Histoire du Sahara occidental
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Introduction
Pour bien comprendre le problème du Sahara occidental, il faut revenir à l'histoire du Maroc. Dans le passé, les frontières du Maroc ont largement dépassé celles qui sont les siennes aujourd'hui, tant vers l'est que vers le sud. Le Sahara occidental a été conquis par les Almoravides entre 1042 et 1052. L'Histoire montre que le Maroc a été amputé de ses provinces sahariennes lors des partages coloniaux. Le problème sahraoui est avant tout celui d'une décolonisation ratée dont la difficile résolution se heurte au nationalisme marocain et à l'ingérence des militaires algériens. Le Maroc, depuis 28 ans, occupe les deux tiers du territoire du Sahara occidental. Il retarde voire refuse aujourd'hui la mise en œuvre d'un référendum d'autodétermination au bénéfice du peuple sahraoui en bloquant toutes les tentatives de règlement politique mises en œuvre par les organisations internationales (OUA d'abord puis ONU). Aujourd'hui, les grandes puissances pensent qu'un règlement politique entre le Maroc et l'Algérie est la seule solution à la résolution du conflit.
Une colonie espagnole tardivement occupée
Vivant sur une terre désertique, à l'ouest du Sahara, en majeure partie impropre à l'agriculture, les Sahraouis formaient à la veille de la colonisation, une communauté de pasteurs nomades, à l'organisation politique assez lâche, sans allégeance aux pouvoirs centralisés voisins.
À la fin du XIXe siècle, l'Espagne commença à s'intéresser à la région. En 1884, des troupes débarquèrent à Dakhla, baptisée à l'occasion Villa Cisneros. Le protectorat espagnol fut proclamé le 26 décembre 1884 sur la côte ouest de l'Afrique entre le cap Blanc et le cap Bojador, juste en face des îles Canaries.
Après plusieurs tentatives militaires peu efficaces, l'occupation espagnole se réduisit à une étroite bande littorale autour de quelques comptoirs de commerce. Ce fut la coopération militaire franco-espagnole entre 1934 et 1936 qui permit à l'Espagne de s'installer sur l'ensemble du territoire.
L'Espagne franquiste fut peu sensible au contexte politique qui transformait l'Afrique à partir de 1960, et au contraire s'accrocha davantage à cette terre devenue riche, après la découverte de très importants gisements de phosphates (1960 à Bou Craa) et retarda le processus de décolonisation.
Le droit à l'autodétermination
Dès 1963, le Sahara espagnol était inscrit sur la liste des pays non autonomes. En 1966, l'Assemblée Générale des Nations unies invitait l'Espagne, par une première résolution (22-29), à permettre à la population autochtone d'exercer son droit à l'autodétermination au moyen d'un référendum.
Dès lors, cette question fut inscrite chaque année à l'ordre du jour de la quatrième commission de décolonisation et fit l'objet de résolutions répétées recommandant à l'Espagne puis au Maroc la mise en œuvre de ce droit inaliénable à l'autodétermination.
Des recommandations du même type émanent depuis des années de l'OUA, du mouvement des non alignés, du Parlement européen, faisant valoir le droit du peuple sahraoui à s'autodéterminer mais sans avoir ou sans se donner les moyens de mettre en œuvre ce droit.
La résistance
L'Espagne cependant n'était pas décidée à décoloniser. La découverte récente du gisement de phosphate de Bou-Craa et les mines de fer du Rio de Oro expliquent ce souhait de statu quo, favorable également à la Société des phosphates, impliquant Krupp et des capitaux étasuniens.
À l'instar des autres peuples d'Afrique ou d'Asie, les Sahraouis organisèrent, à partir des années 1970, la résistance puis la lutte armée contre l'occupant espagnol. La résistance était menée dès lors par le groupe Morehob (Mouvement révolutionnaire des hommes bleus) et perpétuée par le Polisario contre le Maroc.
La Marche Verte et le référendum impossible.
Depuis son indépendance, le Maroc revendiquait via Allal El Fassi (leader charismatique de l'Istiqlal) une large extension vers le sud (Mauritanie, Mali, Sahara occidental) afin de réaliser le vieux rêve – s'appuyant sur une histoire conquérante – du Grand Maroc . Tant que l'Espagne occupait le Sahara, le délégué marocain à l'ONU soutint les résolutions en faveur de l'autodétermination. En 1974 Hassan II déclara s'opposer à tout référendum qui pourrait aboutir à l'indépendance du territoire contesté. Le souverain chérifien avait besoin en ce début de 1970 de détourner l'attention du peuple vers une menace ou une ambition extérieure et d'occuper l'armée trop tentée par les coups d'état. Aussi, la récupération des provinces du sud et la marche verte triomphante vers le Sahara espagnol permit à Hassan II de consolider son pouvoir.
Cause sacrée, taboue au même titre que l'Islam et le trône, la question de la marocanité du Sahara enverra dans les prisons et les bagnes des années de plomb tous ceux qui s'y opposeront et en premier lieu les Sahraouis et les militants du Front Polisario.
Cette politique endossée aujourd'hui par Mohamed VI fut inaugurée avec « la Marche Verte » qui permit en novembre 1975 de faire entrer les troupes marocaines au Sahara occidental derrière 350 000 civils organisés en marche pacifique, brandissant le drapeau et le Coran.
À Madrid, où Franco agonisait, le gouvernement signa à la hâte un accord avec le Maroc et la Mauritanie où l'Espagne transférait des pouvoirs administratifs sur un territoire qu'elle occupait mais sur lequel elle n'avait aucun droit.
Quelles ont été les réactions du peuple sahraoui ?
Le départ de l'occupant espagnol le 26 février 1976 créait un vide juridique et institutionnel sur l'ensemble du territoire. D'où les décisions de proclamer dès le lendemain le 27 février 1976, la République Arabe Sahraouie Démocratique, et de déclarer la guerre au Maroc et à la Mauritanie. L'affrontement armé direct entre l'armée marocaine (forte de 200 000 hommes) et l'armée sahraouie, a duré jusqu'en septembre 1991, date d'un cessez-le-feu imposé par l'ONU et faisant partie d'un plan de règlement destiné à mettre en œuvre le référendum.
En même temps, les diplomates sahraouis, avec l'appui au départ de la diplomatie algérienne, de plusieurs états d'Afrique, ont gagné la reconnaissance de la RASD par plus de 75 états et par l'entrée dans l'OUA au titre de 51e état membre. Depuis 1976, une partie des populations civiles sahraouies a trouvé refuge dans le sud algérien, organisant et faisant fonctionner depuis cette date un État en exil.
Le plan de paix des Nations unies
Au début des années 1990, à partir des propositions conjointes de l'OUA et de l'ONU, s'amorça une dynamique de paix. Cessez-le feu sur le terrain, accord des deux parties Maroc et Front Polisario autour d'un règlement politique débouchant sur un référendum. Le Conseil de sécurité donnait alors son accord à l'établissement de la « Mission des Nations Unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental » (MINURSO) le 21 avril 1991.
Les débuts de l'application furent difficiles. De 1993 à 1997 rien de sérieux ne se passa en raison de la très mauvaise volonté marocaine qui, malgré la présence de l'Organisation des Nations unies, poursuivit sa politique d'occupation musclée au Sahara occidental.
La nomination de Kofi Annan au Secrétariat général permit de sortir un peu de l'impasse ainsi que l'engagement américain par l'intermédiaire de James Baker, ancien Secrétaire d'État, et devenu M. Sahara occidental (avec le titre officiel d'envoyé personnel du Secrétaire général des Nations Unies pour le Sahara occidental). En août 2003, le diplomate péruvien Alvaro de Soto est nommé par l'ONU au poste de Représentant spécial pour le Sahara occidental. En juin 2004, James Baker démissionne devant le refus unilatéral de son plan de paix par les autorités marocaines.
