Indépendance des États-Unis d'Amérique

Dans les Treize Colonies, au milieu du XVIIIe siècle, vivent des gens que l’on pourrait appeler des Anglo-Américains. Ils sont nés dans ces colonies. Ils se sentent plus Américains qu’Anglais. Ces Anglo-Américains, donc, avaient voulu depuis longtemps être débarrassés des présences française et canadienne. Depuis la guerre de la Conquête (1756-1763), ils ont donc toutes les raisons de se réjouir, il n’y a plus de Français et de Canadiens installés derrière eux, de l'autre côté des Appalaches. Cependant, la Proclamation royale, imposée par l'Angleterre en 1763, les rendra bien vite de fort mauvaise humeur en leur interdisant justement ce territoire pour lequel ils s'étaient battus et sur lequel, ils avaient remporté la victoire.

Ces Treize Colonies, de plus en plus conscientes de leur force après la défaite française, envisageaient maintenant l’avenir avec optimisme. Pendant longtemps, elles avaient été plutôt divisées, ce qui avait permis à la Nouvelle-France de survivre si longtemps. Elles avaient cependant réalisé que, lorsqu’elles s’unissaient, comme cela avait été le cas lors de la guerre de Sept Ans, elles pouvaient venir à bout de bien des obstacles. Un sentiment d’appartenance et de solidarité voyait maintenant le jour. Ces Britanniques devenaient de plus en plus américains.

Mais, dans ce contexte d’après-guerre, il y avait des choses qui les contrariaient de plus en plus. Londres (Angleterre) leur avait interdit l’ouest des Appalaches, lors de la Proclamation royale, en prétextant l’agitation amérindienne. Ce soulèvement autochtone (révolte de Pontiac) venait presque au bon moment pour l’Angleterre qui cherchait justement à exercer un plus grand contrôle sur ses colonies américaines. Commencer par limiter leur expansion territoriale ne semblait donc pas un si mauvais début. Mais les habitants des Treize Colonies n’étaient pas dupes et plusieurs furent profondément choqués de cette décision. Les colonies anglaises n’étaient pas encore calmées que l’Angleterre en rajoutait en adoptant de nouvelles politiques défavorables à ses colonies. Elle décida de faire payer une partie de la facture occasionnée par la guerre pour l’obtention de la Nouvelle-France. Elle leur impose donc des taxes. De plus, elle ressuscite les anciennes lois de navigation qui oblige les colonies à ne commercer qu'avec la métropole et que tout soit transporté sur des navires anglais. L’Angleterre veut donc se refaire une santé financière sur le dos de ses colonies.

L’Angleterre pouvait très bien justifier sa politique. En effet, puisque ses colonies américaines étaient les premières bénéficiaires de l’expulsion des Français de la vallée de l’Ohio, il était donc normal qu’on leur demande de payer une partie de la facture. Mais les Treize ne l’entendaient pas ainsi. On leur demandait de payer pour la conquête d’un territoire auquel on leur interdisait l’accès et puis on voulait leur imposer des taxes pour cela ! Cela n’allait pas se passer de cette façon ! C’est à ce moment que les éléments les plus radicaux de cette société coloniale allaient entrer en action.

« No taxation without representation » devint un cri de ralliement à travers les Treize Colonies. Les opposants à la politique anglaise s'organisent et incitent la population à refuser de payer les taxes. La meilleure façon est de cesser d'acheter les produits anglais. Une campagne de boycottage est lancée. L'Angleterre se lance alors dans une espèce de valse-hésitation entre la conciliation et la ligne dure en retirant parfois certaines taxes mais en se hâtant d'en créer de nouvelles. Elle ajoute au mécontentement en augmentant sa présence militaire. Cette tentative d'intimidation fera monter la tension qui mènera à une bavure de l'armée anglaise à Boston en 1770. Une manifestation anti-taxes tourne au vinaigre et les soldats ouvrent le feu sur la foule, faisant 3 morts. On parlera alors du «massacre de Boston» à travers toutes les colonies.

Mais la goutte qui fit déborder le vase fut une goutte de...thé. En 1773, l'Angleterre décréta que désormais le commerce de cette boisson serait l'objet d'un monopole et que ce dernier serait octroyé à une compagnie métropolitaine. Cela indigna beaucoup de gens spécialement dans la région de Boston, le principal port des Treize-Colonies. Puis, une occasion en or se présenta pour les opposants à cette mesure impopulaire. En décembre, des navires appartenant à la compagnie détentrice du monopole mouillaient dans le port de Boston. Des jeunes, probablement des «Sons of Liberty», comme s'appelaient ces jeunes patriotes, montèrent sur les bateaux et précipitèrent les cargaisons de thé à la mer. Cet épisode, connu sous le nom de Boston tea party est souvent perçu comme l'élément déclencheur de la guerre d'indépendance américaine.

Ce geste de rébellion amena l'Angleterre à durcir son attitude envers ses colonies. Elles s'empressa d'adopter une série de lois que les rebelles américains qualifièrent d'intolérables (intolerable acts). Elle décréta la fermeture immédiate du port de Boston, elle suspendit l'assemblée du Massachusetts et força la population à loger ses soldats de plus en plus nombreux. Une de ces lois concernait une colonie que l'Angleterre contrôlait depuis peu, la province de Québec. Cette loi agaça au plus haut point les rebelles des Treize-Colonies.

Pour comprendre ce qui les horripile autant, il faut revenir un peu en arrière. Après la défaite française, confirmée par le Traité de Paris en 1763, l'Angleterre héritait d'un territoire aux dimensions stupéfiantes. Il fallait donc l'organiser. C'est ce qu'elle fit avec la Proclamation royale la même année. Elle commença par délimiter la Province de Québec et ensuite elle décréta que tout le territoire des Grands Lacs et tout l'ouest des Appalaches jusqu'au Mississipi serait désormais du territoire indien fermé au développement blanc. Nous avons vu que cela avait grandement mécontenté les habitants des Treize Colonies qui voulait coloniser ces immenses territoires. Et voilà que maintenant avec l'Acte de Québec, l'Angleterre redonnait aux Canadiens une bonne partie du territoire que les Treize Colonies convoitaient depuis si longtemps. C'en était trop. L'insulte était majeure. Des représentants de toutes les colonies se réunirent à Philadelphie la même année. Ces réprésentants commencèrent d'abord par dénoncer violemment cette loi (Acte de Québec) qui avantageait honteusement les Canadiens, ces vaincus de 1760. Du même souffle, ces mêmes représentants décidèrent de faire circuler dans la province de Québec une lettre enjoignant les Canadiens de se joindre à eux pour débarrasser l'Amérique de la présence de cette métropole arrogante qu'était devenue l'Angleterre.

Dans le Québec, cette demande fut accueillie avec indifférence, indifférence explicable par un mélange d'ignorance et de méfiance envers cet ennemi d'hier qui se montrait maintenant un peu trop bien disposé pour que ce ne soit pas un peu louche. Les Canadiens ne se rendirent donc pas au second congrès de Philadelphie. Lors de cette rencontre, on décida d'envahir la province de Québec pour prendre l'Angleterre de vitesse et pour montrer aux Canadiens le sérieux des motivations des Treize-Colonies. On fait le pari que les Canadiens, à la vue de cette démonstration de force, n'auront d'autre choix que de se rallier à la cause de l'indépendance des colonies. Ils envahissent effectivement la province avec deux armées. L’une emprunte la route favorite d’invasion depuis si longtemps, le couloir Hudson-Richelieu, et marche sur Montréal. C’est l’armée de Montgomery. L’autre expédition passe par un chemin un peu plus difficile, la rivière Kennebec-lac Mégantic-Rivière Chaudière pour se diriger vers Québec. C’est l’expédition d’Arnold. Ils espèrent qu’à la vue de cette démonstration de force, les Canadiens se soulèveront spontanément contre l’Angleterre.

Le groupe de Montgomery ne rencontre pas de résistance et entre sans difficulté dans Montréal. Carleton doit s’enfuir à Québec en se questionnant sur la loyauté des Canadiens. Mal à l’aise, pour ne pas dire piteux, Mgr Briand fait lire une lettre dans toutes les paroisses pour inciter les Canadiens à montrer plus de dévouement à l'endroit de l'Angleterre. Montgomery doit se diriger vers Québec pour se joindre au groupe d’Arnold qui, lui, en arrache. Souffrant de froid et de faim, ils sont sauvés de la mort par les Beaucerons. Ils peuvent donc se diriger vers Québec eux aussi. C’est là que la partie va se jouer.

Montgomery et Arnold échouèrent devant Québec. Le premier y perdit même la vie. Un peu désemparées, voyant le peu d’enthousiasme des Canadiens à leur cause et anticipant l’arrivée de renforts britanniques, les troupes américaines affaiblies, par un taux assez élevé de désertion, reprirent le chemin du retour. La vraie partie allait maintenant commencer. La rupture semblait maintenant définitive avec la mère-patrie. La séparation fut consacrée suite à la déclaration d’indépendance du 4 juillet 1776, œuvre de Thomas Jefferson.

Au départ, cette guerre apparaît complètement inégale. D’un côté, une métropole au sommet de sa puissance, reine des mers, forte d’une éclatante victoire lors de la guerre de sept ans (1756-63) et, de l’autre, des colonies sans marine, sans véritable armée, en pleine ascension économique, certes, mais passablement divisées sur cette question d’indépendance. Un rapide coup d’œil sur la situation et la résistance semble absolument inutile pour les Treize Colonies et pourtant, pourtant... elles vont réussir ! Comment expliquer pareil revirement ?

Tout d’abord, il y a une raison tactique. En effet, les batailles se dérouleront en Amérique, loin de l’Angleterre. Il y a une grande différence entre se battre chez soi et porter la guerre ailleurs. L’Angleterre devra amener des troupes qui auront à se débrouiller dans un territoire hostile qu’elles ne connaissent pas bien. Voilà le premier élément d’explication.

Il y a aussi une raison idéologique, c’est-à-dire, au niveau des convictions et des raisons d’agir. Beaucoup de ces « Américains» sont convaincus que leur avenir passe par la rupture des liens qui les rattachent à l’Angleterre. Pour eux, il s’agit d’une question de survie, de vie ou de mort. Même s’ils ne sont pas majoritaires au début, ces révolutionnaires vont très bien s’organiser et ils réussiront à convaincre ou à intimider ceux qui ne partagent pas leur avis sur la question. En face d’eux, ces « Américains » trouveront des soldats pour qui une victoire ou une défaite ne changera pas grand chose. Ils sont loin de chez eux et ont une mauvaise cause à défendre. Le moral ne sera pas trop bon. De plus, l’Angleterre engage plusieurs mercenaires (volontaires provenant d’autres pays) pour faire le travail. On peut voir tout de suite que le véritable désir de vaincre sera du côté des insurgés (Treize Colonies).

Mais tout cela aurait sans doute été insuffisant malgré tout. Il y a eu un autre facteur plutôt déterminant qui a joué. La France, encore ulcérée de sa défaite humiliante de 1763, est venu prêter main forte aux Treize-colonies. Elle agit ainsi simplement pour contribuer à affaiblir l'Angleterre et la priver de ses précieuses possessions américaines. L’aide de la France fut assez déterminante dans l’issue de ce conflit. En effet, lors de la dernière bataille à Yorktown, en Virginie, la puissante armée anglaise fut défaite par des troupes composées de Français et d’Américains en nombre égal. Cette défaite anglaise fut ensuite rendue officielle par le traité de Versailles, signé en 1783, traité qui voit apparaître les États-Unis d'Amérique.

See also: Indépendance des États-Unis d'Amérique, Acte de Québec, Appalaches, Conquête, Pontiac, Proclamation royale, Traité de Paris (1763), Traité de Versailles, Treize Colonies