Dialectique
Du grec dialegesthai, converser, et dialegein, trier, distinguer.
La dialectique est une méthode de raisonnement, de questionnement et d'interprétation qui a pris plusieurs formes au cours des siècles. Ses sens sont nombreux et difficiles à cerner.
On peut tenter de distinguer quelques caractéristiques générales :
- art du dialogue et de la discussion
- technique de raisonnement qui procède par la mise en parallèle d'une thèse et de son antithèse, et qui tente de dépasser la contradiction qui en résulte au niveau d'une synthèse finale: cette forme de raisonnement trouve son expression dans le « plan dialectique » dont la structure est thèse-antithèse-synthèse
- art d'ordonner les concepts (en genres et en espèces)
- moyen de s'élever du sensible à l'intelligible (jusqu'aux concepts les plus généraux, jusqu'aux principes premiers)
- art des raisonnements qui portent sur des opinions probables (Aristote)
- logique de l'apparence transcendantale (Kant)
- « L'application scientifique de la conformité à des lois, inhérente à la nature de la pensée » (Hegel)
La dialectique, dans tous ces cas, désigne un mouvement soit de la pensée soit de la réalité (ou de l'être) qui se produit de manière discontinue, par opposition ou multiplicité de ce qui est en mouvement, et qui permet d'atteindre un terme supérieur, comme la vérité, une définition, un concept.
| Sommaire |
Histoire
La dialectique dans l'Antiquité
Elle naît sous l'impulsion de la pensée de l'être développée par Parménide et défendue par Zénon d'Élée. Elle est aussi décrite et utilisée par Platon dans un certain nombre de ses dialogues. Elle est appelée « accouchement des âmes » par Socrate, car il était le fils d'une sage-femme. Elle consiste en un interrogatoire fondé sur des questions fermées (auxquelles on ne peut répondre que par « oui » ou par « non ») qui s'articulent de manière logique (scientifique).
Elle se déroule en trois étapes :
- Formulation d'une question par Socrate (qu'est-ce que...?)
- Énoncé d'une définition par l'interlocuteur
- Mise à l'épreuve de la cohérence de la thèse par un jeu de questions
Socrate pose parfois une question comportant une réponse politiquement correcte, et une bonne réponse. La discussion se passe en public, par conséquent l'interlocuteur choisit en général la réponse politiquement correcte, mais fausse. Socrate va ensuite, par un subtil jeu de questions, amener son interlocuteur à se contredire.
La dialectique éristique
Cette forme de dialectique se développe très tôt, par exemple chez les Sophistes. Elle est définie par Arthur Schopenhauer dans son livre L'Art d'avoir toujours raison. C'est une méthode de combat dans la mesure où les arguments sont considérés suivant leur efficacité. C'est un art qu'il appelle « l'art d'avoir toujours raison ». Schopenhauer en fait un recueil (non exhaustif) d'une cinquantaine de règles destinées à faire croire à un interlocuteur ou à un public que l'on a raison quel que soit le détenteur de la vérité. Cette dialectique ne vise pas à la connaissance, ni à la recherche de la vérité, mais indifféremment à cultiver son image de personnage savant ou à défendre la vérité.
La dialectique dans la théologie chrétienne
La dialectique de Hegel
Le matérialisme dialectique
Il s'agit d'une pensée philosophique héritée de Karl Marx, sur laquelle s'est construite le socialisme dit scientifique. Le matérialisme dialectique, c'est la compréhension du monde par l'étude de la matière en mouvement ; matérialisme au sens où la matière est, selon cette thèse, à la base de toutes choses, y compris des idées humaines, formées dans et par le cerveau humain, fait de matière ; et dialectique au sens de Hegel, c'est-à-dire lois du mouvement.
Hegel a en effet exprimé une série de lois de la dialectique, c'est-à-dire de lois naturelles du mouvement et de la transformation, dont, entre autres, la loi de la transformation de la quantité en qualité, ou encore la loi de la négation de la négation. Ces lois se retrouveraient un peu partout dans la nature.
La conjonction du matérialisme des grecs anciens comme Héraclite, et de la dialectique de Hegel, le tout adapté à l'époque moderne, donnerait un outil intellectuel puissant. Par rapport à la logique formelle, elle serait comparable à ce que sont les nombres réels par rapport aux nombres entiers. Mais en réalité, il ne s'agirait que de la pensée scientifique courante, même si elle n'est pas exprimée ainsi.
Marx exprime les lois dialectiques qui selon lui régissent l'histoire. Selon ces lois, l'histoire, la philosophie, la science, sont des superstructures de la société, et sont donc elles-mêmes, historiques. Ainsi, pour Sartre, le marxisme, c'est l'Histoire elle-même prenant conscience de soi. Il fait sienne l'idée que la Raison dialectique ne peut être critiquée (au sens où Kant a pris le terme) que par la Raison dialectique elle-même. La méthode qu'il affine (à partir d'une proposition d'Henri Lefebvre) est progressive-régressive.
Critique de la dialectique
Le rationalisme de la dialectique a suscité de nombreuses critiques depuis l'Antiquité :
- Appliquer les lois de la raison au devenir serait un procédé métaphysique problématique.
- La dialectique détournerait l'esprit de l'observation scientifique.
- La dialectique serait un procédé dogmatique, qui s'oppose à l'idée d'une interprétation de la nature (c'est ainsi que la dialectique de Hegel appliquée à la nature est jugée grotesque).
Bibliographie
- Parménide, Platon
- Critique de la raison pure, Kant
- L'Art d'avoir toujours raison, Schopenhauer
- Critique de la raison dialectique, Jean-Paul Sartre
Liens
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