Cyrano de Bergerac (pièce)

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Statue de Cyrano de Bergerac, à Bergerac (Dordogne)

Cyrano de Bergerac est le personnage principal éponyme d'une pièce d'Edmond Rostand, écrite en 1897 et jouée pour la première fois le 28 décembre de la même année. Sa statue trône dans un des parcs de la ville de Bergerac. Edmond Rostand s'est inspiré plutôt librement pour sa pièce d'un personnage réel, Savinien Cyrano de Bergerac (1619-1655). Le personnage de fiction a aujourd'hui pris le pas sur le personnage réel.

Extraits de la pièce

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Wikisource propose le texte intégral de Cyrano de Bergerac dans le domaine public

« Que dites-vous ? C'est inutile ? Je le sais !
Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès !
Non ! Non, c'est bien plus beau lorsque c'est inutile ! »

« Un baiser, mais à tout prendre, qu'est-ce ?
Un serment fait d'un peu plus près, une promesse
Plus précise, un aveu qui veut se confirmer,
un point rose qu'on met sur l'i du verbe aimer ;
C'est un secret qui prend la bouche pour oreille. »

Une tirade célèbre de cette pièce est la Tirade du le nez (acte 1, scène IV) où Cyrano de Bergerac se prête au jeu de l'autodérision pour montrer le manque d'esprit du vicomte de Valvert qui vient d'essayer de se moquer de son grand nez. Il décline sur divers tons, les boutades qu'on pourrait lui adresser. La plus connue de toutes est celle donnée sur le ton descriptif :

« C'est un roc  !… C'est un pic  !… C'est un cap  !… Que dis-je, c'est un cap  ?… C'est une péninsule  ! »

Un autre vers est bien connu, qui décrit bien le personnage, et qui sera repris dans le langage courant :

« Moi, c'est moralement que j'ai mes élégances »

Un nouvel archétype

Edmond Rostand doutait du succès de sa pièce, au point de se confondre en excuses auprès de l'acteur Coquelin le jour de la première pour l'avoir entraîné dans une pareille aventure, mais la salle en jugea autrement : non seulement les applaudissements furent copieux (vingt minutes ininterrompues !), mais un ministre vint dans la loge épingler sa Légion d'honneur sur la poitrine de l'auteur en expliquant : « Je me permets de prendre un peu d'avance » (Rostand la reçut en effet peu après). La pièce venait à point pour réconforter une France traumatisée par sa défaite de 1870 et la perte de l'Alsace-Lorraine. Cette pièce lui montrait qu'on peut être infortuné dans tous les domaines (naissance, fortune, carrière, amour...) et ne rien perdre pour autant de son panache, voire être à certains égards faire pâlir des puissants (Valvert, De Guiche) par son courage, sa verve et sa force morale. Elle montrait aussi qu'un amour n'avait pas besoin d'être partagé pour être exemplaire, que la fidélité à une attitude peut durer toute une vie, et - révélation dramatique de l'avant-dernier acte - que même une précieuse peut non seulement avoir du cœur, mais préférer l'âme d'un homme à son physique ou à sa fortune. Comme le chantera plus tard Georges Moustaki :

À regarder le monde s'agiter et paraître
En habit d'imposture et de supercherie
On peut être mendiant et orgueilleux de l'être
Porter ses guenilles sans en être appauvri

Le succès de Cyrano fut mondial. Il est devenu aujourd'hui un archétype humain au même titre qu'Hamlet ou Don Quichotte (à l'évocation duquel il tire d'ailleurs son chapeau dans la pièce).

Charles de Gaulle a mentionné Cyrano comme étant son livre favori. La pièce a suscité de nombreux films.

See also: Cyrano de Bergerac (pièce), 1619, 1655, 1897, Arts du spectacle, Bergerac, Charles de Gaulle, Commedia dell'Arte, Coquelin aîné