Langage sexiste
Le terme langage sexiste fait référence à une façon d'écrire ou de parler perçue par certains comme porteuses de préjugés et de stéréotypes dévalorisants, péjoratifs ou simplement dépassés, vis-à-vis des femmes ... ou des hommes bien que cela soit plus rare. Le sexisme dépend essentiellement des époques, des cultures mais aussi des situations sociologiques voir des caractères. Le sexisme apparaît quand on manifeste une différenciation envers quelqu'un, sur le critère de son sexe, de façon notoirement déplacée pour une situation donnée.
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Champs de manifestation du langage sexiste
Quelques femmes et hommes voient du sexisme dans les usages suivants :
- les titres et les noms de professions, souvent sans équivalent féminin ;
- l'utilisation du nom patronymique de l'époux ;
- l'utilisation de vocabulaire plus péjoratif et plus explicitement sexuel vis-à-vis des femmes ;
- l'emploi du neutre, identique au masculin, lorsque le sexe n'est pas spécifié, ou pour désigner des groupes comprenant à la fois des hommes et des femmes (ce dernier est particulièrement sujet à débats).
Sexisme et langage en France
En 1984 est créée, à l'initiative d'Yvette Roudy (membre du Parti socialiste), la première commission de terminologie chargée d'étudier l'emploi du féminin pour les noms de métiers, les fonctions, les grades et les titres. Cette initiative fut reçue par des commentaires critiques, tels que celui du Figaro Magazine (enjuponnement du vocabulaire) ou celui de France Soir (clitocratie).
En 1986, la circulaire de Laurent Fabius affirme qu'il est discriminatoire de n'employer que le masculin.
En 1990, le Comité des ministres du Conseil de l'Europe recommande une élimination du sexisme dans le langage.
La lutte pour l'élimination du langage « sexiste » n'est pas forcément une lutte intestine entre hommes et femmes ; de nombreuses femmes ne voient pas d'inconvénient à son utilisation, alors que certains hommes protestent contre son utilisation.
Sexisme et langage au Québec
L'utilisation de titres équivalents au féminin est vastement répandue, très acceptée et souvent obligatoire dans la vie professionnelle canadienne, y compris bien d'usages qui n'apparaissent que rarement en France, par exemple la docteure, la médecin, la gouverneure, la ministre, la première ministre, la mairesse (ou la maire), etc.
Dans l'écriture formelle, on retient grosso modo l'inclusion du féminin dans le masculin, souvent avec une remarque que c'est « dans le seul but d'alléger le texte ». Or, dans les discours polémiques, il est très commun d'entendre des doublures qui incluent explicitement les femmes, comme Québécoises et Québécois, tous et toutes, etc.
Un exemple notable du néologisme dans le but d'inclure les femmes s'est produit au Québec, où un syndicat a décidé de promulguer un néologisme épicène pour « professionnel ou professionnelle » sur le modèle de « fidèle »; il est devenu la Fédération des professionèles. Or, cette solution, qui a reçu des réactions mixtes, se classe parmi les options très radicales, voire insolites, pour contrer le sexisme.
Le langage non sexiste
La mise en place d'un langage « non sexiste » est très importante aux yeux de nombreuses personnes, en particulier les féministes, qui justifient leur point de vue par de nombreuses raisons. La principale est qu'un langage « sexiste » marginalise les femmes en mettant en avant les hommes par défaut. Cela est particulièrement important quand il s'agit d'utiliser un terme tel que président, dont le genre masculin peut amener à faire penser qu'il est naturel que la position de président soit tenue par un homme. D'autres utilisations de type non parallèle peuvent également avoir une connotation dépréciative.
Plusieurs pratiques de langage non sexiste existent en langue française :
Un certain nombre de pratiques (non officielles, mais de plus en plus présentes) vise le langage sexiste en France. Il s'agit d'introduire des apports linguistiques novateurs, essentiellement (pour l'instant) lorsqu'on parle d'un groupe de personnes composé d'individus indifférenciés ou des deux sexes:
- l'emploi du trait d'union et de sa forte symbolique « unioniste ». Exemples : « musicien-ne-s », « motivé-e-s », et même l'article « un-e »...
- l'emploi du « E » majuscule : « motivéEs »... Peut-être moins égalitaire, car met davantage l'accent sur la majuscule, et donc sur la féminité.
- la création de mots « trans-sexes » : « Illes » ou « els » pour « Ils et elles » (ou « Ils » tout simplement)
- la terminaison bi-genrée : « acteurs/trices » ou « acteurs-trices »
- emploi de terme épicène, c'est-à-dire neutre du point de vue du genre : parler de « personnes » plutôt que d'« individus » (ou d'« individu-e-s ») au risque du changement de sens, ainsi politiquement la personne n’est pas équivalente à l’individu
Le contre-argument est que l'usage du genre non marqué, s'il est accepté socialement comme neutre, produit des textes plus lisibles d'un strict point de vue typographique, du moins lorsque l'on n'a pas l'habitude.
Autres langues
Espéranto
Certaines personnes accusent l'espéranto d'être fondamentalement sexiste, parce que la forme radicale des mots est la même que la forme masculine et différente de la forme féminine : doktoro = « docteur » (homme ou de sexe inconnu), doktorino = « doctoresse » ; de même doktoroj = « docteurs » (hommes, hommes et femmes ou de sexe inconnu), doktorinoj = « doctoresses ». De même pour les pronoms, li (« il ») peut être générique, alors que ŝi (« elle ») est toujours féminin.
Les défenseurs répondent que ce traitement assymétrique n'est pas une caractéristique de l'espéranto, mais plutôt une caractéristique de la plupart des langues européennes. Dans chaque langue romane, par exemple, un genre grammatical est assigné à chaque nom - même à des objets sans sexe, voire en opposition avec le sexe biologique (comme guardia = « policier » en italien ou virilité en français, de genre féminin). En fait, avec ces assignements arbitraires de genre grammatical, les personnes qui parlent des langues romanes ou germaines n'ont généralement pas les a-prioris sexistes affirmés par les critiques.
De plus, comme l'espéranto n'a pas d'accord en genre pour les adjectifs (comme la plupart des langues le font), c'est une langue « asexuée » (techniquement sans genre), au même titre que l'anglais. En effet, il est devenu acceptable en espéranto d'utiliser doktoro pour désigner un docteur ou une doctoresse. En ce qui concerne les pronoms ŝi et li, on peut utiliser tiu (« celui-là »), qui est neutre, à la place. ŝ/li est également utilisé mais pose le même problème que « il/elle » en français, bien qu'il soit directement prononçable. Certains espérantistes utilisent le néologisme ri comme pronom neutre.
Voir aussi
- genre
- sexisme
- Chiennes de garde
- Benoîte Groult
- Féminisation des noms de métiers
Lien externe
Bibliographie
- Pour une langue française non sexiste, Céline Labrosse, Les Intouchables, ISBN 2895490872.
