Linguistique comparée

La linguistique comparée (ou encore linguistique historique ou grammaire comparée) est une discipline de la linguistique qui étudie l'histoire et l'évolution des langues (prises individuellement) ou des familles de langues. C'est une discipline éminemment diachronique. La linguistique comparée procède de la philologie, terme qui, parfois, doit être compris comme un synonyme bien que les deux disciplines soient différentes.

La principale méthode de travail repose sur la comparaison, entre les différents états d'une même langue ou entre des langues différentes mais issues d'un même ancêtre. Elle permet, en relevant des concordance régulières phonétiques, syntaxiques et, plus rarement, sémantiques, d'établir des parentés entre les langues. Elle a donc comme premier objet d'étude les similarités formelles révelées par ces comparaisons. C'est la linguistisque comparée qui permet donc d'établir de manière scientifique l'existence des familles de langues qu'on dit alors liées par des relations génétiques ; elle étudie ainsi :

Par exemple, elle permet de savoir que bien que d'apparence très proches (par l'écriture et le lexique), deux langues comme l'arabe et le persan n'ont aucun lien de parenté, mais que ce dernier est de la même grande famille que le français ou encore, plus lointainement, l'islandais.

Elle s'intéresse donc avant tout aux évolutions connues par ces langues au cours de leur histoire, qu'elles soient sémantiques, phonétiques, phonologiques, lexicales, syntaxiques, etc. La branche la plus importante de la linguistique comparée est cependant la phonétique historique, seule discipline portant sur des évolutions que l'on peut décrire de manière formelle et objective et seule encore permettant d'affirmer qu'un mot B provient bien d'un mot A ou que des mots B, C et D sont tous dérivés d'un étymon commun A et sont donc liés historiquement. L'étymologie est, en sorte, le résultat d'une démarche comparative : c'est par une telle démarche qu'il faut passer pour savoir qu'un mot français comme legs ne vient pas, malgré la graphie fautive due à l'étymologie populaire, de léguer mais de laisser. La reconstitution d'étymons à l'origine de mots tirés de différentes langues-sœurs, quant à elle, demande une démarche comparative encore plus forte. Il faut en effet trouver le signifié originel d'un terme à partir de ses résultats dans les langues en question, signifié originel qui, en se transmettant dans des langues dont l'évolution est autonome (et l'on sait que l'évolution sémantique ne suit aucune règle précise), a pu se modifier dans des proportions importantes.

Parmi les principales familles de langues étudiées par la linguistique comparée, on peut citer les langues indo-européennes, sémitiques, chinoises, Niger-Congo ou encore austronésiennes, qui forment de très vastes familles. La linguistique comparée des langues indo-européennes est, de loin, la plus développée des trois possibilités.

Outre l'établissement de familles de langues, la linguistique comparée permet surtout la reconstruction d'une langue-mère préhistorique (c'est-à-dire non attestée directement au moins par l'écriture) au moyen des seules traces qu'elle a laissées dans ses langues-filles historiques (traces qui sont les points de convergence des différentes similitudes). Elle autorise à reconstituer, de manière parfois floue et supposée, mais toujours en suivant des méthodes scientifiques, des ancêtres lointains comme l'indo-européen ou le chinois archaïque (pour ce dernier, il convient de noter que si c'est une langue d'époque historique, son sytème phonétique et phonologique est cependant dissimulée par l'écriture chinoise ; ainsi, la phonétique historique comble ces lacunes). Le postulat principal est le suivant : si, dans des langues A, B, C, et D qu'on sait génétiquement liées, on retrouve par comparaison une caractéristique données (lexicale, morphologique, phonétique, etc.), il est probable que cette caractéristique provienne de la langue-mère. C'est par le recoupement de toutes ces caractéristiques partagées que l'on peut obtenir une image lointaine de la langue-mère, le grand nombre de points communs permettant de rejeter la possibilité d'une stricte coïncidence (comme les mots faussement apparentés).

Bien évidemment, la reconstruction des langues-mères permet de confirmer l'existence des familles de langues, et inversement. Les deux objets d'étude en question sont intrinsèquement liés.

See also: Linguistique comparée, Alphabet arabe, Arabe, Chinois archaïque, Diachronie, Dérivation, Famille de langues, Français, Indo-européen, Islandais