Graphologie
La graphologie est la technique de l'interprétation de l'écriture considérée comme une expression de la personnalité. (source : Petit Larousse 1994).
Il faut la distinguer de l'expertise en écriture qui est un moyen d'investigation policière pour déterminer si un écrit est bien attribué à une personne ou pour la recherche de l'auteur de lettres anonymes. Il est important de différencier d'une part l'expertise en écriture qui permet d'attribuer un écrit à son auteur, qui est une méthode scientifique, et d'autre part l'étude de la personnalité dont la validité scientifique est très contestable.
La graphologie comme outil d'aide à l'embauche est surtout utilisée en France, en dehors de ce pays elle est en général marginale.
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Étymologie
Le mot graphologie a été créé par un prêtre français, Jean Hippolyte Michon, vers 1868-1870. Il le conçut à partir des racines grecques graphein (écrire) et logos (science).
Il est évident que cette étymologie ne reflète que l'opinion de l'abbé Michon, lui-même fondateur de la Société Française de Graphologie (SFDG), et ne statue en rien sur le caractère scientifique de la méthode.
Histoire
Origines
La première publication traitant d'analyse de l'écriture est due à Camillo Baldi, érudit italien auteur d'un traité de graphologie publié en 1622 1. Le terme de « graphologie » est inventé vers 1870 par Jean Hippolyte Michon, qui associa des centaines de signes graphiques à des traits de personnalité. Au début du XXe siècle, le psychologue Alfred Binet mena plusieurs expériences d'analyse de l'écriture 6. L'école allemande menée par Ludwig Klages développa une méthode très subjective voire ésotérique, qui étudie l'écriture d'un sujet dans son ensemble. En 1929 Milton Newman Bunker fonda à Chicago la « grapho-analyse », compromis entre la technique française qui analyse les signes séparement, et la technique allemande.
Écoles de graphologie
Deux écoles font autorité. Aux États-Unis, on trouve la Société Internationale de Grapho-analyse fondée à Chicago par Bunker en 1929. Elle propose des cours par correspondance en 18 mois pour devenir analyste et revendique 10 000 membres. En France, c'est la Société Française de Graphologie (SFDG) qui assure la formation des graphologues. La délivrance du diplôme a lieu après examen. La formation consiste en 3 années de cours du soir, à raison de deux heures par semaine, soit un total de 240 heures. Certains graphologues suivent une formation complémentaire de deux ans d'environ 128 heures de cours. À titre de comparaison, le cursus universitaire des étudiants de psychologie comprend 3200 heures de cours, sans compter les stages. Ce diplôme n'est pas reconnu par l'état Français (sur décision de la commission d'homologation des titres et diplômes en 1993. L'éducation nationale n'a elle jamais reconnu ce diplôme).
Utilisation dans les entreprises
La graphologie est encore largement utilisée dans le secteur privé français comme outil d'aide au recrutement. Selon une étude de 1989, 93 % des entreprises françaises l'utilisent pour sélectionner leurs candidats à l'embauche, dont 55% de façon systématique 2). Cette tendance a été confirmée en 1999, ou une enquête auprès de 62 cabinets français a établi que 95% utilisent la graphologie, et 50% systématiquement 5. Aujourd'hui cependant, l'influence des méthodes de recrutement anglo-saxones tend à diminuer son utilisation, en particulier dans les grandes entreprises.
Après avoir connu autrefois un certain succès, la graphologie n'est pratiquement plus utilisée en Allemagne. D'après une étude de V. Shackelton de l'école d'administration des affaires de Birmingham en 1994, son utilisation dans les entreprises allemandes est de l'ordre de un à quatre pour cent, selon les types de personnels et les entreprises considérées 5. Au Royaume-Uni, en Norvège et en Italie, son usage se limite de 2 à 4% 5. En Belgique, son utilisation se situe entre 4 et 8% 5.
Aux Pays-Bas, depuis les travaux d'une commission d'enquête gouvernementale en 1977, concluant au manque de validité scientifique, elle n'est plus utilisée que par 3 % des cabinets de recrutement. Aux États-Unis et au Canada, la graphologie est très peu utilisée, et il est d'usage de répondre aux offres d'emploi avec une lettre de motivation dactylographiée. Selon Mike Smith, de l'Ecole d'administration de Manchester, seulement 2,8% des entreprises américaines utilisent encore la graphologie, suite au nombre croissant de procès intentés par des candidats mettant en cause sa pertinence5.
Légalité de l'usage en entreprise
En France, la loi Aubry du 31 décembre 1992 relative au recrutement et aux libertés individuelles réglemente l'usage des techniques d'évaluation des candidats. En particulier, elle modifie l'article L.121-7 du code du Travail qui introduit la notion de transparence, d'information préalable, et de pertinence.
Article L121-7 (Source legifrance)
Le candidat à un emploi est expressément informé, préalablement à leur mise en œuvre, des méthodes et techniques d'aide au recrutement utilisées à son égard. Le salarié est informé de la même manière des méthodes et techniques d'évaluation professionnelles mises en œuvre à son égard. Les résultats obtenus doivent rester confidentiels. Les méthodes et techniques d'aide au recrutement ou d'évaluation des salariés et des candidats à un emploi doivent être pertinentes au regard de la finalité poursuivie.
Au regard de la loi française, l'absence de validité scientifique de la graphologie est susceptible de la rendre non pertinente au regard de la finalité poursuivie, et donc illégale dans le cadre d'une embauche.
Techniques
Principes théoriques
- L'écriture serait l'expression de la personnalité
- En graphologie, les interprétations se font le plus souvent sur le mode de l'évocation ou de l'analogie. (insérer exemples)
- Elle permettrait de « prévoir les actions futures d'une personne et ses performances intellectuelles à venir » (Rosen 1965), attention il ne faut pas lire ici que la graphologie permet de lire l'avenir, elle propose seulement, à travers l'étude de la personnalité, des hypothèses sur l'évolution future du sujet.
- Changer l'écriture de quelqu'un peut changer toute sa personnalité ! (Kurtz 1983).
Analyse de la mise en page
- Étude de la position de la signature par rapport au texte
- Étude des marges
- Ordonnance et proportion de l'écriture
Analyse de l'écriture
- Systèmes de Bunker (1971) et Rosen (1965))
Ordonnance de l'écriture
Les marges, la disposition dans la page, le rapport noir/blanc,
Dimension de l'écriture
Il faut étudier ici :
- la taille des lettres,
- l'exagération des mouvements,
- l'espacement des lettres, des mots et des lignes,
- la hauteur des hampes et jambages.
Direction de l'écriture
La direction de l'écriture regroupe plusieurs points à étudier :
- l'inclinaison de l'écriture, c'est-à-dire l'angle formé par les traits descendants avec la base de la ligne,
- l'orientation de la base de la ligne,
- l'orientation droite-gauche du tracé, c'est-à-dire la direction que prennent la plupart des éléments graphiques,
- la sinuosités de la base de la ligne.
Forme de l'écriture
La forme de l'écriture correspond en quelque sorte à l'aspect général de l'écriture, par exemple une écriture arrondie ou anguleuse, simple ou compliquée, calligraphique ou typographique... Mais aussi à la forme des lettres elles-mêmes, telle que la lettre t souvent caractéristique.
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« Continuité » de l'écriture
- le degré de liaison de l'écriture,
- la régularité de l'écriture et du graphisme,
- aisance ou inhibition du graphisme.
Pression de l'écriture
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Il est plus aisé d'étudier la pression de l'écriture lorsque le sujet a utilisé son stylo plume personnel, pour deux raisons : la pression de l'écriture est plus visible avec une plume, et le choix du stylo, avec ses particularités, peut refléter les préférences du sujet et donc un peu de sa personnalité. On distingue :
- le degré de pression,
- la netteté du trait graphique (écritures nettes, pâteuses...),
- le tonus de la pression.
Vitesse de l'écriture
Il faut ici considérer le nombre de lettres écrites par minute (de 100 à 200 généralement), mais aussi le dynamisme et le lancement de l'écriture.
Validité scientifique de la graphologie
La validité scientifique de la graphologie est aujourd'hui largement contestée. Aucune étude scientifique n'a montré de corrélation statistique entre des caractères de l'écriture et des profils psychologiques. Le sujet continue de faire l'objet d'études, mais aucune conclusion pratique qui pourrait servir dans le cadre de la graphologie n'est parue à ce jour.
On pourra se reporter aux études suivantes :
- Rafaeli & Klimoski 1983 : examine la possibilité de prédire la réussite d'un commercial grâce à son écriture.
- Klimoski 1992 : étudie l'efficacité de la graphologie comme aide à l'embauche.
- Société Hollandaise de Psychologie Industrielle (Jansen 1973) : confronte 2250 analyses de graphologues à 6000 d'un groupe témoin pour conclure que « la graphologie est une méthode de diagnostic hautement douteuse et probablement sans valeur. »
- Neter & Ben-Shakhar 1989 3 : analyse 17 études sur la validité de la graphologie, pour conclure que l'écriture n'est pas prédictive. L'analyse concernait 1223 manuscrits.
- Cook 1988 4 : conclut à l'absence de corrélation après l'étude d'échantillons provenant de plus de 120 000 personnes.
Quant aux ouvrages de graphologie, ils ne s'appuient sur aucune étude scientifique, mais préfèrent affirmer que « la graphologie est une science s'auto-validant. Ce qui signifie que la crédibilité de la méthode peut être immédiatement prouvée par le feedback que vous en avez. » (Kurtz 1983)
Dangers et limites de la graphologie
Il faut souligner les dangers et limites de la graphologie. Indépendamment de la validité scientifique de la démarche, les graphologues reconnaissent un risque non négligeable d'erreurs d'interprétation, ces interprétations pouvant être complètement opposées selon la méthode utilisée.
Mais c'est sur son principe même que la graphologie est attaquée. Les méthodes employées sont critiquées pour n'avoir jamais été validées.
Enfin le danger de la graphologie provient de l'utilisation de ses interprétations dans un cadre professionnel. Utilisée comme outil d'aide à l'embauche, il s'agit d'une pratique illégale car « non pertinente au regard de la finalité poursuivie ».
Références
Citées dans l'article :
- 1. Camillo Baldi, Traité des indices tirés des lettres missives, ou l'art de connaître à l'examen d'une lettre missive les moeurs et les habitudes du scripteur… traduit et commenté par J. Depoin. Edité à Paris en 1900.
- 2. Marilou Bruchon-Schweitzer et Dominique Ferrieux, Les méthodes d'évaluation du personnel utilisées pour le recrutement en France dans L'Orientation scolaire et professionnelle, 1991, 20, n°1.
- 3. E. Neter et G. Ben-Shakkar, The predictive validity of graphological inferences : a meta-analytical approach, in Personnality and Individual Differences, vol 10, pp 737-745, 1989
- 4. M. Cook, Personnel selection and productivity éditions John Wiley, Chichester, 1988
- 5. Marilou Bruchon-Schweitzer, La graphologie, un mal français dans Pour la Science, Février 2000, N° 268
- 6. Alfred Binet, Les révélations de l'écriture d'après un contrôle scientifique., Éditions Felix Alcan, Paris, 1906
Autres sources :
- C. Balicco, Les méthodes d'évaluation en ressources humaines, Éditions d'Organisation, Paris, 1997.
- Michel Huteau, Écriture et personnalité, Approche critique de la graphologie aux édition Dunod.
Voir aussi
Liens externes
- Évaluation de la pertinence de la graphologie dans le monde de l'entreprise
- Un site critique sur la graphologie, bien documenté
- La graphologie et la loi
- Un point de vue sceptique sur la graphologie
- Entrée en matière en graphologie
