Collaboration
Collaboration désigne littéralement une action ou un travail réalisé en commun avec deux ou plusieurs personnes.
En histoire contemporaine, le terme collaboration désigne également le fait d'avoir aidé sciemment un pays occupant des forces de l'Axe (en général allemand) à ses tâches de domination lors de la Seconde Guerre mondiale. Différents régimes ont été concernés : celui de Vidkun Quisling en Norvège ou celui des Oustachis en Croatie.
En France, la même politique a été mise en place par le Maréchal Pétain sous l'occupation allemande, pendant la Seconde Guerre mondiale, et c'est Pétain lui-même qui a lancé ce terme dans son discours radiodiffusé du 30 octobre 1940, où il invitait les Français à collaborer avec l'ennemi.
La collaboration, en effet, fut lancée médiatiquement à la suite de la rencontre de Pétain et d'Hitler à Montoire-sur-le-Loir, le 24 octobre 1940, avec sa fameuse poignée de mains de Montoire. L'argument donné ultérieurement par Pétain à son procès est qu'il cherchait à obtenir le retour le plus rapide des prisonniers de guerre français.
Le Régime de Vichy accorda ensuite, en échange de diverses concessions dont le rapatriement de prisonniers de guerre, son soutien au régime nazi et particulièrement l'expulsion (qui menait à la déportation) d'étrangers (130 000) et de Français (70 000) juifs ainsi qu'à la spoliation de leurs biens. Bien que le port de l'étoile jaune ne fut jamais instauré en zone non-occupée, le régime fut responsable de la rafle du vel' d'Hiv à Paris.
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Les partisans français de la collaboration
L'agitation menée par les « collaborateurs » les plus voyants, installés pour la plupart à Paris occupé, et venus en majorité de l'extrême droite, mais aussi pour quelques uns d'horizons politiques variés, fit parfois oublier l'action patiente et résolue du gouvernement de Vichy en matière de collaboration:
- Jacques Doriot, ancien communiste, devenu le chef du PPF d'extrême droite
- Marcel Déat, ancien socialiste, initialement proche de Jean Jaurès
- Philippe Henriot, propagandiste d'extrême-droite
- Marcel Bucard,propagandiste d'extrême-droite
- Joseph Darnand, chef de la Milice, venu de l'extrême droite
- Fernand de Brinon, représentant le gouvernement de Vichy auprès des Autorités allemandes, à Paris, à l'origine proche du radical Édouard Daladier
Plusieurs écrivains de renom furent des collaborateurs, parfois même rémunérés par la « Propagandastaffel » allemande:
- Robert Brasillach
- Louis-Ferdinand Céline
- Pierre Drieu La Rochelle
- Lucien Rebatet.
- Charles Maurras, qui avait passé sa vie à combattre le danger allemand et à accuser tous ses adversaires d'être vendus à l'Allemagne, a continué, l'occupation venue, à publier son journal (L'Action Française) à Paris occupé, et n'a cessé d'y attaquer violemment les résistants de l'extérieur (De Gaulle), comme ceux de l'intérieur, par exemple en présentant les maquisards capturés après la bataille du plateau des Glières comme des monstres apatrides.
Ces serviteurs pourtant ostensibles de l'ennemi n'hésitaient pas à se qualifier sans rire de « nationaux ». Les Allemands eux-mêmes, qui ne les prenaient pas très au sérieux, les utilisèrent surtout pour accroitre leur pression sur le gouvernement de Vichy.
Le cas de Jean Giraudoux est plus complexe (voir l'article de ce nom) et il s'avèra qu'il n'était pas collaborateur, mais aurait au contraire informé en sous-main la Résistance.
Des hommes de spectacle (par exemple Sacha Guitry) furent un moment taxés de collaboration parce qu'ils avaient, après l'occupation, continué à exercer leur métier. De fait, si nombre d'autres artistes (comme Ray Ventura) avaient émigré à cette époque, les autres ont, pour reprendre l'expression de Guitry, continué à exercer leur métier en France, comme tous les autres Français restés sur le territoire national, à la seule exception de ceux qui avaient pris le maquis et dont la famille vivait on ne sait comment.
La collaboration à grande échelle en France
C'est le gouvernement de Vichy lui-même qui, en définitive, atteint le degré suprême de la collaboration lorsque son Vice-président, l'amiral Darlan, signa avec l'ambassadeur Otto Abetz les trois protocoles de Paris du 28 mai 1941. Ces textes, qui instituèrent une collaboration militaire entre les forces armées allemandes et françaises (Protocole I pour la Syrie-Liban, Protocole II, pour Bizerte et la Tunisie, Protocole III, pour l'A.O.F. et l'A.E.F., et protocole complémentaire, sur les moyens demandés par le Gouvernement de Vichy pour combattre toute riposte alliée) furent personnellement approuvés par Pétain dans son télégramme du 15 mai 1941 au général Dentz, haut commissaire en Syrie. Ces dispositions furent appliquées totalement en Syrie-Liban et partiellement en Afrique du Nord par la livraison à l'ennemi de pièces d'Artillerie lourde et de munitions, que celui-ci allait pouvoir utiliser contre les soldats français à Bir Hakeim puis pendant la campagne de Tunisie.
Pourtant, bien que Pétain et Darlan aient été largement responsables de la collaboration, certains observateurs superficiels des évènements de cette époque hésitent à les classer parmi les collaborateurs. Philippe Pétain était certes, au départ, un « réactionnaire », présentant peu d'affinité avec les nazis. Mais il utilisa la défaite française (due pour beaucoup à ses mauvais choix stratégiques, lorsqu'il présida le Conseil supérieur de guerre), comme une occasion de mener à bien son projet de Révolution nationale. Les accusations se sont donc principalement reportées sur Pierre Laval, qui tout en collaborant outrancièrement, était à la base un opportuniste jugeant préférable pour la France d'être du côté du vainqueur, parce qu'il croyait en la victoire de l'Allemagne. Il prononça d'ailleurs cette phrase : Je souhaite la victoire de l'Allemagne, parce que si elle était vaincue le bolchevisme s'installerait partout en Europe.
Lors de la Libération, certains collaborateurs furent poursuivis. Certains estiment que près de la moitié des sanctions prirent la forme d'exécutions sommaires. Les autres furent jugés. Mais comme ceux qui les jugeaient avaient tous prêté serment à Pétain, beaucoup échappèrent aux sanctions. Une loi d'amnistie d'août 1953 mit un terme à l'épuration, sauf pour les crimes dits « contre l'humanité ».
La Collaboration dans les autres pays d'Europe
Outre la France, d'autres pays connurent un régime de collaboration :
- la Croatie, dont les nationalistes « oustachis » et les SS. croates mirent à collaborer avec l'occupant un zèle exemplaire, avec la bénédiction de leur évèque, Mgr Stepinec, non seulement en combattant les partisans, mais aussi en opérant des massacres systématiques de civils sans défense, orthodoxes (Serbes), et bien entendu juifs, au nom de ce qu'ils appelèrent la « purification ethnique ». Leur principal camp d'extermination fût même dirigé par un franciscain.
Il est inexact de présenter la collaboration croate comme nécessitée par la lutte d'indépendance de ce pays contre la Yougoslavie, car les Serbes de Yougoslavie n'avaient jamais soumis la Croatie à de tels massacres.
- La Bosnie, où un nombre record de SS musulmans fût recruté par les occupants nazis.
- la Hongrie, dirigée par l'Amiral Horthy
- la Norvège, dirigée par Vikun Quisling, dont le nom servit pendant la guerre à désigner les dirigeants collaborateurs qualifiés par les alliés et les résistants de « Quilings »
- la Slovaquie, dirigée par Mgr Tiso
L'État Slovaque fantoche, créé par le bon plaisir d'Hitler lorsqu'il avait annexé la Tchéquie en violation des accords de Munich, était collaborationniste dans son essence même. Ses gouvernants l'ont aussi été dans leurs actes lorsqu'ils ont envoyé l'armée slovaque (8500 hommes en 1941) envahir la Russie aux côtés de l'armée nazie, et lorsque leur président, Mgr Tiso, a personnellement participé à la « Solution finale ».
La politique d'Hitler était en effet de laisser les gouvernements et les polices des pays occupés, mais non annexés, se charger des basses besognes, ce qui leur économisait des troupes d'occupation, rendues ainsi disponibles pour le front.
L'utilisation extensive du mot « Collaboration »
- Le mot « collaboration » inventé par Pétain dans son discours du 30 octobre 1940 pourrait donc être utilisé pour désigner les autorités, qui, jadis, dans les pays occupés, ont pris le parti des occupants.
Ainsi en a-t-il été par exemple d'Hérode pendant l'occupation d'Israël par les Romains ou, plus près de nous, lorsque, après l'occupation de la Nouvelle France, en 1760, le clergé local et certains seigneurs ont choisi de collaborer avec l'occupant anglais. À leur décharge, cependant, il faut rappeler que leur mère patrie, la France, les avait abandonnés du fait de l'issue défavorable de la guerre du Canada.
