Gaucho

Le Gaucho est la marque déposée d'un insecticide systémique composé d'un principe actif, l'imidaclopride, et est produit par le groupe industriel Bayer CropScience (Bayer AG).

Sommaire

Le Gaucho, un traitement de semences

Le Gaucho est utilisé pour protéger un certain nombre de cultures en tant que traitement de semences.

L'imidaclopride est destiné à être appliqué aux semences avant semis, ou sur les feuilles des plantes. Il diffuse dans le système vasculaire de la plante. Les insectes l'absorbent en suçant les fluides des plantes.

L'imidaclopride est un insecticide particulièrement toxique, d'une grande rapidité d'action, et persiste longtemps dans les cultures. Il est largement employé sur le tournesol, le riz, les légumes, le maïs et les céréales d'automnes. Sa toxicité réside dans une surexcitation des récepteurs nicotiniques d'acétylcholine du système nerveux des insectes.

Les semences traitées aux insecticides sont préférées pour faire face à de nombreux parasites, car elles sont faciles d'utilisation, et les surcoûts liés au traitement sont comparables à la plupart des insecticides employés après le semis. Cette méthode serait aussi meilleure pour l'environnement car elle requiert moins de produit chimique comparativement aux méthodes de traitement par voie aérienne ou de traitement du sol, car moins de produit est diffusé dans l'air. Elle est aussi plus simple et plus sûre pour l'agriculteur.

Dans le cas des semences de céréales d'automnes et en particulier de l'orge d'hiver ce sont les pucerons vecteurs de la jaunisse nannisante et la mouche grise qui sont visés, dans le cas du maïs, c'est le la larve de taupin, dans le cas du tournesol, ce sont encore les pucerons.

L'utilisation de semences traitées à chaque saison implique une utilisation de produits chimiques même en l'absence de menaces parasitaires.

La controverse du Gaucho


L'utilisation du Gaucho est controversé dans plusieurs pays, et notamment très controversée en France, où elle est considérée comme responsable potentielle d'une surmortalité des abeilles.

Selon l'Union Nationale des Apiculteurs, le nombre de ruches a diminué de 1,45 million en 1996 à 1 million en 2003. Entre 1995 et 2001, la production moyenne de miel s'est effondrée, de 75 à 30 kg par ruches. L'Afssa indique que la production nationale a quant à elle chuté de 40 000 tonnes à 25 000 par an.

Les apiculteurs français affirment que le Gaucho, en tant que traitement pour tournesol, a décimé les abeilles et causé un effondrement substantiel de la production de miel. Certains réclament que les insecticides employés systèmatiquement ne soient plus appliqués aux cultures dont dépendent les abeilles, tandis que d'autres appellent à une interdiction totale du Gaucho.

Premières observations

Le Gaucho a commencé à être employé en France en 1994 en tant qu'enrobage des semences de tournesols. Certains apiculteurs mentionnèrent dans les années qui suivirent le possible lien entre le pesticide et certains troubles du comportement chez les abeilles. Bayer CropScience réalisa des études sur le sujet, dont les conclusions montraient que le Gaucho était inoffensif pour les abeilles. À ce stade, la plupart des discussions restèrent dans la plus grande confidentialité entre Bayer et les association d'apiculteurs.

Toutefois, pendant l'été 1997, de véritables hécatombes chez les abeilles furent remarquées dans plusieurs régions de France, et la controverse devint publique.

1998 : premières estimations de la toxicité

Une étude officielle en France fut conduite en 1998 pour déterminer si le Gaucho était responsable de la baisse de la population apicole, et de la baisse de la production de miel durant la saison de floraison des tournesols.

Des études environnementales eurent pour but de définir les espèces animales en danger, les produits chimiques incriminés, et leur seuil de tolérance par ces mêmes espèces.

Dans le cas de l'accusation portée sur l'imidaclopride, les conséquences n'étaient pas la mort directe des abeilles, mais des troubles du comportement (désorientation, sous-nutrition, troubles de la communication). Les premières études visèrent à déterminer le seuil mortel pour les abeilles.

Cette étude conduite par l'Afssa (Agence française de la sécurité sanitaire des aliments) dans quatre régions différentes ne montra aucune différence en terme de changement de comportement des abeilles, de leur mortalité, de l'évolution des ruches et des récoltes de miel avec ou sans Gaucho.

Une étude dirigée par Wilhelm Drescher en 1998 à l'Université de Bonn, sur l'activité des abeilles dans les champs de tournesols dans la partie ouest de la France, conclut en l'absence de résultats pouvant démontrer un quelconque impact négatif sur les abeilles. Il fut aussi fait mention d'autres explications potentielles, comme une maladie virale causée par l'émergence en 1996 des larves de varroa résistances aux acaricides. Cette étude statua que l'on ne pouvait attribuer les hécatombes d'abeilles en France à l'imidaclopride, mais plutôt à une maladie virale ou un parasite sanguin provoquant des symptômes similaires.

En parallèle, plusieurs études furent également conduites par Bayer CropScience pour évaluer les risques pour les abeilles de l'utilisation du Gaucho sur les tournesols.

Bayer argua que les nombreuses études furent réalisées à ciel ouvert comme sous serre, en Argentine, Canada, Allemangne, France, Grande-Bretagne, Italie, Suède, Afrique du Sud, Hongrie et États-Unis, et que toutes confirmèrent que le Gaucho était inoffensif pour les abeilles.

Bayer ajouta que d'autres explications pouvaient être formulées pour expliquer la chute des effectifs apicoles. Ils indiquèrent ainsi que dans une étude menée en 1975 par Wilson, Menapace, une chute du nombre des abeilles avait été remarquée dans 27 états américains, la plupart des cas se produisant durant un été humide et frais. Les experts évoquèrent ainsi une maladie, des famines, un temps inhabituellement humide et frais, des diarrhées, une pénurie de pollen, la mort de reines, des défauts génétiques, un stress, etc.

Une autre étude conduite par Kulincevic en 1983 mentionna que les principales causes de malnutrition des abeilles s'expliquaient par une offre insuffisante en pollen. Il a été fait mention que des techniques modernes pourraient aider à pallier ce manque en offrant aux abeilles des substituts alimentaires, mais que certains d'entre eux peu polléniques comme le soja induiraient une mortalité accrue des abeilles.

France : Le Gaucho banni comme traitement sur tournesol

En 1999, Jean Glavany, ministre de l'Agriculture du gouvernement français, invoqua le principe de précaution et décidé de proscrire l'usage de l'imidacloprid en tant que traitement des semences de tournesol en 1999. Les scientifiques de Bayer réfutèrent une nouvelle fois que le produit puisse être responsable de la mort des colonies apicoles lors d'une réunion en 2000.

En 2001, Jean Glavany reconduisit l'interdiction pour deux années supplémentaires et demanda à un panel d'experts de réaliser une étude épidémiologique complète afin de trouver les facteurs pouvant expliquer le déclin apicole.

Deuxième série d'études en 1999 et 2000

Fin 1998, des études indiquèrent l'absence d'effets, mais les doses furent indétectables en laboratoire. Une deuxième batterie d'études fut lancée en 1999 pour définir :

Les résultats de Bayer CropScience montrèrent que le seuil en-deça duquel aucun effet n'avait été observé était de 20 ppb, tandis que les quantités résiduelles relevées dans les parties disponibles aux insectes (parties aériennes) étaient en-deça de 1,5 ppb. Ainsi ils conclurent que les abeilles n'auraient en aucun cas pu être en contact avec des concentrations suffisamment élevées pour être affectées par les pesticides, et que le traitement des semences de tournesols était sans risque pour les abeilles.

La Commission des toxiques parvint en 2001 à ces conclusions :

La commission conclut qu'il n'y avait aucune indication substantielle suggérant un danger potentiel du Gaucho sur les abeilles. Toutefois, la commission objecta que le pollen des semences de maïs traitées pouvait comporter un risque.

Gérard Eyries, directeur du marketing pour la division agricole de Bayer France, fut notamment cité, en disant que les études confirmaient le fait que le Gaucho laissait un faible résidu dans le nectar et le pollen, mais qu'il n'y avait aucune preuve sur le lien avec la chute mortifère de la population apicole en France, et ajouta : « Il est impossible qu'il n'y ait aucun résidu. Ce qui compte, c'est de savoir si les minuscules quantitées détectées ont un effet négatif sur les abeilles ». Il ajouta également que le produit était vendu dans 70 pays sans qu'aucun effet indésirable n'ait jamais été découvert.

D'autres études indiquèrent que les concentrations étaient particulirement élevées lorsque la plante est jeune. On a relevé en général :

Bayer concéda alors que l'insecticide pouvait causer une désorientation des abeilles à des niveaux de concentration du principe actif supérieurs à 20 ppb. Des études récentes conduites par les chercheurs de l'INRA suggèrent que le comportement des abeilles pourrait être affecté à des niveaux compris entre 3 et 16 ppb, voire 0,5 ppb.

En 2003, le ministre de l'Agriculture Jean Glavany prolonga à nouveau de 3 ans la suspension portant sur l'utilisation du Gaucho pour les semences de tournesol.

Résultats des suspensions en France

Malgré les quatre années d'interdiction du traitement des semences de tournesol, une baisse significative des effectifs apicoles continue à être observée. Les apiculteurs affirment que la mesure a été insuffisante, étant donné que des études ont prouvé que le Gaucho laissait des résidus dans le sol, et que même deux ans après, des plantes mises en terre aux mêmes endroits que les cultures originellement traitées comportaient des traces du produit.

Certains suggèrent également que les pertes dans colonies d'abeilles pourraient être dues à l'utilisation de l'imidacloprid sur le maïs, ou par le remplacement de ce dernier par un autre insecticide systématique appelé Fipronil. De ce fait, la Direction Générale de l'Alimentation du ministère de l'Agriculture indiqua en mai 2003 que les décès d'abeilles observés dans le Sud de la France ont été causés par la toxicité accrue du Fipronil, employé comme principe actif pour l'insecticide systématique Regent TS du groupe BASF Agro, alors que la responsabilité du Gaucho était dégagée.

Poursuites judiciaires

En 2001, Bayer engagea des poursuites judiciaires contre Maurices Mary, un des leaders de l'Association Française des Apiculteurs, pour ses propos désobligeants sur le Gaucho. Un non-lieu a été prononcé par un juge en mai 2003.

Le 9 février 2004, Hervé Gaymard, alors ministre de l'Agriculture, a engagé une procédure de suspension de la commercialisation des produits à base de fipronil, notamment le Regent TS. Parallèlement, l'instruction du dossier faisant suite à l'information judiciaire ouverte par le parquet de Saint-Gaudens sur la toxicité du fipronil a abouti le 17 février 2004 à la mise en examen de BASF Agro et de son PDG en France, Emmanuel Butstraen, par le juge Jean Guary, saisi du dossier depuis 2002.

Bayer CropScience et son directeur général, Franck Garnier, ont été mis en examen le 23 février 2004 pour « mise en vente de produits agricoles toxiques nuisibles à la santé de l'homme ou de l'animal », et « complicité de destruction du bien d'autrui » par fabrication et vente du Régent TS. Une mesure suspensive sur la commercialisation du Regent TS a été ordonnée par le juge, décision pour laquelle BASF Agro à fait appel. Le Gaucho fait lui aussi l'effet d'une mesure suspensive du ministère de l'Agriculture pour lever les incertitudes liées aux multiples études contradictoires, notamment celle de la Comtox.

Cette mesure ne calme pas les inquiétudes des écologistes et des apiculteurs car elle permet aux agriculteurs et aux négociants de continuer à utiliser les stocks de semences traitées en 2004.

Une bataille similaire se déroule en Nouvelle-Écosse. Les apiculteurs accusent le gaucho utilisé sur les cultures de pommes de terre de décimer les abeilles indispensables à la pollinisation des myrtilles.

2004 : L'interdiction d'usage du Gaucho sur les semences de maïs

En 2004, le ministre de l'agriculture français Hervé Gaymard annonce la suspension de l'usage du Gaucho comme traitement de semences du maïs en France, jusqu'à la réévaluation de cette substance par la Commission européenne en 2006.

La décision du ministre de l'agriculture s'est basé sur les informations fournies par la commission d'études de la toxicité des produits phytosanitaires, la procédure contradictoire engagée parallèlement par le ministère auprès de Bayer en mars 2004 et des utilisateurs du Gaucho afin de recueillir leurs observations.

See also: Gaucho, 1995, 1996, 2001, 2003, Abeille, Acaricide, Acétylcholine, Afssa, Agriculteur