Économétrie

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Au sens large, l'économétrie regroupe l'ensemble des travaux en économie qui utilisent le langage mathématique.

Dans un sens plus étroit, l'économétrie a pour objectif de tester la validité des théories économiques, d'effectuer des prévisions économiques et d'induire des modèles économiques à partir de la collecte et l'analyse de données qualitatives ou quantitatives.

L'économétrie couvre donc deux domaines. Mais c'est généralement la deuxième définition qui est officiellement retenue, faisant de l'économétrie la partie de la science économique qui s'occupe de la mesure et applique les méthodes statistiques aux données empiriques issues de l'économie. Héritière à la fois des mathématiques, de l'économie et des statistiques, son objet est alors le plus souvent, de confronter un modèle économique à un ensemble de données (données de panel, série temporelle, etc.) pour tenter d'en vérifier la validité.

Sommaire

Histoire de l'économétrie

La société d'économétrie et la Cowles Commission

Si la science économique s'est toujours tournée vers les mathématiques pour appréhender son objet d'étude, on peut considérer que l'économétrie commence à se développer sous sa forme moderne dans les années 1920. L'économiste norvégien Ragnar Frisch va jouer un rôle important dans la naissance de cette discipline et dans son institutionnalisation. On lui attribue d'ailleurs souvent la paternité du terme. En 1930, accompagné d'Irving Fischer, il fonde la Société d'économétrie (Econometric society) dont l'objet essentiel est de « favoriser les études à caractère quantitatif qui tendent à rapprocher le point de vue théorique du point de vue empirique dans l’exploration des problèmes économiques », puis en 1933, il crée la revue Econometrica qui sera le principal véhicule de la pensée économétrique.

Les travaux de la Cowles Commission for research in economics (groupe de recherche créé en 1932 à l'université du Colorado, qui s'installe à l'université de Chicago puis à l'université de Yale, dont les travaux portent sur la relation entre les théories économiques, les mathématiques et les statistiques) permettront le développement de techniques d'estimations pour des systèmes d'équations simultanées. Trygve Haavelmo, lauréat du Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel en 1989, fait partie de ce groupe de recherche.

L'implantation de la discipline et la période moderne

Après la seconde guerre mondiale, l'économétrie se développe très rapidement. Cette croissance va s'effectuer sur plusieurs niveaux.

On peut distinguer deux grandes périodes dans la recherche économétrique moderne. Jusqu'à la fin des années 70, les travaux s'orientent vers la spécification et la solvabilité de modèles macroéconomiques à équations simultanées. Puis, à la suite de l'introduction des anticipations rationnelles et de la critique de Lucas, la recherche se tourne vers la microéconomie et l'analyse des séries temporelles.

Durant la première période, la recherche économétrique porte essentiellement sur les conditions d'estimation des modèles macroéconomiques d'équations simultanées comportant un élément aléatoire. Chronologiquement, les avancées vont s'effectuer ainsi

L'économétrie comme science expérimentale ?

C'est au départ dans le but de faire coincider les théories économiques avec les données, que les économistes ont mis en place tout un ensemble de techniques économétriques. Leur objectif était de déterminer quels modèles économiques pouvaient être considérés comme les plus vraisemblables. Ainsi, en s'appuyant sur un processus de sélection des modèles de type poppérien (les modèles les moins vraisemblables devant être progressivement éliminés), ils espéraient pouvoir approcher au mieux la réalité économique sans avoir à intervenir sur elle. Toutefois, cette amélioration fut loin d'être systématique. Ceci, malgré une perfection croissante des techniques économétriques. La haute technicité mathématique en économétrie ne doit donc pas masquer le fait que l'économie ne peut prétendre devenir : d'une part une science expérimentale au même titre que la physique, la chimie, la biologie ou la psychologie expérimentale, et d'autre part une science d'observation aussi précise et « neutre » que la cosmologie ou la démographie.

Sans prétendre à l'exhaustivité, on peut y voir plusieurs raisons :

Bref, l'économétrie est bien loin d'être une « science dure ». Cependant, si on fait abstraction de ces nombreuses difficultés, il faut admettre qu'elle a fait preuve d'une certaine efficacité pour mesurer l'impact des politiques macro-économiques. La partie « validation des théories » faisant quant à elle l'objet d'interminables controverses.

D'autre part, on remarquera que le succès de l'économétrie ne fait pas forcément l'unanimité chez les économistes. Certains penseurs de l'école autrichienne comme Ludwig von Mises, contestent l'intérêt de la formalisation du comportement économique. De plus, comme John Galbraith l'avait noté, l'économie professionnelle est organisée hiérarchiquement : économie hétérodoxe à la base, économie néo-libérale au sommet et les formes les plus mathématiques de l'économie néo-libérale à la pointe. On se doute bien que ce classement hiérarchique crée des dissensions au sein de la communauté des économistes, dont certains membres refusent d'adopter un formalisme mathématique jugé parfois excessif et superflu.

Il faut aussi noter que récemment, l'économie expérimentale, nouvelle branche de l'économie consistant à effectuer des expériences de laboratoire pour tester les modèles micro-économiques, est venue concurencer l'économétrie sur le terrain de la validation des théories. Les résultats qui émanent de cette nouvelle discipline sont souvent en contradiction flagrante avec les hypothèses qui sous-tendent les modèles écométriques fondés sur des modèles d'équilibre général, ce qui tend à réduire la portée heuristique de la micro-économétrie.

Méthodes de l'économétrie

Les méthodes de l'économétrie sont très variées. En économie mathématique, on retrouve des outils mathématiques très divers comme l'algèbre, l'analyse, la théorie des jeux et la probabilité. Du point de vue de la statistique appliquée à l'économie, on pourra retenir la statistique descriptive, l'analyse de données et la statistique mathématique. Les techniques économétriques au sens strict, sont généralement issus de la statistique mathématique. On retiendra également l'importance de l'algèbre matricielle.

Dans les techniques économétriques au sens strict, on trouve en premier lieu les modèles de régression linéaire classiques qui reposent sur de nombreuses hypothèses, puis des modèles plus complexes, qui font sauter une à une ces mêmes hypothèses.

Les modèles de régression linéaire

Les modèles de régression linéaire cherchent à déterminer une relation linéaire entre une ou plusieurs variables explicatives (ou exogènes) et une ou plusieurs variables déterminées (ou endogène) à partir d'un ensemble de n observations qualitatives ou quantitatives. On considère en général que les écarts entre les observations et les relations entre les variables peuvent être expliqués par différentes sources d'erreurs :

Dans ces deux derniers cas l’on dit que la relation a été mal spécifiée. Ces trois sources d'erreurs dont considérées comme aléatoires, on suppose qu'elles suivent une loi normale ce qui permet de faire des estimations des paramètres du modèle d'ajustement. On appelle ces sources d'erreurs des éléments aléatoires. L'objectif est alors de trouver des relations linéaires entre les variables qui minimisent l'erreur aléatoire. Différentes méthodes existent. On peut par exemple utiliser la méthode des moindres carrés.

La technique de régression dans les modèles linéaires classiques s'appuie sur quelques hypothèses fondamentales :

Lorsqu'on fait sauter une ou plusieurs de ces hypothèses, on entre dans des modèles économétiques particuliers, dont les modèles non linéaires.

Modèle de régression non linéaire

Modèle non paramétrique

Tests de causalité

Modèles dynamiques et séries temporelles

Principaux résultats et applications de l'économétrie

Les tests économétriques ont apporté un éclairage intéressant à des théories économiques dont étaient tirées certaines politiques économiques. Par exemple, les monétaristes vont remettre en cause la pertinence de la courbe de Phillips en se fondant sur des données statistiques de long terme. De même, les tests économétriques vont fortement affaiblir le lien, crucial chez les keynésiens, entre consommation nationale et revenu national.

Concernant les applications, l'économétrie va trouver des débouchés dans la finance et dans les politiques économiques budgétaires et financières. Le modèle développé par Black et Scholes par exemple, permet de calculer la valeur des options. Des modèles macroéconométriques ont également été mis en place dès les années 50 pour prévoir l'impact des politiques économiques. La question se pose dès lors de savoir si l'utilisation des modèles macroéconométriques a un impact sur son objet d'étude. Problème que les monétaristes et les théoriciens des anticipations rationnelles comme Lucas ne manqueront pas de souligner.

Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel

Le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel a été décerné à plusieurs reprises pour des travaux économétriques:

Liens internes

Lien externe

(en) Société d'économétrie



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See also: Économétrie, 1930, 1969, 1980