Le Maître du Haut Château
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Le Maître du Haut Château (The Man in the High Castle) est un roman de Philip K. Dick. Il a été écrit en 1962 et a reçu le Prix Hugo. Il s'inscrit dans l'éventualité d'une victoire de l'Allemagne et du Japon lors de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), exploitant le genre de l'uchronie.
L'histoire se déroule aux États-Unis occupés pour moitié par les Allemands et pour moitié par les Japonais, et met en scène un écrivain qui imagine comment les États-Unis auraient pu gagner la guerre.
Le titre fait référence à la maison où vit le personnage de Hawthorne Aberden.
Synopsis
Attention : Ce qui suit dévoile tout ou partie de l'œuvre !
Ce roman est une uchronie : il décrit un présent qui ne peut avoir lieu car l'auteur a changé le cours de l'histoire réelle. Ici, les différents débarquements alliés en Afrique et en Europe ont échoué. En 1947, les Alliés capitulent devant les forces de l'Axe (Allemagne nazie, Japon impérial, Italie fasciste). Les États-Unis sont divisés en trois :
- une zone orientale dont il est question dans le roman seulement sous forme de rumeurs de camps de concentration ;
- une zone Pacifique sous domination japonaise ;
- la zone centrale qui forme un pays vassalisé et exsangue.
Ce sont dans les deux zones centrale et occidentale que se déroulent les différentes actions de l'intrigue. On suit à San Francisco plusieurs personnages :
- un officier nazi en visite ;
- un cadre japonais qui cherche au départ un simple cadeau pour son épouse ;
- un entrepreneur états-unien, Frank, qui cherche par l'entreprenariat et l'artisanat à vaincre en lui la rancœur de l'occupation.
Dans les États des Rocheuses, Juliana une jeune femme s'éprend d'un jeune migrant italien. Celui-ci a une mission secrète liée à un roman que tous les personnages cités vont croiser: La Sauterelle.
La Sauterelle est un roman dans le roman, une uchronie dans l'uchronie : Hawthorne Abendsen a écrit une histoire où les Alliés battaient l'Axe (d'une façon différente de l'histoire réelle). Les héros japonais et allemands observent ce livre avec curiosité, sachant que les nazis veulent en éliminer l'auteur. Les deux États-uniens le découvrent avec des sentiments et des conclusions différentes.
Un second livre anime les personnages. Le Livre des transformations ou (Yi King) est un ouvrage chinois qui permet d'avoir des oracles à l'aide de tirages au sort. C'est d'ailleurs grâce à lui que Juliana et Abendsen comprennent l'incroyable vérité : en se servant du Livre des transformations pour écrire La sauterelle, ils découvrent que les Alliés ont vraiment gagné la guerre.
Analyse
Si l'uchronie change le cours de l'histoire pour créer une intrigue et faire réfléchir, l'auteur part de l'histoire réelle dont les éléments se retrouvent dans ce monde changé:
- C'est la mort précoce du président Roosevelt qui constitue le point de changement pour Philip K. Dick.
- Le régime nazi se perpétue dans les territoires conquis: génocide sur la Côte Est, et rumeur de conquête et de nettoyage ethnique en Afrique.
Comme plus tard, Robert Harris dans Fatherland, Dick ne peut imaginer une Seconde Guerre mondiale qui ne se terminerait pas en Guerre froide. Les relations entre les alliés allemands et japonais sont loin d'être cordiales dans le roman.
Dans la réalité, la conclusion du roman est cohérente, non sur le plan militaire, mais sur le plan économique. La défaite en 1945 de l'Allemagne et du Japon a eu un effet économique: interdits d'avoir des armées et de conserver leur prestige par la culture militaire, les deux pays vaincus se sont repliés vers l'excellence économique. En quelques décennies, ils sont devenus des puissances économiques mondiales pendant les « Trente Glorieuses ». Dans Le Maître du Haut-Château, les habitants des États-Unis se relèvent lentement de la défaite par l'innovation artisanale, par la vente de leur patrimoine à des vainqueurs qui l'apprécient. Ils commencent à prendre leur revanche comme le montre Frank dans sa relation avec les Japonais.
Enfin, Philip Dick tire des conclusions technologiques à la victoire des Nazis. Les États-Unis, dans son uchronie, n'ont plus les moyens de développer leur aviation à réaction, c'est l'ingénieur allemand Werner von Braun qui va inventer pour l'Allemagne des fusées pour les vols intercontinentaux : la Lune est conquise peu après la fin de la guerre, les premières missions vers Mars commencent dans la décennie qui suit, ce que Dick impute dans le livre au goût pour l'abstraction de la culture allemande (« La race, la colonisation spatiale, l'espace vital : ils ne raisonnent que comme ça »).
Dans la réalité, c'est bien von Braun qui a développé des fusées-missiles V2 pour Hitler avant d'être récupéré par les USA et de participer aux projets de fusées spatiales : le projet Jupiter lui sera confié après les échecs répétés du programme Vanguard de la Marine qui ne l'avait pas consulté; et sera, lui, un sans faute.
