Épistémologie
Le mot épistémologie vient du grec épistémê («connaissance », «science ») et logos (« discours »).
Le terme est employé dans trois acceptions.
- Pour la première, l'épistémologie est une réflexion sur la science : c'est une partie de la philosophie qui s'intéresse au discours rationnel sur la connaissance scientifique. La philosophie des sciences étudie ainsi la connaissance scientifique d'un point de vue critique.
L'épistémologie peut s'intéresser à établir une classification des sciences, à définir des catégories.
- La seconde acception est celle de l'étude des épistémès comme époques de production de discours positifs par des disciplines appelées ou non « sciences ».
- La troisième acception, issue de l'emploi du terme « epistemology » dans le monde anglo-saxon, est celle de théorie de la connaissance. Qu'est-ce que le savoir ? Comment l'acquérir ? Comment s'en servir ? Pourquoi le chercher ou s'en servir ? en sont les questions.
| Sommaire |
Questions épistémologiques fondamentales
Le problème du protocole d'observation
Au début du XXe siècle, certains philosophes, dans une perspective fondationaliste, se sont posés la question de savoir s'il était possible d'isoler des faits d'observation, bases de la généralisation et de la connaissance. On peut distinguer schématiquement deux points de vue :
- un point de vue atomiste pour lequel des faits peuvent être isolés ; cette thèse est notamment celle du positivisme logique (cf. Carnap) qui, en séparant les vérités analytiques et synthétiques, admet que des faits relatifs à un sujet doivent permettre de fonder la connaissance scientifique ; une théorie est alors une construction logique, dont la matière est la connaissance privée ;
- un point de vue holiste, pour lequel aucun fait n'est séparable d'une théorie (cf. Quine par exemple). Il n'y a donc pas de protocole d'observation décisif ; c'est la vérité cohérence qui est déterminante. Dans ce cas, il n'y a pas non plus une limite précise entre la théorie et l'expérience, ce qui invalide l'idée que des hypothèses seules soient falsifiables. La conséquence la plus extrême de cette thèse est que l'on ne peut tout simplement pas réfuter une théorie car la falsifiabilité de l'hypothèse n'atteint pas la théorie dans son ensemble et dans la mesure où des hypothèses ad hoc sont toujours possibles (comment prouver q'un cygne est blanc?).
Épistémologie générale : Théories de la validation
L'inductivisme
L'induction consiste à passer de cas singuliers à une proposition générale. Le problème est de savoir si nous sommes justifiés à croire que nous pouvons prédire un quelconque fait d'après nos théories. Par exemple, nous avons observé que le soleil, jusqu'ici, se lève le matin. Mais rien ne semble justifier notre croyance au fait qu'il se lèvera encore demain. Ce problème a été jugé insoluble par Hume, pour lequel notre croyance relève de l'habitude.
Falsificationnisme
Karl Popper critique le raisonnement par induction. Ce dernier a certes une valeur psychologique mais pas une valeur logique. De nombreuses observations cohérentes ne suffisent pas à prouver que la théorie qu'on cherche à démontrer soit vraie. A contrario, une seule observation inattendue suffit à falsifier une théorie. Ainsi, mille cygnes blancs ne suffisent pas à prouver que tous les cygnes sont blancs ; mais un seul cygne noir suffit à prouver que certains cygnes ne sont pas blancs.
Lakatos
Imre Lakatos a dépassé la thèse de Popper. Sa reflexion a été finalement plus loin. Pour lui existe deux facon de recherche(positive/négative): au niveau du heuristique positive et celle au niveau du heuristique négative. L'heuristique positive se trouve autour de l'heuristique négative et peut être modifiée, est dynamique. L'heuristique négative présente le noyau dure, une base de programme qui est inchangeable et est protégée de toute forme de modification (ceinture protectrice). Le noyau contient toutes les hypothèses fondamentales et se trouve au centre du modèle de recherche. Lakatos considère le noyau comme infalsifiable par décision méthodologique du chercheur. Ainsi, deux programmes de recherche peuvent coexister même si un des deux est dynamique et lautre stagné. Lakatos exclut les hypothèses ad hoc. Si le noyau, enrichit par les chercheurs, est détruit par des preuves scientifiques qui s'oppose, Lakatos prédit un changement du programme de recherche.
Kuhn
Mettant l'accent sur la discontinuité dans le processus de la construction scientifique, Kuhn discerne des périodes relativement longues pendant lesquelles la recherche est qualifiée de « normale », c'est à dire qu'elle s'inscrit dans la lignée des paradigmes théoriques dominants, périodes pendant lesquelles de brèfs et inexplicables changements constituent une véritable « révolution scientifique ». Le choix entre les paradigmes n'est pas fondé rationnellement. Cette posture implique que chaque paradigme permet de résoudre certains problèmes et, de là, les paradigmes seraient incommensurables.
Feyerabend
Feyerabend observait à l'exemple de la naissance de la mécanique quantique que souvent l'avancement scientifique ne suit pas de règles strictes. Ainsi, selon lui, le seul principe qui n'empêche pas l'avancement de la science est « tout est bon » et on ne devrait surtout pas critiquer une théorie simplement parce qu'elle n'utilise pas la méthode scientifique falsicationiste. (Ce qui n'empêche pas de la soumettre à la méthode falsicationiste et la critiquer si elle est falsifiée.)
Son œuvre principale, Contre la méthode, fut reçu très négativement par la communauté scientifique, car il accuse la méthode scientifique d'être un dogme et soulève la question si la communauté devrait être aussi critique de la méthode scientifique que des théories qui en résultent.
Les lois de la nature
La loi a d'abord été conçue comme une relation entre une cause et un effet. Mais face à la contingence de la nature, certains penseurs, et notamment Guillaume d'Ockham, furent amenés à formuler l'idée que l'expression de la nécessité des lois de la nature s'exprime sous la forme d'une proposition hypothétique du type : si... alors...
Épistémologie interne : Théories de l'explication
L'explication scientifique
L'unité des sciences
Thèmes épistémologiques
L'épistémologie produit un savoir sur le savoir. Elle est donc réflexive. Cet aspect fait de celle-ci une discontinuité de la philosophie, l'un des points de départ possibles, et non pas un domaine d'application parmi d'autres. Voir Cybernétique, logique épistémique.
Savoir :
- objectif (objectivisme)
- raison -- Nécessité d'axiomes ?
- Logique comme filtre logique déductive ; logique inductive.
- Problème de l'induction. David Hume, Karl Popper. Solution : induction de Solomonoff.
- Problème de la probabilité: probabilité de l'épistémé ; empirisme et à priorisme.
- Couple bullshit detector / idea generator
- subjectif (polylogisme). Intersubjectivité et Solipsisme.
- Sciences cognitives : psychologie du savoir. Voir aussi intelligence artificielle.
- Imagination.
- Passion, émotions et foi.
- La vie comme choix irréductiblement personnels ; épistémologie libérale ; Ludwig von Mises ; Ayn Rand ; Murray Rothbard ; Hans Hermann Hoppe.
- éthique de l'information. Pertinence. coûts d'information vs coûts d'opportunité de l'erreur.
- savoirs partageables. Karl Popper, scientificité; réfutabilité (falsifiabilité).
Transmission du savoir : pédagogie, rhétorique et zététique.
Histoire de l'épistémologie
Aristote, Bachelard, Cercle de Vienne, Descartes, Pierre Duhem, Ian Hacking, Kant, Alexandre Koyré, Laplace (déterminisme), Guillaume d'Ockham, Poincaré, Karl Popper, Quine, Thomas Kuhn, Stengers, Ayn Rand, Edgar Morin, Jean-Louis Le Moigne.
Bibliographie indicative
- Le nouvel esprit scientifique, Gaston Bachelard
- La Science et l'hypothèse, Science et méthode, Henri Poincaré
- Sozein ta phainomena. Essai sur la Notion de Théorie physique de Platon à Galilée, Pierre Duhem
- Logique de la découverte scientifique, Misère de l'historicisme, La connaissance objective, Karl Popper
- La Structure des révolutions scientifiques, Thomas Kuhn
- Preuves et réfutations, Imre Lakatos
- Contre la méthode, Paul Feyerabend
- Qu'est-ce que cette chose qu'on appelle la Science ?, Alan Chalmers
Voir aussi
Recherche scientifique | Gnoséologie | Typologie épistémologique | Sociologie des sciences
| Théorie de la connaissance |
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