Caste

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Le mot caste - du portugais casta, pur, non mélangé, à rapprocher du français « chaste » - regroupe deux concepts liés, mais différents et parfois antagoniques dans la société indienne.

À Goa, durant la période coloniale, les Portugais utilisaient les termes suivants pour catégoriser les habitants de l'enclave :

Sommaire

La varna

L'acception du mot la plus courante en Occident correspond à varna (varṇa, वर्ण, « couleur », peut-être lié à la couleur de la peau), un cloisonnement de la société indienne issue des Vedas, mais qui ne correspond pas à la réalité du monde contemporain et sépare les personnes en quatre groupes hiérarchisés :

D'après Guy Deleury, le terme de « purs » était employé dans une intention ironique par les Portugais, comme il le fut deux siècles auparavant par l'Inquisition à propos des Cathares. Il aurait été utilisé tout d'abord pour désigner le groupe des brâhmanes, très préoccupés par les problèmes de pureté et de souillure, avant d'être étendu à l'ensemble des varna.

Les varna sont présentées dans la Bhagavad-gîtâ de la façon suivante (d'après la traduction de Émile Sénart cité dans Le modèle indou) :

Les devoirs des brâhmanes, kshatriya, vaicha, choudra
Se répartissent en fonction des qualités primordiales
D'où vient leur nature propre ;

Sérénité, maîtrise de soi, ascèse, pureté, patience,
Et rectitude, connaissance, discernement et foi,
Tels sont les devoirs du brâhmane selon sa nature.

La vaillance, la gloire, la constance et l'adresse,
Le refus de la fuite, le don et la seigneurie,
Tels sont les devoirs du kshatriya selon sa nature.

Soin des champs et du bétail, négoce,
Tels sont les devoirs du vaicha selon sa nature.
Servir est le devoir du choudra selon sa nature.

Bhagavad-gîtâ, XVIII, 41-44

La varna est intimement lié à l'hindouisme et à la notion de karma. Chacune de ces parties du corps social sont censées provenir d'une partie du corps de Brahma, les brahmanes sortant évidemment de la tête du dieu. En-dehors de cette justification religieuse de la place de chacun, et de la hiérachie entre les castes, il est évident que ces castes recoupent la trifonctionnnalité indo-européenne : les fonctions sacrée, guerrière et de production sont ici clairement identifiables.

Si on accepte l'hypothèse de la théorie de l'invasion aryenne, on obtient grossièrement l'organisation suivante de la société indienne : les trois premières varna, celles des deux fois né, correspondent alors aux groupes constitués de l'envahisseur indo-européen, groupes que l'on retrouve dans les zones où les indo-européens se sont implantés. La quatrième varna regroupe, dans ce cas, les membres des civilisations pré-aryennes comme celle de la civilisation de la vallée de l'Indus ou des dravidiens du sud de l'Inde et les intouchables, quant à eux, non civilisés, correspondent aux aborigènes de l'Inde, les habitants originels, impurs car non-hindouisés. Concernant les couleurs traditionnelles associées aux varna, blanc pour les brâhmanes, rouge pour les kshatriya, jaune pour les vaisya, noir pour les sudra, au-delà d'un lien possible avec la carnation des membres de chacune d'elle qui est cependant contredit par le fait qu'il y a toujours eu, par exemple, des brâhmanes à la peau noire, elles semblent plutôt être des symboles liés au rôle des varna dans la société, le blanc de la recherche de purété des brâhmanes, le rouge, la gloire et le sang des guerriers kshatriya, le jaune symbole de l'or et de la richesse, le but des vaisya, et le noir des tâches avilissantes des sudra.

La jâti

À côté du système de la varna existe un autre découpage de la société indienne, le système des jâti (jāti, जाति, naissance), au nombre de 4 635 - d'après une étude de l'Anthropological Survey of India de 1993 - et qui recouvre assez précisément le découpage en professions. Ce dernier système, qui se rapproche assez d'une organisation de la société indienne en corporations, préexistait peut-être au système des varna. On notera qu'aucune jâti ne franchit de frontière linguistique et que donc toutes les zones linguistiques indiennes ont leur propre système de jâti.

Selon l'orthodoxie hindoue, les membres de deux jâti différentes vivent de manière totalement séparés. En particulier, ils ne partagent pas de nourriture et ne se marient pas entre eux (c'est un système endogame). En fait, chaque jâti possède ses propres habitudes culinaires, vestimentaires, parfois un langage propre, souvent ses propres divinités et les servants de ces divinités qui appartiennent à la jâti et ne sont donc pas brâhmane. Un membre de la jâti des cordonniers pourra devenir tailleur, à condition de s'expatrier (comme les héros de « L'Équilibre du monde » de l'auteur canadien d'origine indienne, Rohinton Mistry).

À cause de la modernisation de la société indienne, cette séparation des personnes tend à s'estomper progressivement, bien qu'elle reste forte dans les zones rurales, là où vit toujours la majorité de la population indienne, et parmi les couches les plus défavorisées de la population.

Le système des castes a été fortement combattu par plusieurs réformateurs indiens, le plus connu d'entre eux est Bhimrao Ramji Ambedkar, rédacteur de la Constitution de l'Inde et lui-même d'origine intouchable.

Il a été théoriquement aboli et toute discrimination est interdite par la loi indienne. Même si la varna coincide souvent avec la prospérité sociale, cela n'a rien de systématique. Ainsi, parmi les hommes les plus prospères de Vârânasî, on trouve des intouchables qui ont pris en charge le commerce lié à la mort, la fourniture du bois nécessaire aux crémations par exemple, un commerce refusé par les varna car impur puisque touchant à la mort.

La brâhmanisation des jâti

Le sociologue indien Mysore Narasimhachar Srinivas qui travailla durant cinq décennies sur le système des castes, a, semble-t-il, été le premier à utiliser le terme de brâhmanisation pour décrire le processus, ancien et courant, de l'élévation d'une jâti dans l'échelle varnique.

En effet, si la modification du statut d'un individu est inenvisageable dans le système des varna, il n'en est pas de même pour la position de la jâti. Autrement dit, dans la société indienne, un homme ne peut évoluer, au sens de l'échelle varnique, qu'en tant que membre de la communauté dans laquelle il naît, ce qui montre que le système des jâti est plus important aux yeux de la plupart des Indiens que celui des varna et qu'il l'a peut-être précédé historiquement. Cette façon de voir ne satisfait évidemment pas les brâhmanes qui sont au sommet de la pyramide.

Cette ascension de la jâti ne peut s'obtenir qu'à certaines conditions :

Une jâti emblématique concernant cette évolution varnique est celle des intouchables Mâhar, qui ont donné son nom à l'état du Maharashtra et à laquelle appartenait le Dr Ambedkar, le rédacteur de la constitution indienne. Ambedkar, comme Gandhi, œuvra à la suppression de l'intouchabilité, mais à la fin de sa vie, voyant que cet objectif restait encore très lointain, milita pour que les Mâhar se convertissent en masse au bouddhisme et adoptent de nouvelles habitudes en rupture avec celles de leur jâti, en particulier encouragent leurs enfants à faire des études, observent une plus grande propreté corporelle, abandonnent la consommation de viande bovine, tendent vers le végétarisme et brûlent leurs morts au lieu de les enterrer. Tous ces changements ont fait que, depuis cinquante ans, le statut des Mâhar qui ont suivi ces recommandations s'est grandement amélioré et qu'ils jouissent d'une considération nouvelle, leur conversion n'étant comprise par le corps social que comme une adhésion à une secte particulière de l'hindouisme.

Tous les Mâhar, cependant, ne suivirent pas cette voie, certains avaient été précédemment convertis au christianisme. Cette décision, n'étant pas une émanation de la jâti mais partant du niveau de la famille ou d'un groupe de familles, les sortaient de l'échelle varnique. Comme, de plus, les missionnaires étaient étrangers, cela marqua plus encore l'aspect extérieur de cette conversion. Enfin, à l'image de ce qui s'était fait au Paraguay, les familles furent regroupés au sein de « réserves confessionnelles ». Suivant la formule de Deleury, « d'intouchables qu'ils avaient été, ils étaient devenus étrangers » sans espace reconnu dans la société indienne.

Un célèbre exemple de brâhmanisation est celle des paysans Koumbi appartenant à la varna sudra. Ceux-ci s'enrôlèrent dans les armées marathes de Shivaji et accompagnèrent ses successeurs dans leurs campagnes. Obtenant des terres en remerciement de leur engagement, ils y fondèrent des dynasties et devinrent, de fait, des kshatriya.

Cette brâhmanisation est même accessible aux intouchables, comme les Gâkwâd qui, grâce à leur incorporation dans les armées marathes et malgré leur origine, fondèrent la dynastie régnante de Baroda, ou les Holkar d'Indore, de provenance aborigène, à qui personne ne contesterait le statut de kshatriya.

Il est probable d'ailleurs que le système n'ait pas été aussi rigide au début de notre ère. Ce qui est certain, en revanche, c'est que la présence anglaise figea la politique indienne en institutionnalisant les dynasties régnantes avec lesquelles elle signait des traités, interdisant par suite la progression de certaines jâti vers le pouvoir local et donc leur possibilité de brâhmanisation. De la même façon, l'institution d'un état civil moderne risque d'être une entrave à ce mouvement, car s'il permet de mettre en place les mécanismes de discrimination positive, qui ont d'ailleurs déjà entraîné des résultats appréciables, aura tendance à enfermer plus encore les personnes dans une catégorie.

Le système des castes à Bali

Le système des castes balinais est basé sur celui de l'Inde. C'est un héritage des royaumes hindouistes en Indonésie - Shrîvijaya, Empire Majapahit - mais beaucoup plus simple car essentiellement architecturé autour des varnas.

Ainsi on y retrouve les quatre castes avec des noms parfois assez proches :

Chaque caste utilise son propre dialecte du langage balinais. Un cinquième dialecte est utilisé lorsqu'on s'adresse à quelqu'un dont on ne connaît pas la caste. Cependant ce système linguistique a quasiment disparu ces dernières années et le système des castes semble tomber en obsolescence.

Voir aussi

Bibliographie

Liens internes


Le système de classes sociales hiérarchisées mis en place au Japon à l'époque Edo se rapproche, par certains aspects, de la notion de caste.

Voir : système hiérarchique à l'époque Edo.

See also: Caste, Aborigènes de l'Inde, Bali, Baroda, Bhagavad-gîtâ, Bhimrao Ramji Ambedkar, Bouddhisme, Brahma