Étienne Bonnot de Condillac
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Étienne Bonnot de Condillac (30 septembre 1715 - 3 août 1780), est un philosophe français.
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Jeunesse
Il est né à Grenoble dans une famille de juristes et, comme son grand-frère le célèbre écrivain politique abbé de Mably, il entra dans les ordres en 1740 et devint abbé de Mureau. Cependant, pour les deux hommes, les ordres ne furent qu’un titre, et ayant renoncé au sacerdoce, Condillac se consacra à la réflexion et la philosophie et mena une vie mondaine.
Arrivé à Paris, il fréquenta le salon de Madame de Tencin et rencontra Denis Diderot et Jean-Jacques Rousseau avec lesquels il se lia d’amitié. L’amitié avec Rousseau fut due en premier lieu au fait que Rousseau avait été précepteur dans la famille de l’oncle de Condillac, Monsieur de Mably, à Lyon. Grâce à son attention et réserve naturelle, les relations de Condillac avec des philosophes non orthodoxes ne brisa pas sa carrière, et cela justifia grandement le choix de la cour de l’envoyer à Parme pendant 9 ans pour éduquer l’infant Don Ferdinand, alors agé de 7 ans.
Sa vie est principalement rythmée par l’écriture et la sortie de ses œuvres. En 1749, il est élu à l’Académie de Berlin. En 1768, il revint d’Italie, et fut élu à l’Académie française. Il se retira de la vie mondaine, refusant d’éduquer les trois fils du Dauphin, et partit vivre à Flux, une petite propriété qu’il avait achetée près de Beaugency, et mourut là le 3 août 1780.
Son Œuvre
Analyse
Les débuts
Bien que le génie de Condillac ne soit pas du plus haut degré, il s’affirma en tant que psychologue et pour avoir établi de façon systématique en France les principes de Locke, que Voltaire mit à la mode assez tardivement.
Condillac montre la plupart des grandes qualités de son âge et de son époque : lucidité, brièveté, modération et une honnêteté même dans la controverse, et une grande logique. Malgré cela, on peut dire de lui comme de beaucoup de ses contemporains : « er hat die Theile in seiner Hand, fehlt leider nur det geistiger Band » ; dans l’analyse de l’esprit humain de laquelle il tire sa réputation, il a oublié le coté actif et spirituel de l’expérience humaine.
Son premier ouvrage, l’Essai sur l’origine des connaissances humaines reste très proche des écrits de son maître anglais. Il accepte avec quelques hésitations l’idée de Locke selon laquelle notre connaissance aurait 2 sources, la sensation et la réflexion, et utilise comme principe d’explication l’association d’idée. Son ouvrage suivant, le Traité des systèmes, est une critique vigoureuse des théories philosophiques modernes basées sur des principes abstraits ou des hypothèses sous-entendues. Cette polémique, largement inspirée par l’esprit de Locke, est dirigée contre les idées des cartésiens, la psychologie de Malebranche, et le monadisme et l’harmonie préétablie de Leibniz et par-dessus tout, contre la notion de substance établie dans la première partie de l'Ethique de Spinoza.
Le Traité des sensations
Son ouvrage majeur est le Traité des sensations, dans lequel il s’émancipe du patronage de Locke et aborde la psychologie de sa propre manière. Il nous raconte qu’il a été amené en partie par la critique d’une brillante femme, Mademoiselle Ferrand, à remettre en question la doctrine de Locke selon laquelle les sens nous donnent une connaissance intuitive des objets, par le fait que l'œil, par exemple, interprète naturellement la forme, la taille la distance et la position. Sa discussion avec cette femme l’a convaincu qu’il était nécessaire que pour mettre au clair de telles questions il fallait étudier chaque sens séparément, de distinguer précisément ce que nous devions à chaque sens, d’observer comme nos sens se développaient, et comment ils se complétaient. Le résultat, il en était sûr, démontrerait que toutes les facultés et connaissances humaines ne sont que des sensations transformées à l’exclusion de tout autre principe, telle la réflexion.
Condillac imagine d’abord une statue, constituée comme un être humain à l’intérieur, animée d’une âme qui n’a jamais reçu aucune idée, et dans laquelle aucune sensation ou perception n’a jamais pénétré. Il va ensuite rendre l’un après l’autre ses sens à la statue, en commençant par l’odorat, le sens qui participe le moins à la connaissance humaine. Toute la conscience de la statue est alors occupée par son expérience de l’odorat; cette occupation de la conscience est constituée d’attention. L’expérience odorante de la statue va générer du plaisir ou de la douleur; et la douleur et le plaisir vont de ce fait devenir le principe directeur qui va diriger toute les opérations de son esprit, et va augmenter petit à petit la connaissance qu’il peut avoir sur les choses. La prochaine étape est la mémoire, qui est l’impression persistante de l’expérience d’une odeur sur l’attention de la statue : « La mémoire n' est donc qu' une manière de sentir. ». De la mémoire découle la comparaison : la statue expérimente l’odeur, par exemple, d’une rose, tout en se souvenant de celui d’un œillet : « car comparer n' est autre chose que donner en même-temps son attention à deux idées. ». Et « dès qu' il y a comparaison, il y a jugement. ». La comparaison et le jugement deviennent habituels, sont stockés dans l’esprit en série, et de là apparaît le puissant principe de l’association d’idées. De la comparaison d’expériences passées et présentes et du plaisir qu’elle donnent respectivement émerge le désir; c’est le désir qui détermine l’utilisation de nos facultés, qui stimule la mémoire et l’imagination, et qui déclenche les passions. Les passions elles aussi ne sont que des sensations transformées.
Ces indications suffiront à montrer le propos général et l’enchaînement des arguments de la première partie du Traité des sensations. Pour esquisser la suite de l’ouvrage, il sera suffisant de citer les titres des principaux chapitres restants : « D' un homme borné au sens de l' ouie. », « De l' odorat et de l' ouie réunis. », « Du goût seul, et du goût joint à l' odorat et à l' ouie. », « D' un homme borné au sens de la vue. », « De la vue avec l' odorat, l' ouie et le goût. ».
Dans la seconde partie du traité, Condillac ne donne d’abord que le sens du toucher à la statue, ce qui l’informe de l’existence d’objets extérieurs. Dans une analyse très précise et très élaborée, il distingue les différents éléments que l’on rencontre lors de notre expérience tactile : le toucher de son propre corps, le toucher d’objets extérieurs, l’expérience du mouvement, l’exploration de surface avec les mains. Il décrit l’élargissement des perceptions des distances et des formes.
La troisième partie parle de la combinaison du toucher et des autres sens.
La quatrième partie parle des désirs, activités et idées d’un homme isolé qui possède tous ses sens. Puis le traité se finit sur des observations à propos d’un « homme sauvage » qui vivait avec les ours dans une forêt de Lituanie.
La conclusion du traité est que l’ordre naturel des choses a sa source dans les sensations, que la façon dont les hommes ressentent les choses varie considérablement de l’un à l’autre; et qu’un homme n’est que ce qu’il a acquis. Toutes les facultés ou idées innées sont rejetées. Les derniers mots suggèrent la différence qui a été faite dans cette manière de faire de la psychologie par les théories modernes d’évolution et d’hérédité.
Le Cours d’études
Les écrits de Condillac sur la politique et l’histoire, contenus pour la plupart dans son Cours d’étude offrent peu d’intérêt, excepté dans ce qu’il montre de son attachement à la pensée anglaise. Il ni la chaleur ni l’imagination pour faire un bon historien. Son travail abondant sur la logique est beaucoup moins réussi que celui sur la psychologie.
Il s’étend avec beaucoup de répétions, mais peu d’exemples concrets, sur la suprématie de la méthode analytique; il affirme que raisonner consiste à substituer une proposition par une autre qui lui est identique; et que la science est la même chose qu’un langage bien construit. Une proposition qu’il essaie de prouver à propos de l’arithmétique avec sa Langue des calculs. Globalement, sa logique a les bons et les mauvais aspects que l’on pourrait attendre d’un sensationnaliste qui ne connaît pas d’autre science que les mathématiques : il rejette le sylogisme médiéval, mais ses points de vue l’empêchent de comprendre la nature active et spirituelle de la pensée. Il ne s’intéresse pas assez aux sciences naturelles ni au raisonnement par induction qui forme le principal mérite de John Stuart Mill.
Il est assez clair que la psychologie anti-spirituelle de Condillac, avec son explication de la personnalité comme un agrégat de sensations, mène droit vers l’athéisme et le déterminisme. Il n’y a pas cependant de raisons valables de remettre en question la sincérité de Condillac lorsqu’il répudia ces deux conséquences. Ce qu’il dit sur la religion est toujours en harmonie avec sa profession; et il s’attaqua la liberté de la volonté dans une dissertation qui n’a pas grand-chose à voir avec le Traité des sensations auquel pourtant elle est rattachée. Le reproche habituel de matérialisme ne s’applique certainement pas à lui. Il a toujours considéré l’âme comme ayant une réalité substantielle. Et dans le début du premier chapitre de son Essai sur l’origine des connaissances humaines, « i soit que nous nous élevions, pour parler métaphoriquement, jusques dans les cieux ; soit que nous descendions dans les abysmes ; nous ne sortons point de nous-mêmes ; et ce n’est jamais que notre propre pensée que nous apercevons. », nous avons le principe de subjectivité qui est le point de départ de Berkeley.
Comme il était disciple de Locke, les idées de Condillac trouvent leur importance dans leurs conséquence sur la pensée anglaise. Dans des domaines liés aux associations d’idées, à la suprématie du plaisir et de la douleur, et dans l’explication générale de toute pensée comme une sensation ou une sensation transformée, son influence peut être retrouvée chez Alexander Bain et Herbert Spencer. Condillac a contribué de façon notable à la transformation de la psychologie en une science.
Bibliographie
- 1746 Essai sur l’origine des connaissances humaines - reprise des idées de Locke
- 1749 Traité des systèmes
- 1754 Traité des sensations - ouvrage majeur.
- 1755 Traité des animaux - critique de l’Histoire naturelle de Buffon de 1749.
- 1775 Cours d’études - 13 volumes, écrit pour le jeune Duc Ferdinand de Parme, fils de Louis XV.
- 1776 Le Commerce et le gouvernement considéré relativement l’un à l’autre
- 1780 La Logique ou l’art de penser - commande du gouvernement de Pologne pour les écoles palatines.
- 1798 La Langue des calculs - posthume
