Embrasement généralisé éclair

L'embrasement généralisé éclair (EGE, en anglais flashover), est un accident thermique, une phase du développement d'un feu dans un local semi-clos. D'un seul coup, toute une pièce se met à brûler dans son intégralité. Ce n'est pas le feu qui progresse de proche en proche, mais tous les objets, et même l'atmosphère, qui s'embrasent brusquement. Il est très redouté des sapeurs-pompiers qui n'en ressortent jamais indemne.

Sommaire

Mécanisme

La chaleur décompose les matériaux (bois, plastiques, tissus...) et produit des gaz inflammables, c'est la pyrolyse. Soit les gaz brûlent tout de suite et alimentent le feu (feu classique), soit ils s'accumulent dans une pièce. Si l'air rentre régulièrement dans la pièce, on peut avoir, à partir d'un certain taux gaz/air, une inflammation de tout le gaz. Le feu occupe alors littéralement tout l'espace, c'est l'embrasement généralisé éclair.

En moyenne, un EGE se produit à une température de 600°C et a un flux thermique d'environ 7 MW. Le feu de l'Interstate Bank à Los Angeles en 1988 a dégagé une puissance thermique de 10 MW ; la puissance minimale d'un EGE est estimée à 3 MW.

Ceci est à comparer avec la puissance absorbée par un jet d'eau diffusé :

(voir l'article Lance d'incendie).

Intervention

Le signe précurseur de l'embrasement généralisé éclair, ce sont les « rouleaux de feu » appelé aussi « roll-overs » : l'air proche du plafond se met à brûler sous la forme de vagues. On peut tester la température de la fumée en arrosant le plafond avec un jet diffus ; s'il se forme des gouttelettes, la fumée n'est pas assez chaude pour que l'embrasement généralisé éclair ait lieu, en revanche si l'eau se vaporise, le risque est important.

Pour éviter l'embrasement généralisé, il faut

Notons que la fumée sortant par l'ouverture haute peut elle aussi s'enflammer, il faut donc l'arroser pour éviter que le feu ne prenne en toiture.

Si l'air ne peut pas entrer dans la pièce en feu (local clos), on a alors un risque différent, l'explosion de fumées.

Témoignage

Voici un court extrait (traduit de l'anglais) du témoignage Trapped in hell (litt. « piégé en enfer ») du capitaine Mike Spalding (Indianapolis FD, États-Unis), survivant d'un embrasement généralisé éclair qui s'est produit lors de l'incendie de l'Indianapolis Athletic Club le 5 février 1992 et au cours duquel deux pompiers trouvèrent la mort. (Texte reproduit en vertue du fair use.)

« Nous arrivame au deuxième étage, la fumée était épaisse et sombre. Elle était vraiment très sombre. […] Nous nous sommes alors baissé, sous la fumée, et avons suivi les tuyaux. Comme nous entrions, il faisait un peu chaud, mais rien d'insoutenable.[…]
Alors que nous suivions les tuyaux vers la sortie, la fumée devint plus sombre, vraiment sombre. À tel point que j'avais ma lampe torche allumée, en plus plus ma lampe de casque, et cela n'y faisait rien. Il faisait noir comme dans un four.
Et tout d'un coup, les conditions changèrent brutalement. Je n'avais jamais rien vu de pareil.
La chaleur devint comme dans un haut-fourneau. Dans l'obscurité, je pouvais voir de petites flammèches oranges autour de moi. Il faisait une chaleur incroyable. Incroyable. C'était comme si ma veste de protection allait prendre feu.[…] J'ai entendu mes oreilles frire comme dans une poële. Ça m'a plaqué au sol.[…]
La chaleur de cet embrasement généralisé était comme celle d'un haut-fourneau, et vous devenez comme un animal qui agit par instinct. J'avais vu des gens sauter par les fenêtres de plusieurs étages dans les vidéos et je me disais « À quoi diable pensent-ils ? Nous aurions pu les sauver. » Maintenant je sais. La douleur de la chaleur et le sentiment d'être piégé est plus fort que tout. Si j'avais été au huitième étage, j'aurai sauté. […]
Je suis passé par trois étapes distinctes durant le flashover, entre le moment où il se déclara et celui où je fus sorti.[…] D'abord, j'ai prié dieu pour qu'il me sorte de là — quel que fut le prix à payer. Puis j'ai commencé à prier pour mon pardon, parce que je savais que c'était mal parti. Et finalement, à cause de la douleur et du désespoir de la situation, j'ai prié dieu de prendre ma vie. […]
Finallement, Tom arriva et vit mes bottes dépasser de dessous les débris du plafond effondré. Il jeta les débris et enleva mon masque, mais il disait ne pas me reconnaître. Tom et moi avions travaillé ensemble, nous avions éteint des incendies ensemble, mais il ne me reconnaissait pas. Il me demanda qui j'étais. Il fut effaré de découvrir que c'était moi. Mon masque avait fondu. Ma veste de feu avait brûlée et il ne reconnaissait rien de moi. […]
Alors que nous roulions vers les urgences, […] ils inspectèrent ma gorge avec un laryngoscope, et j'entendis le médecin dire, « Ses voies aériennes sont OK. Elles ne sont pas brûlées. » Et j'ai su que j'avais de meilleures chances de survie. Ils me shootèrent. Je me réveillais le lendemain sous morphine. […]
Je souffrais de brûlures très graves. J'avais des brûlures au troisième degré sur mes deux mains, mes bras, mon dos, mes oreilles, sur le dessus de ma tête, les côtés de mon visage et mes jambes, ainsi que des brûlures au second degré étendues. »

EGE en plein air

Lors des feux de forêt, il peut se produire dans certains cas un EGE, dû à l'accumulation d'une poche de gaz de pyrolyse ; on peut ainsi voir plus de cinq hectare s'embraser instantanément. Si un vent fort pousse le feu rapidement, il dissipe également les poches de gaz et empêche un EGE ; on a donc paradoxalement des feux qui progressent très rapidement malgré un vent modéré (de l'ordre de 30 km/h).

Les EGE apparaissent en thalweg, en crêtes ou sur des plateaux. Les signes avant-coureurs sont :

Les anglais désignent ce phénomène les termes « flammes ascendantes » (updraft, avec une référence au backdraft) ou de « tempête de feu » (firestorm).

À voir

See also: Embrasement généralisé éclair, 1988, 1992, 5 février, Accident thermique, Backdraft, Explosion de fumées, Fair use, Feu, Feu de forêt