Coup d'État
Un coup d'État est un changement de pouvoir soudain, imposé par surprise, par une minorité utilisant la force.
Le terme français de "coup d'État" (Coup d'État du 18 Brumaire) a été repris, tel quel, en anglais, car il n'y a pas de mot d'origine anglaise pour décrire ce type d'opération. Le mot putsch d'origine allemande est équivalent et peut aussi être utilisé en français, comme en anglais. Il a été, à l'époque moderne, popularisé, si l'on peut dire, par les coups d'État manqués de 1920 et 1923 en Allemagne (Putsch de Kapp, et putsch de Munich). A noter, qu'à partir de l'anglais, le mot coup d'État est passé au japonais : クーデター (kûdetâ).
Quant aux termes espagnols golpe et pronunciamiento, ils désignent des soulèvements militaires, qui ne prennent pas nécessairement la forme de coups d'État. Ajoutons que le fait que le second de ces termes dispose d'un article lui correspondant dans le Trésor de la langue française informatisé, ne modifie en rien son sens de « soulèvement militaire » et non « de coup d'État ».
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La théorie des coups d'État
- Les coups d'État ont toujours été considérés comme un moyen de prendre le pouvoir, à la fois rapide, économique et ne nécessitant généralement qu'un minimum de versement de sang.
- Mais ce procédé était condamné dans les milieux révolutionnaires comme un moyen élitiste ne permettant que de prendre le pouvoir à des fins purement personnelles, et sans intention ni possibilité de changer le fond des choses. On opposait au coup d'État, susceptible seulement de changer les dirigeants, la révolution, par laquelle les masses en mouvement, pourraient transformer en profondeur les rapports sociaux et porter un coup définitif au pouvoir des favorisés. Ce mouvement des masses aurait pu, selon ce point de vue, être déclenché sous la forme de la grève générale paralysant non seulement le gouvernement en place, mais aussi toutes les fonctions du pays utilisés par les privilégiés pour perpétuer leur oppression des classes dominées.
- C'est ainsi que lorsque, à Petrograd, Trotski, ancien menchevik rallié à la fraction bolchevique du parti social-démocrate, proposa de s'emparer par la force du pouvoir tenu d'une main fragile par le social-démocrate Kerenski, les vieux compagnons de Lénine s'y opposèrent en alléguant que le coup d'État était une technique réactionnaire, et que la seule solution révolutionnaire pour s'emparer du pouvoir était la grève générale. Mais, Lénine, seul des révolutionnaires présents, soutint Trotsky, et ce fut lui qui emporta la décision.
- Le coup d'État d'octobre eut donc bien lieu, et avec succès, malgré plusieurs fausses manœuvres des conjurés, parcequ'une maladresse encore plus grande a sévi dans le camp de Kerenski, qui croyait que l'on pouvait faire la révolution avec des discours.
- Le lendemain du coup d'octobre, intervint pourtant la grève générale. Mais ce fut contre les Bolcheviks. Ceux-ci la brisèrent alors, et instaurèrent la dictature, non du prolétariat, mais de leur seule minorité.
- Par la suite, afin que la doctrine soit sauve, les communistes baptisèrent leur coup d'État « Révolution », et inondèrent le monde entier de leurs écrits de propagande sur la pseudo-« Révolution d'octobre », terme qui a fini par rester dans le langage. Mais en réalité la Révolution avait bien été faite, dès avant octobre 1917, par le Prince Lvov, Milioukov, Kerenski, et surtout par le peuple russe qui en avait assez de l'incurie tsariste.
La technique des coups d'État
La prise des organes centraux du pouvoir
- Le secret, non seulement vis à vis de l'extérieur, mais aussi vis à vis des autres comploteurs, constitue la première arme des putschistes, celle sans laquelle les meilleures préparations risquent de s'effondrer :
- Ainsi, l'une des raisons de l'échec du putsch de Kapp à Berlin en 1920, fut-elle le manque de discrétion du général von Luttwitz, chef militaire de l'opération, qui alla présenter le soir du 10 mars un ultimatum au gouvernants socialistes, et leur laissa 48 heures pour se retourner, avant de déclencher le putsch miltaire annoncé, dans la nuit du 12 au 13 mars 1920 13 mars.
- C'est ainsi que, lors de la préparation du putsch du 8 novembre 1942 à Alger (destiné à permettre le succès de l'Opération Torch), le jeune chef des groupes d'action d'Alger, José Aboulker, refusa, bien qu'il lui fit confiance, de donner à Henri d'Astier de la Vigerie, responsable de la conjuration pour l'Afrique du Nord, les noms de ses chefs de groupes, avant les deux derniers jours précédant l'action. Ainsi, lorsque les patriotes passèrent à l'action la surprise fut-elle si totale, que ces 400 civils mal armés, commandés par leurs officiers de réserve, réussirent à neutraliser, à seuls, le corps d'armée vichyste d'Alger.
- Par exception, le coup d'État bolchevik d'octobre réussit, bien que les conspirateurs n'aient cessé d'en parler les jours précédents. Notamment Zinoviev et Kamenev en débattirent ouvertement dans le journal de Gorki, tandis que Trotski, apprenant qu'un bataillon de cyclistes de la forteresse Pierre et Paul risquait d'être réfractaire, n'hésita pas à aller les convaincre par un discours, le 23 octobre, deux jours avant l'opération. L'inaction de la police gouvernementale dûment informée, semble être provenue de ce que l'indiscrétion portée à de tels sommets aurait convaincu Kerenski que l'affaire ne pouvait pas être sérieuse... et le coup d'État de Trotski réussit tout de même.
- La technique de base du coup d'État ou putsch consiste à s'emparer des organes centraux de l'État ou à les neutraliser, en occupant leurs lieux de fonctionnement, qui sont aussi les lieux symboliques du pouvoir.
- C'est ainsi que procéda Bonaparte, lors de son coup d'État du 18 brumaire. Disposant de l'appui de l'armée, il lui fallait contrôler le pouvoir civil. Or, sous le Directoire, la France disposait d'un exécutif tournant formé de 5 Directeurs qui se succédaient, à tour de rôle, pendant des périodes limitées à quelques semaines. Si bien qu'il ne suffisait pas de contrôler cet exécutif tournant, car la réalité du pouvoir civil résidait dans un parlement, affaibli lui-même par sa division en deux chambres. C'est pourquoi Bonaparte, en accord avec deux directeurs, Siéyès et Ducos, se préoccupa surtout de disperser ce parlement, dont l'une des chambres, le Conseil des Cinq cents, était présidée par son frère Lucien. Mais au lieu d'annoncer brièvement sa prise de pouvoir aux parlementaires, Bonaparte trouva le moyen de s'égarer dans un discours ampoulé, et se fit assaillir par plusieurs élus. Si bien que le coup d'État ne fut sauvé que par son frère, qui ordonna aux grenadiers de rétablir l'ordre en dispersant les élus récalcitrants. Bonaparte constitua alors un Conseil exécutif de 3 membres composé de lui-même, de Siéyès et Ducos, que le Conseil des Anciens transforma le lendemain en Commission consulaire exécutive.
- Mais il ne suffit pas de s'emparer des organes centraux de l'Etat. Il faut aussi arrêter les gouvernants, faute de quoi il sera loisible à ceux-ci d'organiser une riposte.
- C'est ce qui advint à Berlin, en 1920, où les ministres socialistes, avertis à l'avance, par l'ultimatum du chef militaire des putschistes, prirent le large avant l'arrivée du Corps Franc Ehrhardt. Après quoi, une fois réfugiés en province, ils appelèrent avec succès la population à une grève générale, dont le succès leur permit de reprendre le pouvoir.
La régularisation des prises de pouvoir par voie de coup d'État
- Par ailleurs, le pouvoir issu du coup d'État se soumet généralement par la suite à un processus formel de régularisation. C'est ainsi que la commission consulaire présidée par Bonaparte présenta, le 22 frimaire, son projet de constitution consulaire aux deux Conseils des Anciens et des Cinq-Cents qui l'entérinèrent, faisant ainsi rentrer le nouveau régime, dans la légalité.
- De nos jours c'est par un plébiscite, comme ceux de Napoléon III, ou par des élections, que les putschistes font ratifier leurs coups d'État.
Les nouvelles cibles des coups d'État moderne
- A la prise des bâtiments publics, sièges des organes du pouvoir, s'est ajouté la prise de la radio, dont la détention peut permettre aux factieux de donner à la population des informations propres à décourager toute tentative de riposte au coup d'État.
- En outre dans la période moderne, les auteurs de coups d'État ont pris l'habitude de couper ou d'accaparer les moyens de communication (téléphone, télégraphe), les arsenaux, les gares, etc. C'est ce que firent les Bolcheviks, sous la direction de Trotski, lors de leur coup d'État d'octobre 1917 contre le gouvernement socialiste russe de Kerenski.
- Mais le contrôle des communications téléphoniques joua surtout un rôle essentiel, lors du putsch du 8 novembre 1942 à Alger, par lequel 400 résistants civils mal armés réussirent à arrêter les détenteurs du pouvoir vichyste en Afrique du nord (Juin et Darlan) et à neutraliser leur XIXe corps d'armée, permettant ainsi la Réussite de l'opération Torch. C'est alors qu'ayant coupé le réseau téléphonique normal d'Alger, l'état-major rebelle qui s'était installé au Commissariat central prit le contrôle du réseau officiel, seul maintenu en service. Ainsi put-il suivre de là l'occupation des points stratégiques par les résistants entre 0 h 30 et 1 heure du matin, et garda-t'il ensuite le contact avec leurs chefs de groupe pendant toute l'opération.
- Mais surtout, c'est par ce réseau officiel, rendu seul utilisable, que les chefs de la résistance reçurent les appels alarmés des personnalités vichystes, réveillées par le duel d'artillerie du port survenu vers 3 heures du matin, et les convoquèrent au Commissariat central en leur faisant croire que l'on y avait besoin de leur concours. Ainsi, pour la première fois dans l'histoire, les personnalités hostiles à un coup d'État vinrent-elles d'elles-mêmes se faire arrêter par les putschistes. Il en fût ainsi, notamment, du Secrétaire général du Gouvernement général de l'Algérie, Ettori, qui, la veille partisan arrogant et acharné de la collaboration, se répandit alors en supplications, et en sanglots.
Quels sont les auteurs des coups d'État ?
- Les coups d'État sont habituellement effectués par des militaires contre des gouvernants civils.
- Ceux effectués par des civils ont généralement échoué, comme le coup tenté par Hitler à Munich, en 1923. À part au moins une exception, cependant, celle du putsch d'Alger du 8 novembre 1942, déjà cité, où ce sont 400 civils algérois, commandés par un étudiant de 22 ans, José Aboulker, et par leurs officiers de réserve, dont le plus notable fut le lieutenant Henri d'Astier de La Vigerie. Ces volontaires , bien que mal armés, réussirent, à eux seuls, avec l'aide de quelques rares officiers d'active, comme les colonels Jousse et Baril, à neutraliser pendant 15 heures le Corps d'Armée vichyste d'Alger jusqu'à son encerclement par les Alliés, et à sa reddition le jour même.
- A noter, d'autre part, que les auteurs des coups d'État appartiennent le plus souvent, eux-mêmes, à l'appareil d'État, comme ce fut le cas de Siéyès, Barras et Bonaparte.
L'accueil réservé aux coups d'État
Pour que les résultats du coup d'État soient acquis, il est préférable qu'ils correspondent aux vœux de la majorité de l'opinion publique, et soient compatibles avec le contexte international.
L'accueil de l'opinion publique
- Le coup d'État de Bonaparte le 18 brumaire répondait à la volonté de la majorité des Français, qui, lassés des agitations révolutionnaires en tous genres, souhaitaient un rétablissement durable de l'ordre, et auprès desquels Bonaparte jouissait d'une forte popularité.
- De même le coup d'État des Bolcheviks à Petrograd a t'il pu réussir, bien que ceux-ci aient été impopulaires auprès de la majorité des Russes (comme les élections étaient sur le point de le démontrer), parce que, seuls ils préconisaient la paix immédiate, à laquelle aspiraient les masses paysannes russes du front, mobilisées dans des conditions déplorables. Mais surtout, les Bolcheviks pouvaient compter sur le ralliement de la garnison de Pétrograd, composée en grande partie de bureaucrates « planqués » issus des classes privilégiées, qui se moquaient pas mal du socialisme, mais qui, peu soucieux de se retrouver au front, aspiraient avant tout à une rapide démobilisation.
- Le putsch d'Alger d'avril 1961, perpétré par quatre généraux connus, bénéficiait bien lui aussi de l'appui d'une partie de l'opinion, mais de l'opinion locale uniquement, car les Français, consultés précédemment par de Gaulle sur « l'autodétermination » se l'Algérie, s'étaient prononcés massivement en faveur de sa politique. En outre, dans les forces d'Afrique du Nord elles-mêmes, les soldats du contingent métropolitain qui disposaient de nombreuses radios portatives, reçurent directement l'appel prononcé par de Gaulle contre les généraux factieux et refusèrent de suivre leurs supérieurs dans la rébellion.
- En sens inverse, le putsch du 8 novembre 1942, à Alger également, a été accompli certes en accord avec la majorité des Français de métropole restés non collaborationnistes, mais aussi en partie contre l'opinion locale, en majorité pétainiste sinon collaborationniste. Le coup n'en a pas moins réussi, mais grâce au contexte international, comme on l'exposera ci-après.
Le contexte international
Le succès du coup d'État dépend aussi du contexte international : les pays voisins peuvent être favorables ou non à leur entreprise et y réagir ou non militairement.
- C'est pourquoi l'un des premiers actes des auteurs modernes de coup d'État est d'affirmer que tous les accords internationaux seront respectés.
- Dans le cas du putsch du 8 novembre 1942, déclenché contre les aspirations du milieu local (mais non de celles des Français de France majoritairement anti-allemands), n'a réussi que grâce au contexte international, c’est-à-dire celui de l'Opération Torch, sur le point de se produire, ce dont les comploteurs étaient informés depuis quelques jours. Par contre le contexte international était résolument méconnu par les dirigeants vichystes, comme l'ont démontré les réactions de Darlan, qui, désinformé par son propre Service de renseignements de la Marine, estimait impossible que les États-Unis disposent, avant un an, des vaisseaux nécessaires à une telle intervention. De même, à Rabat, le général Noguès, lorsqu'il fut encerclé par le général Béthouard, dans la nuit du 8 novembre 1942, téléphona à l'amiral Michelier pour l'interroger sur la menace d'un débarquement allié : ce dernier, connu pour son caractère borné et par ailleurs réputé pour ses sympathies pour l'Axe, lui certifia que Béthouard était un menteur, et qu'aucun débarquement n'était en cours, ni possible, car si celà était, le SR de la Marine, qui aurait selon lui été informé de la moindre sortie d'un bateau de pêche du port de New York le lui aurait appris. De même, à Alger, le colonel Jacquin, ancien attaché militaire à Washington avait-il certifié à l'état-major de Juin que les forces des États-unis étaient inaptes à intervenir pour longtemps hors du continent américain.
- Le coup d'État communiste de Prague, en 1947 n'a pu intervenir que parce que la Tchécoslovaquie était située dans la zone d'influence soviétique, où les armées occidentales s'interdisaient d'intervenir.
Liste de quelques coups d'État
Europe
1799 : 9 novembre (18 brumaire an VIII) : le coup d'État du 18 brumaire de Napoléon Ier en France
1851 : Nuit du 1er-2 décembre : coup d'État de Napoléon III en France
1917 : Petrograd
1920 : tentative manquée en Allemagne
1923 : tentative manquée en Allemagne
1928 : Portugal (Salazar)
1935 : Grèce
1936 : Francisco Franco s'empare d'une partie de l'Espagne
1947 : Tchécoslovaquie
1967 : Grèce (dictature des colonels)
Afrique
- 1942 : Alger
- 1952 : Égypte
- 1958 : Alger
- 1961 : Alger
- 1968 : Mali
- 1984 : Guinée
- 1978 : Guinée équatoriale
- 1983 : Nigeria
- 19?? : Nigeria
- 19?? : Nigeria
- 19?? : Nigeria
- 196? : Togo
- 196? : Zaïre
- 19?? : Tunisie
- 19?? : Liberia
- 19?? : Guinée-Bissau
- 1999 : Côte d'Ivoire
- 19?? : Soudan
- 19?? : Ethiopie
- 19?? : Libye
- 19?? : Tchad
- 19?? : Tchad
- 19?? : Centrafrique
- 19?? : Centrafrique
- 2003 : Centrafrique
- 19?? : Congo
- 19?? : Congo
- 19?? : Mauritanie
- 19?? : Mauritanie
- 19?? : Ouganda
- 19?? : Burundi
- 19?? : Burundi
- 19?? : Burkina Faso
- 19?? : Burkina Faso
- 19?? : Niger
- 19?? : Niger
Amérique
- 1913 : Mexique, Victoriano Huerta renverse Francisco Madero
- 1943 : Argentine
- 1954 : Paraguay
- 1963 : Équateur
- 1964 : Brésil
- 1970 : Bolivie
- 1973 : Chili, Augusto Pinochet Ugarte renverse Salvador Allende Gossens
Asie
Sources et bibliographie
- Curzio Malaparte, Technique du coup d'État (1re édition française en 1931), Paris : Éd. 10/18, 1964.
- Donald J. Goodspeed, Six coups d'État, Paris : Éd. Arthaud, 1963.
- Edward Luttwak, Le Coup d'État : Manuel pratique, Paris : Éd. Robert Laffont, 1969.
