Expérience de Milgram

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Le docteur (E) convainc le sujet (S) d'infliger des chocs électriques à un autre sujet qui est en fait un acteur (A). De nombreux sujets continuent à infliger les chocs en dépit des plaintes de l'acteur.

Expérience sur la soumission à l'autorité, menée par Stanley Milgram dans les années 1970, et ayant provoqué de nombreux remous dans l'opinion.

Cette expérience a été mise en scène dans le film I comme Icare, fiction basée sur le meurtre du président Kennedy, avec Yves Montand dans le rôle principal (le film est de Henri Verneuil).

Sommaire

Principe

Le sujet arrive dans un hôpital, il est censé participer à une étude sur la mémorisation qui serait facilitée par une répression (punition) associée à une mauvaise réponse. Pratiquement, l'expérience comporte trois personnages :

Au départ, l'apprenant récite quelques mots puis se trompe. Le véritable sujet lui envoie une décharge électrique faible. Au fur et à mesure, la décharge devient plus forte et le sujet apprenant finit par « se tordre de douleur » sur son siège. Le vrai sujet « implore » auprès du « docteur » l'arrêt de l'expérience. Celui-ci, évidemment, lui demande de continuer : c'est dans l'intérêt de la science et c'est dans le cadre d'un hôpital. Le fin mot de l'histoire : jusqu'où le vrai sujet (qui a la perception de faire mal à l'autre) va aller avant de refuser la soumission à l'autorité ? Fascinant et inquiétant...

Résultats

Cette expérience mesure les limites de l'obéissance à l'autorité. Les résultats étonnants de l'expérience montrent que l'absence de sens critique face à l'autorité empêche l'individu de réagir de manière consciente et volontaire en lui désobéissant, comme ce devrait normalement être le cas quand l'ordre intimé est injuste.

L'expérience est renouvelée un grand nombre de fois en faisant varier les paramètres :

Exploitation

Milgram affirme non seulement que les structures sociales sur lesquelles se fonde le fascisme n'ont pas disparu, mais qu'elles se sont modernisées, gagnant ainsi en efficacité. Il en conclut que l'exercice du libre arbitre est non seulement indispensable sur le plan intellectuel mais qu'il est salutaire dans les faits.

Un point rassurant de son étude est que 10% à 15% de la population semble rebelle à toute forme de pression psychologique, quelle que soit son intensité. Ce même pourcentage avait été observé lors des lavages de cerveau pendant la Guerre de Corée. Les partis politiques comptant entre 5% et 20% de sympathisants (Front National, Lutte ouvrière...) arguent volontiers de ce résultat en présentant leurs sympathisants comme « non conditionnés par les idées ambiantes ». On peut supposer que l'argument serait vite oublié si ces mêmes partis atteignaient les 40% et que leurs idées devenaient les idées ambiantes.

Dans les sociétés industrielles contemporaines, l'accroissement de la population et le progrès technique se traduisent par une perte de sens critique de l'individu qui fait que ces sociétés remplissent toutes les conditions posées à l'exercice du pouvoir autoritaire : « En mettant à la portée de l'homme des moyens d'agression et de destruction qui peuvent être utilisés à une certaine distance de la victime, sans besoin de la voir ni de souffrir l'impact de ses réactions, la technologie moderne a créé une distanciation qui tend à affaiblir des mécanismes d'inhibition dans l'exercice de l'agression et de la violence ».

Georges Bernanos avait déjà fait remarquer en son temps qu' « un soudard pouvait jadis tuer une femme, dix, vingt, sans état d'âme. Mais cent. Mais mille ? La lassitude, à défaut d'écœurement l'aurait empêché de continuer. De nos jours, le pilote d'un bombardier peut déclencher la mort de cent mille personnes par un geste aussi peu chargé émotionnellement que celui consistant à boire une tasse de thé ».

Les sujets sont réduits à la simple condition d'agents, état dans lequel l'individu cesse de se voir comme responsable de ses actions et se considère comme un simple instrument à travers lequel une instance supérieure réalise son plan. On comprend dès lors pourquoi le comportement du sujet se voit si aisément contraint par l'autorité. Dès sa naissance, l'enfant est fortement socialisé selon le principe d'obéissance, à l'école, dans la famille, au service militaire et jusque dans l'entreprise.

Milgram précise à cet égard que « la propension à la désobéissance est d'autant plus grande que le niveau d'instruction augmente ; elle est plus forte chez les médecins, les avocats et les professeurs que chez les techniciens et les ingénieurs ; de même, elle est plus forte chez les protestants et les juifs que chez les catholiques. »

Une autre variante importante dans « l'obéissance acritique » s'est révélée être l'influence du groupe. Ainsi, quand la responsabilité est partagée, elle semble être diluée.

Enfin, selon Milgram, il y a lieu d'ajouter un dernier facteur, l'influence décisive du système industriel, y compris capitaliste - point où il rejoint aussi Bernanos. Les sociétés doivent actuellement faire face à l'alternative suivante :

C'est ce que craignent aussi des responsables de l'économie capitaliste aujourd'hui, comme Bill Gates qui décrivait récemment, devant un parterre de Gouverneurs d'Etats américains, les dangers d'un système éducatif nord-américain « obsolète » : dès le 19ème siècle, il était évident que l'école secondaire américaine ne pouvait pas offrir un enseignement de qualité à tous :

Or ce type d'emploi est en situation de raréfaction aujourd'hui, mais l'école ne s'est pas pour autant adaptée dans les sociétés occidentales dites « modernes ».

Voir aussi

See also: Expérience de Milgram, Années 1970, Ernest Renan, Fascisme, Front National, Georges Bernanos, Guerre de Corée, Henri Verneuil, I comme Icare, Lavage de cerveau