L'Iliade

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Série : Littérature
Littérature francophone

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L'Iliade tire son nom du grec Iλιον (Ilion) qui signifie Troie. Elle est une épopée attribuée à l'aède Homère. Elle est composée de 15 337 hexamètres dactyliques et, depuis l'époque hellénistique, divisée en 24 chants. Le texte a probablement été rédigé entre 850 et 750 av. J.-C. (dates déjà mentionnées par Hérodote), soit quatre siècles après les événements qu'il relate.

Elle narre la dixième année de la guerre de Troie, commençant avec la perte de Briséis par Achille et culminant avec le duel entre Achille et Hector. Les premiers vers résument ainsi :

μηνιν άειδε θεὰ Πηληιάδεω Αχιληος
ουλομένην, ὴ μυρί' Αχαιοις άλγε' έθηκε,
πολλὰς δ' ιφθίμους ψυχὰς ́Αιδι προίαψεν
ηρώων, αυτοὺς δὲ ελώρια τευχε κύνεσσιν
οιωνοισί τε πασι, Διὸς δ' ετελείετο βουλή,
(« Chante, ô déesse, le courroux du Péléide Achille,
Courroux fatal qui causa mille maux aux Achéens
Et fit descendre chez Hadès tant d'âmes valeureuses
De héros, dont les corps servirent de pâture aux chiens
Et aux oiseaux sans nombre : ainsi Zeus l'avait-il voulu. ») 1

Il faut noter que le premier terme, μηνις (mênis), qui veut dire « colère », est toujours employé pour qualifier une colère divine, funeste. Achille est le seul mortel dont la colère soit appelée μηνις dans tout le corpus homérique. C'est bien cette colère inhumaine qui est le thème clef de l'épopée.

Le récit commencé dans L'Iliade se poursuit dans l'Odyssée et, d'un autre point de vue, dans L'Énéide de Virgile.

Sommaire

L'Iliade dans la culture grecque

Avec L'Odyssée, L'Iliade est le texte majeur de la littérature grecque, aussi important sinon plus que ne le sont les œuvres de Shakespeare pour les anglo-saxons, ou de Dante pour les Italiens. Dans l'Antiquité, il était appris par cœur, in extenso, par les jeunes gens de bonne famille, ce qui faisait d'Homère, selon le mot de Platon (qui le déplorait), l'« instituteur de la Grèce » (την Eλλαδα πεπαιδευκεν tên Hellada pepaideuken, République, X, 606e).

Poème de la guerre ou « poème de la force » (Simone Weil), il résume parfaitement, selon les Grecs anciens, leur modèle aristocratique en la figure d'Achille, prêt à sacrifier une longue vie à une gloire impérissable. Henri-Irénée Marrou, dans son Histoire de l'éducation dans l'Antiquité (1948), explique ainsi :

« Beaucoup plus que l'Ulysse du Retour, c'est la noble et pure figure d'Achille qui incarne l'idéal moral du parfait chevalier homérique ; il se définit d'un mot : une morale héroïque de l'honneur. C'est à Homère, en effet, que remonte, c'est dans Homère que chaque génération antique a retrouvé ce qui est l'axe fondamental de cette éthique aristocratique : l'amour de la gloire. »

Deux types de gloires, d'honneurs (τιμη timê) sont montrées dans L'Iliade :

L'Iliade voit le triomphe de la gloire vantée par Achille, κλεος αφθιτον (kleos aphtiton), la « gloire impérissable » (IX, 413) qui s'acquiert par une « belle mort », jeune, sur le champ de bataille.

Plus tard, cet amour de la gloire personnelle sera transformé. Tyrtée, le poète spartiate, chante ainsi la gloire immortelle qu'il y a à défendre sa patrie : pour le guerrier mort ainsi, « jamais sa noble gloire ne périt, ni son nom, mais bien qu'il demeure sous terre, il est immortel » (9 D, 27 sq., trad. C. Patro). Dans L'Iliade, Achille n'est pas un guerrier patriote. Quand il reprend les armes, ce n'est pas pour les Grecs que combat Achille. Son départ pour Troie, ses combats, sa colère et sa décision de reprendre les armes sont profondément individuels, voire égoïstes. Et quand il décide d'affronter Hector, sachant qu'il mourra ensuite s'il le fait, ce n'est pas pour les Grecs mais pour venger Patrocle.

En même temps, L'Iliade représente une lente décomposition des valeurs et des codes héroïques et chevaleresques, le cosmos (κοσμος, univers ordonné) pour basculer dans la sauvagerie, le chaos. Ainsi, selon Jean-Pierre Vernant (Entre mythe et politique, Seuil, 1984), les héros grecs comme troyens cessent progressivement de considérer l'adversaire comme le partenaire d'un combat loyal pour le transformer en proie — témoin la mutilation sauvage par Achille du corps d'Hector. Cette sauvagerie n'est rédimée qu'à la fin de l'épopée, quand Priam vient réclamer le corps de son fils et qu'Achille, selon Vernant, comprend les limites du monde héroïque dans lequel il se meut.

Traductions en français

Héros de l'Iliade

Grecs :

Troyens :

Voir aussi

Bibliographie


1. Les extraits de L'Iliade sont issus de la leçon de Paul Mazon (Belles Lettres). Les extraits traduits viennent de la traduction de Férédéric Mugler, Actes Sud, 1995.

See also: L'Iliade, -750, 1850, 1938, 1939, 1955, 1956