Commerce équitable

Sommaire

Définition

La notion de commerce équitable (en anglais fair trade) est née au début des années 1960. La filière équitable garantit au producteur un tarif de vente minimal, au prix d'un surcoût volontairement accepté par le consommateur. Son slogan est : « Fair trade, not aid » (« un commerce juste, pas de l'assistanat »).

Le commerce équitable concerne essentiellement les rapports commerciaux Nord-Sud. À l'heure actuelle, ce sont les produits agricoles et alimentaires transformés (chocolat, café, thé...) qui représentent la grande majorité des ventes. Toutefois, le commerce équitable concernait à l'origine l'artisanat et les produits textiles uniquement ; de plus, une filière de fibre de coton équitable a été ouverte en 2005 par l'association Max Havelaar France.

Le commerce équitable justifie son existence en citant l'article 23 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme : « Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable lui assurant ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la dignité humaine. »

Apparition et évolution du commerce équitable

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Cf. l'article de la Wikipédia allemande sur l'histoire du commerce équitable

Le commerce équitable est apparu dans les années 1960 en Europe. Mais ce n'est que depuis une quinzaine d'années qu'il s'est véritablement développé : il connaît depuis la fin des années 1990 une période de très forte croissance.

Si le nom de commerce équitable était connu de 9% des français en 2000, ce chiffre atteignait 56% en 2004 (enquête Ipsos).

Les origines - Le cas du café

L'un des premiers produits concernés a été, et reste, le café. Le café « équitable » ne représente néanmoins que 3% des transactions mondiales. Son exemple est important car il permet de comprendre dans quel contexte s'est développé l'idée de commerce équitable.

Le café est une denrée essentielle des échanges Nord-Sud (juste après le pétrole). Mais alors que les prix du pétrole sont, depuis 1973, sous le contrôle de l'OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), avec les conséquences historiques que l'on sait, l'histoire du café est toute autre.

Entre 1970 et 1980 le marché du café était régulé par un accord international encadrant les prix, un peu sur le modèle de la Politique Agricole Commune Européenne. Depuis 1980, la libéralisation a soumis les cours à des variations importantes. Cours de la bourse de Londres où est coté le café Robusta (l'Arabica l'est à New-York).

Le commerce désigne l'échange de biens et de services entre deux partenaires en contrepartie d'une somme d'argent. Dans un contexte de surproduction, l'acheteur est en général en position de force dans les négociations qui visent à fixer les prix. Le point d'équilibre dépend bien entendu aussi du poids économique de chacun et des quantités discutées. C'est ainsi que les centrales d'achat des groupes de supermarchés et hypermarchés obtiennent généralement des prix plus faibles, surtout face à des producteurs de petite taille et non organisés. Une des réponses trouvées par les producteurs est le regroupement en coopératives afin d'avoir plus de poids dans la négociation, ne serait-ce que par l'augmentation de la quantité proposée. Elles évitent aussi le jeu de la concurrence entre les producteurs eux-mêmes. C'est exactement ainsi, en s'entendant entre pays producteurs pour limiter la concurrence, que l'OPEP a fait grimper les cours du pétrole en 1973 (avec le pouvoir, en outre, de décider de la quantité produite).

Or, du côté des acheteurs, le marché du café est très concentré : cinq grands groupes représentent à eux seuls près de 50% du commerce mondial (Nestlé, Kraft Foods, Procter & Gamble, Sara Lee) tandis que l'offre est très dispersée et de surcroît de plus en plus excédentaire. Enfin, les petits producteurs sont fragilisés par leur endettement à des taux usuriers (parfois jusqu'à 26%).

En 10 ans, tandis que le marché du café à la consommation est passé de 30 à 60 milliards de $, la part reçue par les producteurs est tombée de 10 à 6 milliards de $.

Les produits du commerce équitable

Liste non exhaustive.

Produits alimentaires


Produits artisanaux

(*) : produits qui sont labellisés (notamment) par l'association FLO international ou une de ses branches nationales.

Statistiques des ventes

Cf. notamment les statistiques par produit de FLO.

Les débats théoriques autour du commerce équitable

Les théories du commerce équitable

L'idée du commerce équitable, notamment défendue à l'origine par l'association Max Havelaar, repose sur la valorisation auprès des consommateurs des atouts dont disposent les petits producteurs, en particulier sur la qualité de leur produit. Il tend également à essayer de s'affranchir le plus possible des intermédiaires. Il n'est en cela pas éloigné de la labellisation et de la recherche de circuits courts pour certaines productions agricoles ou artisanales, notamment en France dans le domaine de l'agriculture biologique.

Il fait également appel à la conscience du consommateur en cherchant à l'intéresser dans son acte d'achat non seulement à la qualité intrinsèque du produit mais aussi aux conditions de production et de vente et à leurs conséquences sociales et environnementales.

Sur la base d'un sentiment humanitaire conduisant à « se donner bonne conscience » il n'est pas sûr que le commerce équitable aurait beaucoup fait parler de lui. Mais le retentissement à un niveau mondial des théories altermondialistes depuis une dizaine d'années a largement contribué à le mettre en lumière.

Concrètement, les principales idées ou règles du commerce équitable sont :

Il s'agit là d'une base minimale, traduite en critères de labellisation par les organisations de commerce équitable. D'autres critères sont possibles, dits de « progrès », en vue de garantir le développement durable des groupes de producteurs ou de salariés. Ils peuvent concerner leur organisation ou leur regroupement en coopératives de production. Une « prime de commerce équitable » est versée au groupe de producteurs par l'importateur et gérée collectivement par eux pour la construction d'écoles, les structures de santé, ou bien l'amélioration de la productivité et la conversion à l'agriculture biologique.

Le produit équitable plus cher ?

Selon ses défenseurs, le produit du commerce équitable ne devrait pas nécessairement être plus cher qu'un produit conventionnel. Seule la répartition des coûts et des bénéfices change. Le surcoût payé aux producteurs serait compensé par le moindre coût payé aux intermédiaires. En réalité, on constate généralement un prix beaucoup plus élevé.

En supposant égale par ailleurs la qualité des produits (bien que le commerce équitable mette en avant une meilleure qualité du produit), le surcoût serait essentiellement lié à la meilleure rémunération du producteur. Le facteur est de l'ordre de 1 à 2,5 soit 0,58 euro contre 0,19 pour un paquet vendu au consommateur 2,93 euro.

Il est certain alors que l'on demande au consommateur de faire un choix éthique (voir ci-dessous) en acceptant de payer ce surcoût, peut-être d'ailleurs en diminuant sa consommation.

Le consommateur assumerait ainsi la responsabilité d'une moralisation des rapports Nord-Sud et, dans certains cas, d'une action en faveur de l'environnement, comme ce peut être le cas pour l'agriculture biologique.

Les critiques adressées au commerce équitable

Le commerce équitable a aussi des détracteurs.

Compte tenu de son faible développement actuel il ne menace pas vraiment les grands groupes, bien qu'ils commencent à vouloir utiliser son image en lançant aussi des labels ou des marques.

Les critiques proviennent entre autres des milieux altermondialistes eux-mêmes : le commerce équitable contribuerait à masquer ce qu'ils considèrent comme un problème : la réduction de la part de l'agriculture vivrière au profit des cultures d'exportation, ce qui rendrait dépendantes des achats du Nord des populations autrefois beaucoup plus autonomes. De plus, même dans le cas du commerce équitable, on voit que la part qui revient au producteur est minime dans la décomposition du prix du produit final.

Certains détracteurs doutent de la bonne foi des labels de commerce équitable en arguant de la réalité des prix, bien en-deçà de l'équivalence escomptée, laissant supposer que ces nouveaux intermédiaires prélèvent autant que les autres qu'ils décrient et qu'ils cherchent à concurrencer. Ils déclarent également que le « commerce équitable » n'est qu'un argument de vente comme un autre.

D'autres enfin rappellent qu'un des principes du commerce est l'adéquation entre la quantité produite et les besoins des consommateurs, les prix n'étant qu'un moyen. Si les prix d'un bien sont en baisse, la véritable raison en est la surproduction. Celle-ci est souvent due à des mesures protectionnistes qui empêchent des pays d'être compétitifs sur des produits plus rentables (aides agricoles des USA et de l'Europe à leurs propres produits par exemple). Le commerce équitable ne ferait qu'encourager les producteurs dans la voie de la surproduction.

Certains considèrent donc que le bilan est loin d'être aussi moral que ne le prétendent les labels. D'autant plus que les pays riches ont tôt fait de récupérer leur mise par la vente de produits qu'ils sont seuls à fabriquer.

Comme dans le domaine de l'agriculture biologique, il est certain que la perspective de se démarquer des concurrents peut attirer des marchands bien peu scrupuleux.

On peut penser néanmoins que les associations de consommateurs, les gouvernements ou les organismes internationaux pourront effectuer un contrôle a posteriori et que la généralisation de ces produits accompagnée de la concurrence entre les labels feront baisser les prix.

Dans le cas de l'agriculture biologique, il faut savoir que le prix plus élevé s'explique en partie par des subventions moins élevées dans le cadre de la Politique Agricole Commune (PAC) en Europe.

La question des aides des États se pose donc également. Les pays du Sud tentent toujours en vain de faire supprimer les aides agricoles des USA et de l'Europe à leurs propres produits.

Commerce éthique

Par extension, le commerce éthique est le commerce dont toute la chaîne de production est respectueuse dans son travail et ses méthodes de production - respectueuse des employés et de l'environnement, tant socio-économique que naturel. La notion est donc aussi applicable aux productions des pays industrialisés, où le commerce devient responsable, lorsqu'il est fait par des artisans respectueux de leur environnement, et de la qualité de leurs produits.

Une analyse succincte montre que le consommateur, à mesure que son pouvoir d'achat augmente, cesse de faire jouer une concurrence exclusivement basée sur le prix (voir pyramide de Maslow). Il s'ensuit que la concurrence se déplace sur d'autres terrains (celui de l'image du système de production) et devient plus coûteuse (un candidat à l'entrée sur le marché devra obtenir le label, etc.), ce qui conduit à faire bénéficier les premiers entrants d'une rente de situation. Ce défaut potentiel reste négligeable tant que le commerce éthique reste adossé à un marché normal, capable de fournir les références de prix et de pratiques. Un souci plus contraignant est la vérification — impliquant des coûts, un effort et un contrôle anti-corruption permanent — qu'un commerce reste éthique au fil du temps.

Le mouvement du commerce équitable (aspect institutionnel)

Structure générale du mouvement

Le commerce équitable est pratiqué et promu par un vaste mouvement international, largement associatif. En France, la Plate-forme pour le commerce équitable rassemble toutes les organisations françaises de commerce équitable. Au niveau international existent différentes fédérations ; leur diversité est à l'image de la diversité des acteurs du commerce équitable :

Ces quatre fédérations sont regroupées en 1998 dans un réseau informel nommé FINE, pour : Fairtrade Labelling Organizations, International Federation for Alternative Trade, Network of European Worldshops et European Fair Trade Association.

Pour un résumé de cette structure générale, cf. le site de la fédération Artisans du Monde.

Labels de commerce équitable

Des labels souvent privés, ont été créés un peu partout en Occident, comme pour les produits issus de l'agriculture biologique, qui permettent de garantir au consommateur l'origine équitable d'un produit.

Par ailleurs, un produit équitable n'est pas nécessairement issu de l'agriculture biologique : seuls certains des produits du commerce équitable cumulent les deux labels.

Commerce équitable et grande distribution

En France, certains acteurs du commerce équitable ont entamé une collaboration avec la grande distribution. C'est le cas de l'association Max Havelaar en 1999, puis de l'entreprise solidaire Alter Eco en 2002. Les principales chaînes de grandes surfaces qui ont mis en vente des produits issus du commerce équitable sont Atac, Auchan, Carrefour, Casino, Champion, Cora, Géant, Hyper/Super U, Intermarché, Leclerc et Monoprix.

Ce choix a fait l'objet de nombreuses discussions au sein du mouvement du commerce équitable et suscite toujours les débats. La fédération Artisans du Monde est un des tenants principaux d'une autre ligne d'action. Le débat peut être résumé en deux points :

Voir aussi

Liens externes

Les fédérations internationales

Les acteurs français

Les acteurs canadiens-français

Autres

See also: Commerce équitable, 1973, AFNOR, Agriculture biologique, Années 1960, Artisanat, Artisans du Monde, Auchan, Belgique