Ligugé


Ligugé est une commune de la Vienne, établie sur la rive gauche du Clain, à 8 kilomètres au sud de Poitiers.

Au recensement de 1999, elle comptait 2817 habitants.

La ville est surtout connue pour son abbaye, plus ancien établissement monastique d'occident.

Sommaire

Fondation et premiers temps

L'abbaye fut fondée par saint Martin en 361, sur un domaine reçu de saint Hilaire, évêque de Poitiers, dont il était le disciple. Ce domaine n'était qu'une villa romaine en ruine, dans laquelle il s'installa comme ermite, mais ses disciples nombreux le poussèrent à fonder un monastère.

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Saint Martin partageant son manteau, portail de l'église de Ligugé

L'organisation en était originale : les moines orientaux étaient contemplatifs, et la règle de saint Benoît n'existait pas encore. Saint Martin, tout en logeant ses disciples séparément dans des grottes et des huttes (Locaciacum, les petites cabanes, d'où le nom de Ligugé), les faisait travailler en plus de leur faire mener une vie d'ascètes.

Saint Martin quitte l'abbaye pour Tours, dont il devient évêque en 370. L'abbaye est abandonnée au Ve siècle, à cause des persécutions des Wisigoths, qui cessent après la victoire de Clovis sur les Wisigoths en 507. L'abbé Ursinus rédige siècle l'hagiographie de saint Léger vers 684, à la demande de l'abbé de Saint-Maixent, qui en avait reçu les reliques.
À cette époque, le monastère avait le privilège de battre monnaie, dont le sou d'or.

Il disparaît encore au VIIe siècle, ne figure pas dans la liste des monastères dressée par Louis le Débonnaire en 817, mais est ravagé par les Normands en 865, avant d'être restauré par la comtesse de Poitiers, Adèle, fille de Rollon de Normandie et mère de Guillaume Tête d'Étoupe. La règle bénédictine est alors adoptée, et l'abbaye dépend de celle de Saint-Cyprien, à Poitiers.

Bas Moyen Âge

Aumode, autre comtesse du Poitou, la fit restaurer vers l'an 1000. Son tombeau est dans la crypte de l'église. Encore au XIe siècle, l'abbaye est relevé par Theudelin, moine de l'abbaye de Maillezais. L'abbaye de Ligugé devient un prieuré de cette abbaye clunysienne.

Elle héberge en 1096 le pape Urbain II venu prêcher la Croisade.

En 1268, le comte apanagiste de Poitiers Alphonse concède au prieur le droit de haute et basse justice.

En 1307 Clément V s'en sert comme résidence champêtre, au moment du procès des Templiers, ouvert à Poitiers.

L'abbaye fut à nouveau détruite pendant la guerre de Cent Ans, après la bataille de Poitiers, en 1359, par les paysans des environs qui craignaient de la voir tomber aux mains des Anglais, puis par les Anglais en 1359. La reconstruction commence seulement en 1479.

Renaissance et Temps Modernes

C'est Geoffroy III d'Estissac, doyen (qui percevait la commende en tant que séculier) nommé par l'évêque de Maillezais San Severino, qui achève la reconstruction après 1504. L'église paroissiale et le cloître datent de cette époque. L'église de style Gothique, fait 24 mètres de long, sur 9 de large. La voûte culmine à 14 mètres.

Rabelais y fait une partie de ses études au début du XVIe siècle.

L'abbaye est détruite à nouveau lors des guerres de religion (années 1560), et est attribuée à de multiples prieurs commendataires simultanément, les uns nommés par le pape (collatio), les autres par le roi (indult). Finalement, c'est Gaspard le Franc, nommé par le roi, qui abandonne Ligugé aux Jésuites de Poitiers par un acte daté de 1606, acte qui prend effet à sa mort survenue en 1611 jusqu'à 1763 et la suppression de leur ordre par le Parlement de Paris.

Les bénéfices du monastère furent ensuite gérés par un économe royal, qui nommait des fermiers généraux afin de les percevoir au bénéfice de la Couronne.

Révolution et époque contemporaine

Le déclin et le renouveau de l'abbaye

À la Révolution, il est vendu à des particuliers (un aubergiste de Poitiers).

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Tour de la cour du monastère

Le cardinal Pie, évêque de Poitiers, le fait restaurer en grand à partir de 1853. Les seuls bâtiments conservés antérieurs à cette date sont l'église paroissiale, une tour du XVIe siècle et un bâtiment de 1677.

Les moines furent expulsés en 1901, trouvèrent refuge à Chevetogne, en Belgique, et ne revinrent qu'en 1923. Ils construisent une nouvelle église claustrale, au style très dépouillé, achevée en 1929.

Depuis toujours et encore actuellement, l'abbaye accueille des personnes désirant y faire retraite. L'écrivain Joris-Karl Huysmans compte parmi celles-ci. Paul Claudel y fit son noviciat.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'abbaye était un maillon des réseaux de Résistance. Elle fit passer de nombreuses personnes en zone libre. Robert Schuman y fut conduit par la femme du préfet de Poitiers, Mme Holveck, et y fut hébergé du 3 au 13 août 1942, avant son passage en zone libre, lors de la Seconde Guerre mondiale. De même pour Amadou Bow, futur directeur de l'UNESCO : ces deux hommes et bien d'autres moins connus furent accueillis par le Père Lambert, résistant du réseau Renard, et qui fut décapité en novembre 1943. C'est aussi de cette époque que l'atelier d'émaillage date.

Aujourd'hui, le monastère abrite 40 moines, et 120 oblats. Outre les émaux qui adaptent les œuvres de nombreux peintres (Braque, Manessier, Georges Rouault), les moines produisent également des études en patrologie (étude des Pères de l'Église) et en assyriologie.

Ligugé dans la révolution industrielle

À partir de la Révolution, l'abbaye n'est plus le centre de la vie de la ville. Elle n'est plus là non plus pour pourvoir à tout.

C'est l'industrie qui prend le relais : d'abord avec une filature, qui s'installe dans un moulin à aubes, installé sur une île du Clain, et qui croît et prospère tout au long du XIXe siècle, avant de décliner et de disparaître dans les années 1970. Un imprimeur industriel s'établit également à Ligugé, Aubin, et connaît une belle réussite qui dure encore, puisqu'il est un des seuls indépendants encore existants en France. Il a connu trois sites différents dans la ville.

Jusque dans les années 1950, une plage entretenue sur les bords du Clain permettait aux citadins de Poitiers de venir s'ébattre le dimanche, par le train.

See also: Ligugé, 1096, 1268, 1307, 1359, 1479, 1504, 1606