Démocratie

Dans son sens originel (dans la Cité-État d'Athènes du Ve siècle ACN), la démocratie du grec dèmokratia, « gouvernement du peuple » (de dèmos, « peuple » et kratos, « puissance », « souveraineté ») est un régime politique ou organisation sociale, où le peuple détient le pouvoir. Il s'agit donc du pouvoir directe pour et par le peuple. Mais cependant, seulement 6000 citoyens sur 30 à 40000 Athéniens se réunissaient pour décider.

Sommaire

Généralités

Implications

Ce régime implique :

L'égalité politique

En général, on assimile cela au principe « une personne = une voix ». Ce principe est généralement considéré comme le fondement de la démocratie, et même opposé par Galbraith au système économique (où 1 euro = une voix). Néanmoins nul ne conteste le caractère démocratique des assemblées de copropriétaires, où les voix des votants sont dans le cas général proportionnelles aux parts qu'ils détiennent.

Toutefois, même lorsque ce principe est en théorie reconnu et défendu avec acharnement, il n'est pas appliqué, car son usage

L'égalité peut plus raisonnablement se mesurer à l'importance que l'objet de la décision politique a réellement pour les votants.

Pour résoudre ce problème en conservant le principe « une personne = une voix », la seule solution généralement employée (plus empirique et pragmatique que théoriquement fondée) est de procéder à un découpage géographique, et à une estimation, également empirique, de l'échelon pertinent :

Pour les sujets sensibles, (tout récemment en France : OGM, mariage homosexuel, implantation d'une usine d'incinération, d'un aéroport, etc.), il y a souvent des conflits de compétence, chacun faisant comme s'il était le seul concerné. Ces problèmes ne sont résolus que par des rapports de force et de tradition, le système qui les a créés n'étant par nature pas capable de les trancher.

Plus grave en apparence : si théoriquement « une personne = une voix », en pratique et au final, une décision est prise (par définition). Force est alors de constater que, pour les perdants, une personne = zéro voix, au mépris du principe affiché. Cette constatation n'est d'ailleurs sans doute pas pour rien dans l'adage populaire souvent rappelé par Coluche :

la dictature c'est « ferme ta gueule », la démocratie c'est « cause toujours »

Cet effet est évidemment amplifié par les systèmes dit représentatifs.

Alphonse Allais proposa en son temps (était-il sérieux ?) de résoudre le problème en laissant chaque département choisir son gouvernement, et en laissant la concurrence faire son œuvre, chaque parti gérant les seuls départements ayant voté pour lui, et s'efforçant de les conserver. Les départements mal gérés opteraient vite aux élections suivantes pour le système apparemment meilleur du département d'à côté.

Est-il possible d'assurer une égalité politique ? Il faut que chacun s'engage lui-même dans chaque sujet à proportion de l'importance qu'il lui accorde, ni plus ni moins. Et il faut qu'il n'impose pas à l'autre sa décision, mais qu'il négocie avec lui, en lui accordant une compensation.

Devoirs

Le système démocratique implique aussi deux devoirs :

Ce sont des règles fondamentales, que résume la phrase apocryphe de Voltaire : « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire ».

La démocratie ne peut donc se concevoir comme simple dictature de la majorité et, exclut par conséquent toute idée de suppression d'un parti même minoritaire, sauf dans le cas très spécifique où celui-ci prône explicitement le recours à la violence et à des actions anti-démocratiques. Même dans ce cas, le parti communiste qui prônait avant Georges Marchais un but théorique de renversement des institutions et de dictature du prolétariat ne fut jamais formellement inquiété, et renonça en fin de compte de lui-même à ces objectifs d'apparence peu démocratique.

Démocratie directe

Voir l'article sur la démocratie directe

Démocratie représentative

Bien plus importants, aussi bien numériquement (environ la moitié des habitants de la planète) qu'en termes de puissance économique et militaire (les États les plus riches et les plus puissants en font partie), on trouve des Républiques qui se veulent des démocraties représentatives.

En pratique, il s'agit d'oligarchies mi-électives (pour les magistratures dites politiques dont l'extension varie selon les États), mi-méritocratique (pour les fonctions d'exécution civiles et militaires).

Ces États peuvent également admettre une petite dose de participation directe du peuple, par exemple sous forme de référendum obligatoire pour certaines décisions, voire des éléments de propositions ou de veto populaire.


L’exercice du pouvoir par l’intermédiaire de représentants élus par le peuple a été appliqué tardivement (À partir de 1848 pour la Suisse) pour pallier aux insuffisances de la démocratie directe. Il s’agit de la démocratie représentative, c’est-à-dire un régime où la volonté des citoyens s’exprime par la médiation de représentants sélectionnés au sein du peuple. Cependant, la représentativité a été considérée pendant longtemps (jusqu’au XVIIIe siècle ) comme le contraire de la démocratie. Cela entraîne :


La Constitution distingue trois pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire. Le principe fondamental de la démocratie et de la séparation des pouvoirs est contenu dans l’article 33 de la Constitution : « Tous les pouvoirs émanent de la nation. Ils sont exercés de la manière établie par la Constitution », c’est-à-dire par la voie du suffrage universel et de la représentation (députés, sénateurs, conseillers). La séparation des pouvoirs résulte du fait que les trois pouvoirs appartiennent à des organes différents et indépendants les uns des autres et implique que l’exercice de ces pouvoirs soit réparti entre trois fonctions distinctes :

  1. la fonction législative qui procède à l’élaboration des lois, c’est-à-dire des normes (règles) qui régissent la vie en société (pouvoir législatif). Ce pouvoir est exercé par le Roi, le Président , les ministres et le Parlement, composé de la Chambre des représentants et du Sénat.
  2. la fonction exécutive qui applique les prescriptions élaborées par la fonction législative. C’est au gouvernement et au chef de l’État ainsi qu’à l’administration (pouvoir exécutif) qu’incombe cette application.
  3. la fonction judiciaire qui veille au respect de ces propositions lorsqu’elles ont été ignorées ou violées et pénalise les actions qui les enfreignent (pouvoir judiciaire).

Jadis ces trois fonctions appartenaient au même organe , ce qui donnait libre cours à l’arbitraire et aux abus et limitait la liberté des sujets. Les trois grandes révolutions qui se déroulèrent en un siècle : anglaise (1688), américaine (1776) et française (1789) allaient jeter les bases de la séparation des pouvoirs et des démocraties modernes. Le tournant capital est la révolution anglaise de 1688, qui consacrait les grands principes des futures démocraties : liberté individuelle (c’est-à-dire pas d’arrestation arbitraire), contrôle exercé par le Parlement sur le Gouvernement, vote des budgets, élections, liberté de la presse, séparation des pouvoirs. Ces principes furent théorisés à la fin du XVIIe siècle par le grand philosophe anglais John LOCKE (philosophe, 1632-1704), suivi, au XVIIIe siècle en France par MONTESQUIEU (écrivain, 1689-1755) qui développe la théorie de la séparation des pouvoirs. Cette doctrine implique que les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire soient attribués à trois organes différents (qui doivent néanmoins coopérer) afin de prévenir les abus et de protéger les libertés.


Démocratie participative

Enfin il existe un système mixte, dit démocratie participative, dans laquelle le peuple délègue son pouvoir (des représentants sont donc chargés de proposer et voter des lois et des nominations), tout en le conservant (le peuple se saisit lui-même directement de telles questions, via une pétition d'une fraction du corps électoral).

C'est le système pratiqué en Suisse, et dans ses cantons, où les lois importantes sont soumises automatiquement au vote populaire (référendum obligatoire) et où toute autre loi peut l'être si un nombre défini de citoyens le demande (référendum facultatif). De plus un nombre fixé de citoyens peut demander le vote d'une révision partielle de la Constitution (initiative constitutionnelle) ou la légifération du parlement dans un domaine particulier (initiative législative). Au niveau local et régional, le peuple est parfois consulté pour les dépenses supérieures à un certain montant. Un citoyen suisse se rend aux urnes au moins quatre fois par année et se prononce la plupart du temps sur plusieurs objets (entre un et huit à chaque fois).

Ce système, tel que pratiqué en Suisse, n'est pas un résidu d'une démocratie plus large: lors de la formation de l'État fédéral suisse en 1848, le pays, et les cantons ne pratiquant pas la Landsgemeinde, était une démocratie représentative pure. C'est peu à peu que les droits populaires ont été progressivement étendus.

Idées reçues

« Démocratie et République sont liés »

Une république est un régime dans lequel le pouvoir est représentatif des opinions des sujets/citoyens du pays. Ainsi la république n'induit pas forcément la démocratie, de même qu'il existe des régimes démocratiques non républicains.

Exemple : la IIIe République – à ses débuts – bien que « république » et ayant une apparence démocratique (droit de vote pour les citoyens, etc.) conservait en fait le pouvoir entre les mains de personnes appartenant à une certaine couche de la société par le suffrage censitaire. il s'agissait donc d'une ploutocratie.

De même, nombreux sont les pays considérés comme démocratiques à avoir conservé le système monarchique, par exemple, la Grande-Bretagne, le royaume du Maroc ou bien encore la Belgique.

Par contre certains des états ont utilisé le vote du peuple à travers des éléctions sans pluralisme pour asseoir leur régime tyrannique sur une base démocratique : URSS, Chine, Cuba. Ces états pseudo-démocractiques ne sont pas des républiques, bien qu'ils répondent parfaitement à la définition simple du terme démocratie.

« Démocratie et Droits de l'Homme sont liés »

Bien que souvent liés voire confondus dans le langage journalistique, les termes de « démocratie » et de « Droits de l'Homme » renvoient à des définitions qui ne sont pas identiques:

Les droits de l'homme sont une théorie selon laquelle, dès lors qu'un individu appartient à l'espèce humaine, il jouit d'un certain nombre de droits. Cette notion date du XVIIIe siècle et de l'époque des Lumières.

La démocratie est une idée beaucoup plus ancienne datant de l'Antiquité grecque (cf. Athènes): or, si Athènes, à une certaine période de son histoire, a certes été une démocratie, la notion de Droits de l'Homme en était par contre totalement absente.

« Deux démocraties ne se font pas la guerre »

Une opinion répandue est que deux démocraties ne se font pas la guerre. Si elle possède un fond de vérité (les citoyens sont en général peu enclins à la guerre, dont ils peuvent rarement espérer un profit personnel), l'histoire la dément :

Toutefois, les vainqueurs écrivant l'histoire, comme dit un dicton, il est toujours possible après une guerre de déclarer que les institutions du pays vaincu n'étaient pas démocratiques.

On pourra repondre pour le premier cas, que la République de Venise était oligarchique et point démocratique, pour le troisiême qu'il y avait des problêmes constitutionnels et moraux avec plus de poid que ce qu'était commun à leurs constitutions.

« La démocratie est un luxe de pays riches »

La démocratie est une organisation assez coûteuse, qui ne pourrait apparaître, ou se maintenir, que dans des pays où une majorité de la population est dégagée des besoins de survie. Non seulement deux pays parmi les plus pauvres de la planète, le Mali et le Niger, sont des démocraties, mais la première démocratie de la planète (en nombre dhabitants) est un pays du tiers monde ; l'Inde.

En revanche, la régression économique d'une société, même temporaire, peut s'accompagner d'une disparition de la démocratie, une partie la population accordant temporairement plus d'intérêt à la restauration de son niveau de vie qu'à la liberté dans la pauvreté. Le processus n'est cependant pas toujours réversible sans effusion de sang.

« La démocratie permet à un pays de s'enrichir »

Le fait que certains pays sont pauvres parce qu'ils ne sont pas démocratiques, et que l'introduction de la démocratie dans ceux-ci leur permettrait de s'enrichir, est également un mythe : la pauvreté du Mali montre que la relation n'est pas absolue.

Toutefois, des éléments inutiles au corps social peuvent théoriquement perdurer plus facilement dans un pays non démocratique, dès lors qu'ils flattent les puissants, puisque ces derniers n'ont alors aucune sanction populaire à craindre. L'absence de démocratie peut donc constituer un obstacle supplémentaire au développement.

« L'Afrique n'est pas mure pour la démocratie »

Le Mali est une démocratie depuis la chute du dictateur Moussa Traoré en 1991. Depuis, plusieurs transitions démocratiques du pouvoir ont eu lieu.

« La démocratie est toujours la volonté du peuple ou de sa majorité »

En 1917, la Suède a fait la transition du régime mi-monarchique mi-parlementaire selon la constitution de 1809 au régime purement parlementaire, c'est-à-dire que le devoir du roi est de choisir comme chef du gouvernement le chef du parti ou de la coalition qui a la majorité absolue ou rélative des parlementaires, ou bien la confiance du parlement. Or, cette réforme était soutenue par les bourgeois et les ouvriers, qui étaient une minorité, mais reçut l'opposition de l'armée et des agriculteurs, qui étaient alors la majorité. Parce que beaucoup d'agriculteurs n'ont pas participé aux protestations, la réforme a eu lieu. Aucun d'entre eux n'avait exprimé la volonté des bourgeois et des ouvriers, mais la majorité resta silencieuse et sa volonté la plus vraisemblable ne fut pas respectée.

« La démocratie le moins mauvais des systèmes politiques ? »

La démocratie nous est souvent présentée comme le système politique absolu, le meilleur des systèmes. Il ne pourrait donc par essence, ni être amélioré, ni dépassé. Pourtant des améliorations ou des retours à des pratiques anciennes sont toujours possibles. Il en est ainsi de la stochocratie (désignation des représentants du peuple par le sort) : « Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie. Le suffrage par le choix est de celle de l'aristocratie. Le sort est une façon d'élire qui n'afflige personne; il laisse à chaque citoyen une espérance raisonnable de servir sa patrie. » Montesquieu - Esprit des lois

« Il est démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort, et oligarchique qu'elles soient électives » Aristote - Les Politiques IV, 9, 4 Traduction: Pierre Pellerin - Garnier-Flammarion

Citations

Notre Constitution... est appelée démocratie parce que le pouvoir est entre les mains non d'une minorité, mais du plus grand nombre.
Périclès, discours rapporté par Thucydide
Alexis de Tocqueville, La Démocratie en Amérique.
Platon
Maurice Joly, Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu.
(Cornelius Castoriadis)
Rosa Luxemburg

Bibliographie

Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Schoenhofs Foreign Books (23 mai 1986), collection Folio , ISBN 2070323544

Liens externes

Voir aussi

Types de gouvernements | Politique | Consensus | Système de vote | Démocratie athénienne | Mondialisation démocratique

See also: Démocratie, 1848, Alexis de Tocqueville, Alphonse Allais, Belgique, Cantons suisses, Capacité, Chine