Énergie nucléaire
L'énergie nucléaire est l'énergie localisée dans les noyaux des atomes et libérée lors d'une transformation de la structure de ceux-ci. Ces transformations de noyaux sont appelées réactions nucléaires.
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Les deux types de réactions nucléaires
Fission
Lorsqu'un neutron percute un noyau d'atome lourd, ce dernier peut être éclaté en deux noyaux plus légers. Cette réaction, qui porte le nom de fission nucléaire, dégage une quantité d'énergie très importante (de l'ordre de 200 MeV par fission à comparer aux énergies des réactions chimiques qui sont de l'ordre de l'eV). L'origine de cette énergie trouve son explication dans la balance des énergies de masse entre le noyau initial et les deux noyaux produits. L'énergie de fission est principalement transmise dans les produits de fission sous forme d'énergie cinétique, c'est à dire sous forme de chaleur. La chaleur produite lors de la fission de noyaux fissiles d'uranium 235 ou de plutonium 239 est utilisée pour transformer de l'eau en vapeur, permettant d'actionner une turbine pouvant produire directement de l'énergie mécanique ou, par l'intermédiaire d'un alternateur, de l'électricité. C'est cette technique qui est à l'œuvre dans les centrales nucléaires actuelles.
Dans le processus de fission, plusieurs neutrons (lents ou rapides) sont libérés et sont sources de nouvelles réactions : c'est la réaction en chaîne. Cette réaction est maîtrisée au moyen de poisons neutroniques (atomes neutrophages, qui absorbent les neutrons) comme le bore soluble (le B10 est un excellent neutrophage) ou comme les barres de régulation constituées de B4C ou d'AIC. Par ailleurs, les centrales nucléaires industrielles actuelles utilisent des neutrons lents comme source de la fission : un matériau modérateur (l'eau dans les centrales en France) va ralentir les neutrons rapides issus de la fission afin de permettre leur capture efficace par les noyaux fissiles.
Fusion
nb : Voir Tokamak pour une explication plus complète
La fusion de noyaux d'isotopes lourds de l'hydrogène (deutérium et tritium) aboutissant à la formation d'hélium n'est encore qu'expérimentale, car les conditions de fusion sont extrêmement difficiles à obtenir. L'obtention de la fusion nucléaire nécessite des conditions de température et de pression drastiques afin que les noyaux aient l'énergie suffisante pour vaincre la « barrière de potentiel » électrostatique qui existe entre eux.
Concrètement, on comprime et on chauffe (par diverses méthodes) le mélange deutérium-tritium jusqu'à ce qu'il soit a l'état de plasma. En terme de température, il faut atteindre 100 millions de degrés pour que la réaction de fusion ait lieu (nb : Le soleil se contente apparemment de 16 millions de degrés mais les pressions mise en jeux sont beaucoup plus importantes, et impossibles a reproduire sur terre). Si le deutérium est disponible naturellement en grandes quantités dans les océans (mais nécessite la mise en place de méthodes très complexes pour en être extrait), le tritium doit être préparé artificiellement car il ne se trouve qu'en très petite quantité dans le milieu naturel (de par sa nature d'isotope radioactif à courte durée de vie). L'intérêt de la fusion nucléaire est qu'elle peut potentiellement produire beaucoup plus d'énergie, à masse de combustible égale, que la fission. De plus, les produits de la réaction (principalement de l'hélium 4He) ne sont pas radioactifs. Il ne faut toutefois pas oublier que, comme toute réaction nucléaire, la fusion produit des neutrons qui vont aller frapper la matière environnante et créer des produits d'activations, eux-mêmes radioactifs.
Plusieurs méthodes permettant d'obtenir une fusion sont actuellement explorées :
- Tokamak : chambre de confinement magnétique de plasma. exemples : JET, ITER
- Microbilles comprimées par laser (Fusion par confinement inertiel). exemples : laser Mégajoule
- La possibilité d'une fusion froide en utilisant les propriétés du palladium ou la sonoluminescence ne semble pas vérifiée (plus exactement un phénomène de dégagement thermique (15000 K tout de même) est observé, mais ne semble pas avoir de rapport avec la fusion).
Utilisation
Militaire
La première utilisation effective de l'énergie atomique (bombe A) a été le largage de deux bombes en 1945 à Hiroshima et Nagasaki. Depuis, ce type d'armement a uniquement été utilisé lors d'essais expérimentaux (atmosphériques puis souterrains). La bombe A (puis bombe H) a été à l'origine de la doctrine de la dissuasion ou équilibre de la terreur qui a été développée durant la Guerre froide.
Civile
Centrale-nucleaire-civaux.jpg
La chaleur dégagée par la réaction de fission est utilisée pour produire de l'électricité.
Certains pays, comme la France, font également de l'énergie nucléaire le garant de leur indépendance énergétique. En 2003, en France, 80 % de l'électricité est produite grâce à cette source d'énergie. D'autres pays ont aussi un programme nucléaire important, notamment les États-Unis, la Grande-Bretagne et le Japon. Le parc français est le deuxième mondial avec 59 réacteurs, derrière les États-Unis, mais le premier en terme de proportion nucléaire/classique.
En 2003, la part du nucléaire dans la production d'électricité est de :
- Allemagne : 28,1 %
- Chine : 2,2 %
- États-Unis : 19,9 %
- France : 80 %
- Inde : 3,3 %
- Japon : 25 %
- Royaume-Uni : 23,7 %
| Pays | Nucléaire | Hydrocarbures | Charbon | Énergies renouvelables |
| Allemagne | 12,7 % | 59,8 % | 24,2 % | 3,1 % |
| Canada | 8,1 % | 64,6 % | 12,4 % | 15,7 % |
| Chine | 0,4 % | 22,6 % | 56 % | 21,1 % |
| États-Unis | 9,2 % | 62,3 % | 23, 9 % | 4,6 % |
| France | 41, 3 % | 49,1 % | 4,8 % | 7 % |
| Italie | _ | 84,1 % | 7,8 % | 5,7 % |
| Japon | 16 % | 61,6 % | 19,2 % | 3,2 % |
| Royaume-Uni | 10 % | 71,5 % | 16,9 % | 1,1 % |
| Russie | 5,8 % | 73,7 % | 17,2 % | 3,5 % |
| (Source : Agence internationale de l'électricité) | ||||
Propulsion navale (militaire et civile)
Environ 400 navires à propulsion nucléaire existent dans le monde, très majoritairement militaires, surtout des sous-marins, mais aussi des porte-avions et des croiseurs, et quelques navires civils (brise-glace russes).
L'avantage principal de la propulsion nucléaire réside dans la très grande autonomie des bâtiments qui peuvent rester de longs mois en mer, voire plusieurs années, sans ravitaillement en énergie. Pour les sous-marins, elle apporte aussi un moyen de propulsion qui ne consomme pas d'oxygène et donc la possibilité de rester en plongée beaucoup plus longtemps.
Plusieurs accidents ont affecté des sous-marins nucléaires. Le dernier en date est celui du Koursk.
Propulsion spatiale
Certains engins spatiaux comme Voyager ont déjà emporté des piles nucléaires pour alimenter leur électronique. Certains satellites ont également été munis de petits générateurs nucléaires. En revanche la propulsion nucléaire, au cas où elle serait possible, n'est encore qu'à l'état de projet. À poids égal, elle aurait l'avantage de produire une poussée, certes faible, mais constante pendant tout le trajet, alors que les engins spatiaux actuels ne peuvent produire qu'une seule poussée initiale après s'être extraits du lanceur (hors quelques ajustements de trajectoires) à cause de la faible contenance de leurs réservoirs (c'est pourquoi on les nomme balistiques, et c'est aussi pour cela qu'il leur faut atteindre la vitesse de libération dès le départ). Sur les longs trajets, interplanétaires par exemple, cette accélération continue serait globalement plus efficace que l'accélération ponctuelle utilisée actuellement.
Idéalement, avec une accélération constante de 1g sur la première moitié du trajet et une décélération de 1g sur la seconde, les étoiles les plus proches sont à la portée d'un équipage en une dizaine d'années de voyage (temps du vaisseau), d'après la relativité générale. Toutefois, plusieurs siècles s'écouleraient à l'extérieur, ce qui pose des problèmes de motivation politique pour entreprendre un tel voyage.
Le débat sur la production nucléaire d'électricité
La production d'énergie nucléaire est controversée : à cause de la nature radioactive des réactifs et des déchets de la réaction de fission, celle-ci est potentiellement dangereuse pour les êtres vivants.
Positions favorables
Principaux avantages de l'énergie nucléaire avancés par ses défenseurs :
- L'utilisation civile de l'énergie nucléaire présente plusieurs avantages économiques par rapport aux énergies fossiles comme le pétrole : la production serait insensible à l'évolution des relations internationales ; son prix serait stable ; il ne rejette pas de gaz à effet de serre, ce qui évite les pénalités dans le cadre du protocole de Kyoto.
- L'exploitation des centrales nucléaires est généralement rentable, et l'est d'autant plus que les prix du gaz ou du pétrole augmentent. Outre les prix locaux des énergies concurrentes, cette rentabilité dépend du taux de disponibilité des centrales, c’est-à-dire le pourcentage de temps durant lequel la centrale est disponible pour produire de l'énergie, par opposition aux temps d'arrêt pour maintenance. Ces considérations sont favorables pour les électriciens de taille importante, tels qu'Électricité de France (EDF), pour lesquels la standardisation de la conception des centrales, de leur maintenance et de leur exploitation permettent de réduire les coûts et d'obtenir des taux de disponibilité élevés.
- Le coût de l'énergie nucléaire dépend peu du coût de la matière première uranium, mais est lié aux opérations de transformations réalisées dans le pays (fabrication du combustible nucléaire à partir de l'uranium, conception, fabrication et exploitation des centrales nucléaires). L'utilisation de l'énergie nucléaire réduit donc la facture énergétique du pays, tout en créant et maintenant des emplois industriels et scientifiques.
- Les centrales nucléaires diminuent la dépendance énergétique du pays : outre les considérations précédentes sur la facture énergétique, l'approvisionnement en uranium provient de zones géographiques diversifiées (Canada, Afrique, Australie, Asie), politiquement plus stables que le Moyen-Orient. De plus, des réserves supplémentaires existent dans des pays comme la France, non exploitées aujourd'hui car non rentables dans les conditions actuelles du marché de l'uranium naturel, mais utilisables en cas de crise internationale.
- Les centrales nucléaires ne produisent pas de gaz à effet de serre. Avec l'énergie hydraulique, c'est aujourd'hui la seule source d'énergie disponible capable de produire de l'électricité en abondance pour les besoins de l'industrie (exemples : aluminium, transports ferroviaires) et de nos modes de vie, sans émissions de gaz à effet de serre. C'est ainsi que Loyola de Palacio, commissaire européen chargé de l'Énergie et des Transports, a affirmé le 10 mars 2002, dans une interview au quotidien espagnol La Razon que sans le nucléaire, l'Europe ne sera pas capable de respecter ses engagements de Kyoto. La France, qui produit 80% de son électricité à l'aide du nucléaire), est l'un des pays européens contribuant le moins à l'accumulation de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, en proportion de sa consommation d'énergie par tête d'habitant.
- La vapeur et l'eau chaude rejetées par les centrales nucléaires peuvent avoir divers usages industriels, agricoles ou domestiques (aquaculture en particulier).
Au niveau international, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) est le principal promoteur de l'utilisation de l'énergie nucléaire. Face aux perspectives de développement des pays du tiers monde, l'AIEA estime que le nucléaire devrait devenir l'énergie de référence en Occident car elle serait la plus propre et la plus économique.
Certains soutiennent également que les pays les plus avancés en matière de nucléaire auraient intérêt à vendre l'énergie atomique aux pays en voie de développement, même dans le cadre de financement en coopération. Cela éviterait la dissémination de technologies nucléaires moins fiables, tout en constituant une importante source de rentrées monétaires pour l'économie occidentale. Par exemple, les Russes ont vendu deux réacteurs nucléaires à l'Inde (devant entrer en service en 2007).
Le stockage à long terme des déchets nucléaires est perçu par beaucoup, partisans ou opposants du nucléaire, comme le talon d'Achille de l'énergie nucléaire. Le réacteur nucléaire naturel d'Oklo, qui a produit des « déchets radioactifs », y compris du plutonium, lors de son fonctionnement il y a quelques centaines de millions d'années, est étudié pour comprendre les processus combinés de migrations et de disparition progressive des éléments radioactifs dans l'environnement, sur de longues durées. Des essais sont également réalisés en laboratoire ou sur les sites présumés de stockage.
L'objectif de ces études, menées en France par l'Andra et le CEA, est de démontrer la tenue dans le temps d'un stockage de déchets de haute activité. Il s'agit de démontrer que l'action combinée, d'une part, de la dégradation des emballages et la migration des éléments radioactifs dans l'environnement, d'autre part de la disparition progressive de ces mêmes éléments sous l'effet de leur radioactivité, ne conduit à aucun moment dans le futur à une dose radioactive à la population supérieure à la dose admissible. Cette dose admissible est elle même une fraction de la radioactivité naturelle à laquelle est soumise cette même population.
L'importance réelle du problème des déchets radioactifs et de leur gestion est l'objet d'un débat entre partisans et opposants au nucléaire. D'après le CEA, la France produit environ 60 000 tonnes de déchets radioactifs par an, soit un kg par an et par personne, dont 5 grammes sont des déchets de haute activité, à comparer à environ 10 kg de déchets industriels toxiques. Ces quantités sont contestées par les opposants au nucléaire.
Outre l'aspect technique de la stabilité d'un stockage de longue durée, la gestion des déchets nucléaires comporte un volet social et politique délicat à gérer.
Positions défavorables
Principaux inconvénients de l'énergie nucléaire avancés par ses opposants :
- Le stockage à long terme des déchets nucléaires n'a pas de solution à l'heure actuelle. Les opposants estiment qu'il n'y en aura jamais et qu'il faut au plus vite arrêter de produire ces déchets qui sont légués en "cadeau" aux générations futures.
- Le fonctionnement des centrales nucléaires produit des matières à usage militaire comme le plutonium, qui pose des problèmes techniques et politiques dans tous les pays concernés. Cette matière est l'une des plus dangereuses et est très difficile à gérer comme déchet nucléaire. Elle ne perd que la moitié de sa radioactivité en vingt trois mille ans. Une quantité de plutonium équivalente à celle d'un pamplemousse est potentiellement capable de générer des millions de cancers. La faible taille d'un élément aussi dangereux la rend facile à dissimuler et à transporter.
- Le risque d'accident grave ne peut être exclu dans aucun site nucléaire. Sa probabilité est présentée comme faible, mais elle augmente avec le vieillissement des installations. Les conséquences potentielles se chiffrent en revanche en milliers de morts voire beaucoup plus sur plusieurs dizaines d'années, du fait des cancers induits; or tous les industriels admettent que le risque zéro n'existe pas, comme quelques accidents d'avion nous le rappellent à l'occasion.
- Les actions terroristes utilisant les installations nucléaires comme source de destruction ne sont pas à exclure. Elles seraient d'une puissance de destruction qui pourrait être sans commune mesure avec les moyens traditionnels du terrorisme.
- L'investissement dans le domaine de l'énergie nucléaire empêcherait, selon certains, une diversification énergétique notamment dans le domaine de l'Énergie renouvelable ;
- Dans le cas de la France, l'indépendance énergétique n'est pas garantie, la totalité de l'uranium étant importée. Cependant, la France dispose (par exemple à Bessines sur Gartempe) de mines d'uranium constituant des réserves stratégiques en cas de blocus, même si elle ne sont pas opérationnelles car non rentables à l'heure actuelle. Mais la Cogéma, responsable de l'extraction de l'uranium, est poursuivie en justice pour avoir contaminé le Limousin. Des accusations similaires sont portées concernant les activités d'extraction de l'uranium par la Cogéma au Niger.
- Les centrales nucléaires rejettent de l'eau chaude, ce qui risque, dans certaines conditions de température et de débit, d'augmenter exagérément la température des cours d'eau, et par là perturber l'écosystème. Ces rejets sont réglementés, mais les centrales nucléaires françaises ont enfreints ces règles à des très nombreuses reprises pendant la canicule 2003, et les opposants estiment que ces infractions vont se reproduire avec les futures sécheresses et canicules. Ce problème potentiel est commun avec les centrales thermiques classiques, mais celles-ci sont moins puissantes et nécessitent moins d'eau. Il est moins aigu pour les centrales situées en bord de mer, celle-ci ayant une plus grande inertie thermique. À titre indicatif, la centrale (non nucléaire) de Gennevilliers, aujourd'hui démantelée, consommait parfois en été tout le débit de la Seine pour son refroidissement.
- L'homme est faillible, et les expériences d'audits de sécurité dans d'autres domaines que le nucléaire montrent que les procédures, à la longue, finissent par ne plus être respectées à 100%. Or c'est un domaine où l'on n'a pas droit à l'erreur, la privatisation potentielle du secteur fait d'ailleurs craindre à certains un relâchement dans le respect des normes en vigueur.
- Le calcul économique doit prendre en compte les coûts de démantèlement des centrales, qui ont une durée de vie de 25 à 40 ans. Ces coûts futurs sont aujourd'hui provisionnés par EDF, sur la base d'estimations. Les coûts réels de démantèlement restent cependant incertains, dans l'attente des premiers démantèlement à grande échelle. La Cour des comptes a produit début 2005 un rapport qui met sérieusement en doute le provisionnement des sommes nécessaires.
- Un des problèmes qui se poseront au moment du démantèlement est la disparition de l'expérience des personnes ayant construit ces centrales et qui bien souvent ne seront plus en activité. Par ailleurs, une centrale démantelée produits des milliers de tonnes de déchets radioactifs.
- Le lien historique entre utilisation civile et production d'armes nucléaires, pour les installations les plus anciennes en particulier, ne facilite pas les calculs de coût sur la durée de vie des installations nucléaires.
- De plus, les ressources de cette énergie ne sont pas illimitées.
Cette opposition s'est renforcée depuis les deux accidents de Three Mile Island (1979, bien qu'elle n'ait fait aucune victime officielle) et de Tchernobyl (1986), dont les conséquences ont été beaucoup plus graves (toute une région désormais interdite). Les promoteurs du nucléaire affirment que les contrôles de sécurité ont maintenant été perfectionnés, mais l'ouverture des marchés et les restrictions budgétaires entraînent, de l'aveu même des syndicats de salariés des centrales, une aggravation du risque nucléaire.
Les déchets à longue période sont considérés comme problématiques car vus comme un héritage indélicat - voire empoisonné - laissé aux générations futures. Même si les quantités produites sont faibles comparées aux déchets d'autres activités, leur caractère dangereux impose de prévoir leur gestion sur plusieurs centaines d'années pour les moins dangereux. Dans le cas du plutonium, la disparition de la radioactivité demande des centaines de milliers d'années, du fait que le plutonium est très peu radioactif. Il est en revanche très toxique pour l'organisme. Le réacteur naturel d'Oklo a produit beaucoup de plutonium naturel, qui a entièrement disparu depuis (tellement bien qu'on avait d'ailleurs longtemps cru que le plutonium n'existait pas dans la nature).
Des problèmes de maintenance se posent parfois sur des déchets dont le contenant se dégrade avant le contenu ou des sites d'enfouissement qui ne prévoient pas de possibilités de réversibilité.
Une opposition politique à l'énergie nucléaire affirme qu'elle impose une société centralisée, où la gestion et la distribution de l'énergie n'est pas aux mains des citoyens. Les arguments soutenus sont les suivants :
- il est plus facile d'effectuer des audits de sécurité chez un seul acteur aux politiques bien définies (et si possible ISO 9000) que chez des dizaines d'agents indépendants aux politiques diverses ;
- l'organisation de la sécurité exige des infrastructures lourdes.
Un slogan historique des opposants, "société nucléaire, société policière", s'est vu confirmé en 2003 par un arrêté pris par le gouvernement français, dit "arrêté secret défense", qui fait peser sur les militants antinucléaires le risque de lourdes peines de prisons et d'amendes s'ils font connaître publiquement certaines informations sur le nucléaire.
Positions des gouvernements
Après les accidents énumérés dans la partie précédente, nombreux sont les pays qui se sont détourné des centrales nucléaires, comme l'Allemagne. Cependant celle-ci est obligée d'importer de l'électricité, avant même d'avoir éteint sa première centrale, en attendant les effets de sa politique de développement des énergies renouvelables. On peut aussi constater, alors qu'elle prend cette décision pour des motifs écologiques, qu'elle importait en 2003 135 millions de tonnes de pétrole, soit plus de 12 % de plus par habitant que la France. De plus, l'Allemagne achète actuellement une grande quantité d'électricité à la France, électricité qui est produite grâce aux centrales nucléaires.
Quelques pays, dont la France et la Corée du Nord, n'ont jamais arrêté de construire des centrales. On assiste depuis quelques années à une relance des programmes de construction des centrales nucléaires, et ce bien que les mines d'uranium ne couvrent que 65 % des besoins (la différence étant comblée par la conversion d'uranium militaire (bombes atomiques) en uranium civil), et malgré le triplement du prix de l'uranium de 2000 à 2004. Des pays du tiers monde (Iran, Inde, Chine) se sont tournés vers cette énergie qu'ils estiment plus économique. Récemment, la Finlande, pays traditionnellement soucieux d'écologie, a décidé de construire un EPR afin de pouvoir respecter le protocole de Kyoto.
Le Japon a remis en route en 2002 les centrales nucléaires qu'il avait arrêté, ce qui lui a permis dès 2003 de réduire ses importations de pétrole. D'autres pays émergents, Chine, Inde, Brésil, se tournent également vers l'énergie nucléaire. La Chine, qui doit faire face à une très forte augmentation de la demande en énergie, envisage la construction de 36 tranches nucléaires de 1000 MW dans les 15 ans à venir. Cela porterait de 1,7 à 4 % la part du nucléaire dans la consommation chinoise d'électricité (qui dans l'intervalle serait multipliée par 2,3). Les Chinois ont présenté en octobre 2004 un nouveau réacteur de la filière graphite-gaz de conception chinoise. Cela permettra de limiter les importations de charbon, qui doivent doubler tous les 30 à 36 mois, et la pollution atmosphérique subséquente.
Le Brésil, qui possède d'importantes réserves de minerai d'uranium, envisage de développer ses capacités en construisant une nouvelle tranche nucléaire sur le site d'Angra dos Reis (près de Rio de Janeiro) et en assurant par une technologie purement nationale l'enrichissement de l'uranium.
Enfin, les États-Unis ont actuellement 27 réacteurs nucléaires en construction, et 37 autres sont annoncés.
Remarques
- Des recherches sur la transmutation ou le rubiatron peuvent mener à la découverte de moyens de réduire les inconvénients du nucléaire, mais rien de probant n'a été trouvé pour l'instant, la recherche dans ce domaine étant difficile pour des raisons politiques (voir l'exemple de Superphénix)
- Des sites d'enfouissement des déchets sont prévus dans des matériaux stables (argile, granite), à Soulaines, dans l'Aube, et à Bure, dans la Meuse.
- La canicule de l'été 2003 a mis en évidence les contraintes propres à la production d'électricité thermique (à un moment où la demande subissait un pic - + 4,2 % en août 2003 par rapport à août 2002 - lié au développement de la climatisation et où la production hydraulique baissait de 20 % par manque d'eau) :
- l'augmentation de la température ambiante limite la capacité de production d'électricité, surtout si elle s'accompagne d'une sécheresse qui réduit le débit des cours d'eau, pour deux raisons : une baisse de rendement des turbines liée à l'augmentation de température de la source froide, et l'augmentation de la température des eaux de refroidissement rejetés dans les cours d'eau ;
- la réglementation en vigueur fixe des limites de température pour les rejets en rivière ou en mer, pour protéger les écosystèmes, une trop forte hausse pouvant être fatale à de nombreuses espèces vivantes ;
- une baisse limitée de la production a été nécessaire (en août 2003 la production nucléaire a baissé de 4 % par rapport à 2002), mais les mesures prises ont permis d'assurer l'alimentation du réseau sans coupure de courant ;
- les mesures prises pour faire face à cette situation ont consisté à :
- réduire la consommation en faisant jouer les contrats des clients industriels (dit à effacement jours de pointe) et en faisant appel au civisme des particuliers (suivi d'effet),
- maintenir la production en utilisant des dérogations pour les eaux de rejet (effectivement utilisées pour 4 centrales nucléaires et 2 thermiques), et d'autre part en mobilisant les cogénérateurs,
- réduire les exportations et faire appel au marché international (filiales EDF, marché spot).
L'avenir de l'énergie nucléaire
Les pays les plus industrialisés se sont réunis autour du projet ITER, programme d'étude à long terme de la fusion nucléaire à des fins d'utilisation énergétique. Ce projet voit la France et le Japon début 2004 se disputer l'hébergement du projet.
C'est un projet de recherche fondé sur la fusion nucléaire, qui est utilisée avec la bombe H. Cependant, certains éléments atomiques nécessaires à son fonctionnement ne sont pas présents sur terre dans des concentrations exploitables.
La fusion ne constitue pas pour le moment, même sur le plan théorique, une énergie propre : elle se traduit par une émission de neutrons transformant en isotopes parfois radioactifs les noyaux des atomes qui les capturent (parois voisines, par exemple), cependant la radioactivité induite est négligeable par rapport aux centrales à fission. Par ailleurs, la question de la dissipation thermique reste exactement la même que pour les centrales classiques.
Voir aussi
- Centrale nucléaire | Liste de centrales nucléaires en France
- Superphénix
- Usine de retraitement de la Hague
- Radioactivité
- Déchet nucléaire |Site d'enfouissement
- Accident nucléaire | Liste des accidents nucléaires
- Générateur thermoélectrique à radioisotope
- ITER | Tokamak
Liens externes
- Autorité de sûreté nucléaire
- Réseau Sortir du Nucléaire
- Greenpeace
- ANDRA : agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs
- CEA
- AIEA
- Société Française d'Énergie Nucléaire
- Agence fédérale belge de contrôle
- IRSN: Institut de radioprotection et de Sûreté Nucléaire
- Informations sur le nucléaire
- Comité Stop Nogent-sur-Seine
- Catastrophe de Tchernobyl
- Centre d'étude de l'Energie Nucléaire Mol, Belgique
