Edward Davis Wood Junior

Sommaire

Pseudonymes

Biographie

Dès sa prime enfance, Edward D. Wood Jr. subit les affres de la fantaisie maternelle : celle-ci l'habillera en fillette jusqu'à ce qu'il atteigne un âge suffisant pour émettre des remarques. À l'âge de 4 ans, le jeune Wood déambule en robe dans le voisinage, s'intéressant de très près aux histoires, aux images, à la vie des autres. Très tôt il commencera à faire des photos, à rêver de Westerns. En écrivant ses premiers scénarios, il recrute les gamins du voisinage pour jouer de petites scènes. Le reste de son temps, il le passe dans les cinémas de quartier.

Après le bombardement de Pearl Harbor, Wood décide d'intégrer les Marines. Il partira au front, y sera blessé, et récoltera une moisson de médailles. Mais toute sa fierté de son épisode de combattant viendra d'un autre détail : il portait, sous l'uniforme réglementaire, des sous-vêtements féminins de coton rose, un brin moins académiques.

De retour aux États-Unis, en 1946, Wood a eu le temps de formaliser ses aspirations : il déménage en Californie et commence à proposer ses services aux principaux producteurs. Il accumule échec sur échec, mais persévère et finit par obtenir la direction d'un projet tiré du livre de Christine Jorgensen sur la transexualité, Glen or Glenda. Ce film propose indirectement une plongée dans la psyché même de Wood, en particulier sur son goût du travestissement, raffinement totalement inimaginable à la fin des années 1940. Cette tendance expliquera l'échec du mariage éclair de Wood avec Norma McCarty (qui dura 5 mois). D'un point de vue strictement artistique, Glen or Glenda démontre aussi le total manque de talent de Wood, avec notamment le personnage de Bela Lugosi (que Wood idolâtrait et avait réussi à convaincre de reprendre sa carrière, celui-ci préférant à l'époque boire du matin au soir en pyjama, en ruminant ses vieilles querelles avec Boris Karloff), jouant un narrateur blafard, psalmodiant des menaces incompréhensibles.

Suivit Bride of the Monster (1955), accumulant les maladresses scénaristiques et techniques (avec notamment l'utilisation de déplorables images d'archives n'ayant peu ou rien du tout à voir avec le film), fut tout de même le seul film de Wood à rapporter de l'argent.

En 55, Wood rencontre Kathy, qui deviendra sa femme et l'accompagnera jusqu'à sa mort, acceptant son goût du travestissement (et de retrouver ses pulls angoras copieusement élargis).

C'est avec Plan 9 from Outer Space (1958) que viendra la reconnaissance par le public de la tragique absence de talent de Wood : réunissant autour de lui le petit groupe de parias de l'audiovisuel qu'il avait réussi à fédérer (n'oublions pas que Wood, malgré ses objectives lacunes, était un homme charismatique et passionné, capable de convaincre et de plaire) : Tor Johnson, ancienne star du monde de la lutte (et toujours cantonné à des rôles muets), Vampira, ancienne speakerine, et Bela Lugosi, malgré sa mort quelques jours avant le début du tournage, auquel Wood fit un vibrant hommage en incluant en incipit de son film quelques secondes du vieil homme qu'il avait filmé en train de cueillir une fleur. Wood y vit une bouleversante poésie, mais ne put se résoudre à renoncer à ce personnage pour tenir le rôle principal : il engagea le chiropracteur de sa femme, Tom Mason, (dont la ressemblance avec Lugosi ne sembla frapper qu'Ed Wood) qui dut jouer le film le visage toujours à moitié caché par sa cape, afin de ne pas (trop) faire remarquer le changement d'acteur.

Ses films suivant suivirent des trajectoires tout aussi chaotiques, ne sortant souvent dans les salles que des années après leur réalisation, faute de moyens.

Ed Wood vécut pour le cinéma et faire des films, pas pour les vendre. L'accumulation des échecs commerciaux de ses œuvres le plongea progressivement dans la mélancolie et l'alcool, et il mourut à 53 ans des complications de son alcoolisme.

L'histoire de ce réalisateur passionné et dévoué à son idée de l'art par-delà toute logique, ressurgit quelques années plus tard, lorsqu'il fut élu plus mauvais réalisateur de l'histoire au début des années 1980. Suivit en 1994 le film Ed Wood de Tim Burton, honneur singulier et sincère à ce personnage trop intègre et inspiré pour être risible.

L'importance du travail de Wood, dans toute sa crasse nullité et ses insuffisances dans tous les domaines, est la leçon donnée à tous les aspirants artistes : par-delà ses limitations, Wood a produit de la matière. Certainement de qualité très discutable, mais existante. Il a osé pousser ses aspirations à l'extrême, épanouir son envie de cinéma, envers et contre tout. Là où n'importe quel réalisateur se serait effondré et aurait réclamé une prise supplémentaire lorsque Tor Johnson se cogne contre le chambranle d'une porte au lieu de la traverser, Wood clame un « Coupez ! C'était Parfait ! », l'œil vif et papillonnant de passion.

Filmographie

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réalisateurs

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À propos d'Ed Wood

Voir aussi

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See also: Edward Davis Wood Junior, 10 décembre, 10 octobre, 1924, 1946, 1948