

Quelques repères historiques

Ce phénomène semble avoir pris naissance vers l'an Mil pour s’estomper à partir du XVIIe siècle et se terminer au XIXe siècle siècle, très progressivement.

Origine

Les explications les plus diverses ont été données quant à l'origine des Cagots. Il est d'ailleurs vraisemblable qu'au cours des siècles des populations d'origines diverses se soient mélangées. Leurs origines sont probablement aussi diverses que la multitude de noms dont on les affublait, et qui ont chacun une explication.

Néanmoins, leur origine reste mystérieuse, et plusieurs thèses ont été évoquées. On a parlé de wisigoths battus par les Francs, de musulmans ayant trouvé refuge dans les vallée pyrénéennes durant la Reconquista en Espagne par les Rois Catholiques, de Sarrasins battus à Poitiers en France, de juifs, de cathares, de gitans et de lépreux. Il est cependant probable que les premiers soient les descendants d'un peuple vaincu par les armes et qui, fugitifs, trouvèrent refuge hors des villes dans les seules communautés où ils étaient certains que personne n’oserait aller les chercher : celle des lépreux. Par la suite, d’autres déshérités ou persécutés vinrent sans doute s’y amalgamer.

Comme on l'a vu plus haut, le nom même de « cagot » est d'origine incertaine.

Préjugés

A la différence des discriminations fondées sur la race, la religion, la langue qui peuvent être relayées par des théoriciens ou des politiques sans scrupules, cette ségrégation est restée locale et le plus souvent arbitraire : la naissance dans une famille de Cagots suffisait à établir pour le reste de la vie la condition de Cagot.

La peur de la lèpre est sans doute à l’origine de la discrimination de cette population mise au ban de la société médiévale d’abord et moderne ensuite faisant fonction de bouc émissaire pour conjurer la peur de cette maladie dont on ignore l’origine et que l’on ne sait pas soigner à l’époque. On les accuse donc d’empoisonner les puits. On les dit nuisibles et maléfiques, on les prétend parfois sorciers, les accablant de tous les maux et de tous les vices, les affublant de tares invraisemblables telles que l’absence de lobe aux oreilles, les pieds et les mains palmés, d’être goitreux. Evidents fantasmes relatifs aux séquelles physiques de la lèpre, tandis que le goitre était une maladie typique des populations montagnardes privées de nourriture iodée. L’isolement et la consanguinité enfin expliquent des cas d’arriération mentale dans cette population, mais on peut supposer que leur pourcentage ne différait guère du reste de la population locale.

Supposés dégager une odeur nauséabonde, certains documents les décrivent tantôt petits et bruns au teint olivâtre, tantôt grands aux yeux bleus. En fait aucune origine raciale homogène ou particulière n’apparaît clairement, et rien ne les distingue du reste de la population. Des médecins furent nommés comme experts par le parlement de Bordeaux et ne purent que conclure qu’ils étaient exempts de toute pathologie.

Ségrégation et discriminations

Un grand nombre de prescriptions pèsent sur eux, certaines sont orales, mais d’autres sont transcrites dans les « fors » (lois) de Navarre et du Béarn des XIIe siècle et XIIIe siècle siècles.

Tenus de porter un signe distinctif, une patte de canard coupée dans du drap rouge et cousue sur leurs vêtements (à Marmande en 1396, le règlement précise que les Gahets devront porter, cousu sur leur vêtement de dessus, coté gauche, un signe de tissu rouge, long d’une main et large de trois doigts). Ils n’ont pas de nom de famille ; seul un prénom suivi de la mention « Chrestians » ou « Cagot » figure sur les actes de baptême, et la cérémonie se déroule généralement la nuit tombée. À leur mort, ils étaient enterrés à l’écart dans un endroit du cimetière qui leur était réservé. Ils n’étaient autorisés à se marier qu’entre eux. Chrétiens, ils sont cependant relégués au fond des églises dans lesquelles ils ne sont autorisés à pénétrer que par des portes spéciales très basses pour les obliger à se courber pour y entrer ; un bénitier spécial leur était également réservé. Ils vivent enfin dans des quartiers spéciaux, souvent d’anciennes léproseries. Ils ne devront pas marcher pieds nus (ce qui était courant pour les pauvres) et dans certaines régions devront signaler leur approche par une crécelle.

Vivants comme des proscrits et comme frappés de tabou, un nombre considérable d’interdictions dictées par la superstition pèse sur eux : ils ne peuvent pas exercer certains métiers, généralement ayant un rapport avec certains éléments susceptibles de transmettre la lèpre comme la terre, le feu et l’eau (qu’ils doivent prendre à des fontaines qui leur sont réservées). Ils ne sont donc jamais cultivateurs. Tous les métiers ayant un rapport avec l’alimentation leur sont également interdits. Il leur est encore interdit de porter des armes, couteaux et autres objets tranchants, mais on les retrouve curieusement exerçant des professions telles que chirurgiens et on leur prête volontiers des dons de guérisseurs. Les femmes sont souvent sages-femmes ; jusqu’au XVe siècle siècle, les cagottes eurent même la totale exclusivité de cette activité. Ils sont par contre autorisés à toucher le bois, aussi sont-ils souvent charpentiers ou maçons, bûcherons ou tonneliers. Dans les cas où des instruments de torture sont en bois dans les bourgs et villages, ce qui est fréquent, ils sont souvent bourreaux ou menuisiers, constructeurs de cercueils, ce qui n’arrange pas leur sort auprès des populations locales. Les professions qui ont également le plus souvent été les leurs sont celles de vanniers, de cordiers et de tisserands. Payés en nature, ils ne perçoivent pas de salaire et constituent donc une main-d’œuvre à bon marché, mais sont en revanche exempts d’impôts, et ce jusqu’au règne de Louis XIV où l’on en comptait alors 2500 en Béarn. Ils rachètent alors, moyennant finance compensant les impôts dont ils étaient dispensés, leur « affranchissement » par Ordonnance royale.

Dans ces conditions, ils sont souvent dépendants la charité, en particulier de l’Église et de certaines fondations destinées à subvenir aux besoins des lépreux revenus des Croisades.

La lente lutte des Cagots vers l'intégration

La trace la plus ancienne de la lutte des Cagots pour la liberté et la dignité situe en Navarre. En 1514, les Agots de Navarre s'adressent au Pape Léon X, se plaignant de discriminations dans les églises. Léon X répond par une bulle de « les traiter avec bienveillance sur le même pied que les autres fidèles » et confie l'exécution de cette bulle au chanoine de Pampelune Don Juan de Santa Maria. Mais la mise en pratique provoqua des procès interminables, malgré l'appui en 1524 de Charles Quint, Empereur.

Pendant plus de trois siècles, le scénario se répète : brimades des Cagots, procès gagnés, appui du haut clergé et des princes, mais résistance des autorités locales et du peuple.

Au XVI° siècle, on estime qu’ils représentaient environ dix pour cent de la population. À partir de cette époque, si les interdits demeurent l’isolement se relâche, et au fil des siècles qui suivent ils commencent peu à peu à s’intégrer dans la population de sorte que leurs noms de familles, désormais inscrits sur les registres de l’état civil ne les distinguent plus, puisque, avec un même patronyme dans une même paroisse certaines familles sont cagottes et d’autres non. En fait, il est certains que la plupart des familles du sud-ouest de la France et de l’autre versant des Pyrénées en Espagne compte au moins un ascendant cagot.

C’est la Révolution française qui va leur permettre de devenir citoyens à part entière, de même que les juifs et les protestants. Il faudra toutefois attendre la fin du XIXe siècle siècle et le brassage de population dû à l’exode rural provoqué par l’industrialisation croissante pour que disparaissent les préjugés dont ils faisaient encore l’objet, non plus sous forme de discrimination mais sous forme d’injure. Le terme cagot en constituant une, encore utilisée dans le sud-ouest de la France, sans qu’on ne sache plus aujourd’hui qu’elle en est son origine.

Conclusion

En remontant le cours de l’histoire, il semble bien que cette population ait été un avatar d’un territoire tourmenté par les invasions et les guerres qui s’ensuivent, puis par les changements de religions et les hérésies qui en naissent, et les guerres qu’elles provoquent.

Voir aussi

Sens dérivé

Le terme cagot a pris, tout comme bigot, le sens d'une personne dévote à l'excès. L'origine de ce sens proviendrait des efforts desespérés des Cagots pour s'intégrer dans les communautés chrétiennes.

Lien externe

See also: Cagots, 1288, 1300, 1396, 1514, 1524, 1580, 1642, 1691