Mai 1968

Années:
1965 1966 1967 - 1968 - 1969 1970 1971
Décennies:
1940 1950 - Années 1960 - 1970 1980
Siècles:
XIXe siècle - XXe siècle - XXIe siècle
Millénaires:
Ier millénaire - IIe millénaire - IIIe millénaire

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Le mois de mai 1968 a vu se dérouler un ensemble d'événements dans les milieux étudiants d'un grand nombre de pays dont la République Fédérale d'Allemagne, les États-Unis (actions contre la guerre du Vietnam), la Tchécoslovaquie (Printemps de Prague). Ce mouvement de contestation étudiante débute des deux côtés du rideau de fer. Dès 1967, plusieurs campus aux états-Unis ou en Pologne, par exemple, s'insurgent contre la politique éducative.

En France, ces événements prennent une ampleur particulière car ils sont accompagnés de violentes manifestations d'étudiants, d'une grève générale qui paralyse complètement le pays et d'une vague de réunions informelles à l'intérieur des organismes, des entreprises, des administrations, des lycées et des universités, des théâtres, des maisons de jeunes, des maisons de la culture. Dans tous le pays, les portes s'ouvrent à n'importe quel citoyen, la parole se libère et devient pour quelques semaines la raison d'être des Français. Enthousiasmé ou catastrophé, dubitatif ou méditatif, chacun selon sa sensibilité participe ou observe.

L'un des symboles de ces lieux de débats est l'Odéon à Paris où l'on peut entendre s'affronter, dans des débats pris très au sérieux jour et nuit, quelques syndicalistes délégués de chez Renault, des ménagères du quartier, des étudiants, un groupe de jeunes de droite de Neuilly venus en touristes, un autre groupe de lycéens d'une banlieue ouvrière, tel ou tel artiste célèbre, des professeurs, un conseiller municipal aux abois, un ou deux cadres d'entreprise catastrophés, pendant que dans les coulisses du théâtre, quelques échevelés de la libération sexuelle se livrent à des ébats spontanés et sans intimité.

À tout moment dans tel ou tel lieu de France, un militant de telle ou telle organisation, plus ou moins rompu à la dynamique de groupe en vogue, s'impose pour faire voter une « motion » en « assemblée générale » qui se perd dans un flot de tracts et achève parfois sa course dans un article de presse, si un journal peut paraître, suivant le destin d'une bouteille à la mer lancée à Maubeuge et ouverte dans l'Île de la Cité. On découvrira des attitudes personnelles surprenantes, comme celle du député Valéry Giscard d'Estaing allant seul à l'aube à la rencontre des ouvriers de Billancourt qui occupent leur usine.

Le Général de Gaulle qualifiera ce tsunami social de « chienlit ».

Sommaire

Origine

En France, le mouvement étudiant demandant une amélioration des conditions de vie des étudiants commence en novembre 1967. Ce mouvement rencontre peu d'écho. En 1968, le « mouvement du 22 mars » se fait connaître ce jour-là en occupant les locaux de l'université de Nanterre. L'une de ses principales revendications est le droit d'accès pour les garçons aux résidences universitaires des filles. La figure de proue de ce mouvement se nomme Daniel Cohn-Bendit. Il devient le symbole de la remise en cause de l'autoritarisme.

Les causes de ce mouvement sont diverses selon les analystes. Mais toutes tournent autour de l'idée qu'une grande rigidité cloisonnait les relations humaines dans toute les cellules de la société.

Contexte culturel et politique

Sur le plan sociologique la dynamique de groupe s'est répandue pendant les années 1960 dans les formations des responsables de toutes les organisations et des entreprises. La mode est au débat. Mais les clivages sociaux sont encore extrêmement rigides. Le paternalisme autoritaire est omniprésent. On commence à ouvrir des lycées « mixtes », mais beaucoup d'établissements scolaires sont encore réservés aux garçons ou aux filles (les filles ne sont pas autorisées à porter le pantalon). La France a autorisé l'usage de la pilule contraceptive dès 1967, mais elle est encore peu répandue et l'éducation n'a pas encore connu de réformes structurelles et le décalage est criant entre les aspirations d'une jeunesse et les cadres moraux qu'ils ressentent comme dépassés.

Au plan économique, on arrive bientôt à l'apogée des « trente glorieuses », années de reconstructions après la Seconde Guerre mondiale. La société de consommation s'est installée sans qu'on prenne vraiment conscience de toutes ses implications et des déséquilibres mondiaux qui se développent.

Au plan politique, les Français viennent de découvrir le vote au suffrage universel pour élire le Président de la République et les référendums pour que chacun donne son avis. La France vient de perdre ses colonies. Le climat international est accaparé par la guerre froide entre les tenants des modèles capitalistes et communistes. Ce contexte s'impose aux choix politiques dans tous les pays, carcan que les jeunes dénoncent face à leurs dirigeants, quel que soient leur système politique. On remarque notamment les comités Vietnam, formés majoritairement de lycéens et étudiants dans les pays occidentaux, qui dénoncent « l'impérialisme américain » dans la guerre du Vietnam. La guerre froide fait naître des idées anti-nucléaires.

Le caractère international de ces mouvements relativise les causes purements françaises. Ainsi les gardes rouges de la révolution culturelle chinoise, depuis 1965, ont rendu perceptible l'idée que les jeunes pouvaient avoir un pouvoir politique dans la société et remettre en cause l'autorité des adultes et des pouvoirs.

Au plan philosophique, on invoquera souvent plusieurs auteurs pour expliquer ce mouvement : le livre d'Herbert Marcuse paru en France en 1964, puis réédité en 1968, l'Homme unidimensionnel, sous-titré Essai sur l'idéologie de la société industrielle avancée, le manifeste de Wilhelm Reich, paru en 1936 et le livre Traité de savoir vivre à l'usage des jeunes générations de Raoul Vaneigem, paru en 1967, puis la Société du spectacle de Guy Debord, paru en 1967.

Au plan religieux la France, encore très catholique, vient de suivre avec passion le Concile de Vatican II qui a profondément ébranlé le catholicisme et surtout les mouvements d'action catholique. En particulier, les Scouts de France représentant à l'époque une part non négligeable des jeunes chrétiens, ont modifié les rapports hiérarchiques dans leurs structures, remettant en cause à partir de 1964, un modèle de type militaire et introduisant la collégialité des décisions au sein des équipes.

Événements de mai

À Paris

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Numéro 1 de l'« Enragé », dessin de Siné

Le 3 mai, la Sorbonne, occupée par des manifestants et risquant une éventuelle attaque des mouvements étudiants d'extrême droite (comme Occident) est évacuée par une intervention policière musclée : plusieurs centaines d'étudiants sont arrêtés, dont Jacques Sauvageot, le dirigeant du principal syndicat étudiant. Cette intervention des forces de l'ordre à la Sorbonne est très mal vécue par les étudiants qui se pensaient protégés par le statut universitaire.

Les étudiants réagissent aussitôt par des manifestations violentes contre les forces de l'ordre : jets de pavés, puis barricades. Ces manifestations reprennent ensuite à l'annonce de peines de prison pour les manifestants, pendant lesquelles commencent à fleurir les slogans libertaires.

Le président du SNE-Sup (syndicat des enseignants du supérieurs), Alain Geismar, décide de soutenir les manifestants. Les membres du Parti communiste et des organisations d'extrême gauche sont d'abord pris de court (la révolution est censée venir des ouvriers, et non des étudiants ; de plus, les revendications du mouvement du 22 mars leur paraissent « puériles » et « petit-bourgeoises » et surtout « gauchistes »). Après un moment de flottement, ils essayent toutefois de gagner les ouvriers à cette « révolte ». La CGT, pour sa part, ne les suit pas et son secrétaire général de l'époque, Georges Séguy, s'en explique devant les médias : « Cohn-Bendit qui est-ce ? Sans doute faites-vous allusion à ce mouvement lancé à grand renfort de publicité qui, à nos yeux, n'a pas d'autre objectif que d'entraîner la classe ouvrière dans des aventures en s'appuyant sur le mouvement des étudiants ». Mais la base de ces organisations traditionnelles de gauche dépasse leurs responsables.

Le 13 mai une immense manifestation traverse Paris. Le Syndicat CFDT parle d'un million de manifestants. La préfecture de police n'en concède même pas deux cent mille. La grève s'étend rapidement dans le courant du mois : c'est la première grève générale sauvage de l'Histoire. C'est aussi la première fois qu'une grève générale paralyse un pays parvenu au stade de la société de consommation. Le Parti communiste dénonce les manifestations étudiantes, où il voit une manipulation de l'extrême-gauche. Durant les affrontements du Quartier latin, un manifestant est tué d'un coup de couteau.

La population, face à la repression policière, a tendance à prendre fait et cause pour les étudiants, malgré les barricades et les destructions de dizaines de voitures et du mobilier urbain.

Le chef de l'État, le Général de Gaulle, en voyage officiel en Roumanie au début des événements, n'accorde initialement pas beaucoup d'attention à ces manifestations. Il laisse son Premier ministre Georges Pompidou s'en occuper. Celui-ci interrompt un autre voyage officiel à l'étranger pour faire face à la situation. Il exige que les forces de police quittent la Sorbonne, afin de calmer la situation. De Gaulle reste à l'écart en se réservant la possibilité d'intervenir si besoin. Cependant, au plus fort de la contestation, de Gaulle disparaît pendant plusieurs heures, à la surprise générale. Cela plonge la majorité dans un certain désarroi. Il va consulter le général Massu en Allemagne, dans l'hélicoptère qui devait le conduire pour la fin de semaine à sa résidence de Colombey, afin de s'assurer du soutien de l'armée.

Le Premier ministre Georges Pompidou propose de dissoudre l'Assemblée Nationale, pour organiser de nouvelles élections législatives. De Gaulle se range à cet avis et l'annonce par la radio dans un discours bref qui change brusquement la donne (voir Charles de Gaulle pour quelques extraits). Mais ces jours porteront en leur sein le germe d'un refroidissement des relations entre Georges Pompidou et le Général de Gaulle.

Le 30 mai est organisée une marche de soutien au gouvernement, menée par André Malraux et Michel Debré. Elle réunit trois cent mille manifestants selon la préfecture de police et un million selon les gaullistes.

En province

Dans les universités

Dans les lycées

Dans les entreprises

Dans les administrations

Dans les lieux de culture et d'animation

Conséquences de Mai 68

Au plan politique

Les accords de Grenelle

Une augmentation de 35 % du SMIC (qui venait de remplacer le SMIG) à 600 F par mois et de 10 % des salaires, la réduction du temps de travail, sont entre autre conclues lors des accords de Grenelle, suite à des négociations menées en particulier par le jeune haut fonctionnaire Jacques Chirac, et la reprise du travail s'effectue progressivement au début du mois de juin. La police et la gendarmerie évacuent au fur et à mesure les différents lieux occupés. Un policier (écrasé par un camion) et deux ouvriers meurent durant les affrontements du début du mois de juin.

Dissolution de l'Assemblée nationale le 30 mai 1968

Les élections législatives de juin 1968 voient la très large victoire des gaullistes. On s'est beaucoup interrogé sur ce retournement de la peur, tant les médias donnaient l'impression que la population penchait pour le mouvement étudiant. Au fond personne à gauche n'avait donné l'impression de maîtriser ce qui se passait et la solution paraissait être provisoirement en dehors du mouvement, dans la stabilité institutionnelle.

Référendum sur la régionalisation et le rôle du Sénat en avril 1969 et départ du Général de Gaulle

Le Général de Gaulle avait souhaité un référendum en mai 1968. Georges Pompidou avait plaidé et obtenu la dissolution de l'Assemblée nationale. De Gaulle ne renonce pas à son projet de référendum. Il perçoit que mai 1968 a mis en exergue un besoin de démocratie plus direct et plus proche du peuple. Il imagine de décentraliser certains lieux de décision et de refonder le Sénat en changeant profondément ses critères de recrutement. C'est l'objet de ce référendum. Il met tout son poids politique dans la balance en promettant de partir si les Français répondent « non ». Il perd ce référendum et part.

Au plan culturel, économique et social

Curieusement, si l'on en croit le magazine L'Expansion, le rythme annuel d'augmentation de la productivité « s'accrut » pendant les trois années qui suivirent Mai 68.

Les événements de mai 1968 marquent une division politique qui a des répercussions dans la société française. Par exemple, le schisme de l'université des sciences humaines de Lyon II. Actuellement, on situe parfois les personnalités politiques selon le « côté » des barricades où elles se situaient. Le qualificatif péjoratif de « gauchiste », créé par Lénine en 1920 (« La maladie infantile du communisme »), entre dans le langage courant.

L'une des principales influences de la révolution de mai 68 se situe au niveau socio-culturel, comme l'a reconnu François Mitterrand lors du 20e anniversaire de mai 68. D'une manière générale, on assiste à une désaffection des Français pour la sphère publique et politique et pour le militantisme en général. Ce sera sans doute le lit de la fin de la peur de la gauche au pouvoir en 1980. Mai 68 est le chant du cygne du conflit « droite-gauche » qui n'existera plus que pour les partis politiques et les campagnes électorales.

De nouvelles valeurs apparaissent. Elles sont notamment centrées autour de l'autonomie, la primauté de la réalisation personnelle, la créativité, la pluridisciplinarité et la valorisation de l'individu impliquant le refus des règles traditionnelles de la société et la remise en cause de l'autorité. La redéfinition de nouvelles règles se construit autour de l'idée d'auto-gestion et du communautarisme. Le concept d'auto-gestion sera concurrencé par celui de co-gestion qui sera cher à Edgar Faure dans sa réforme de l'enseignement qui suivra et d'une manière générale très en vogue dans les organisations politiques inquiètes de cette évolution jugée « anarchique ».

La libération sexuelle est l'un des grands thèmes de Mai 68, corrélativement à l'arrivée des contraceptifs modernes. Le féminisme aussi se développe, avec son mouvement le plus radical, le MLF, et joue un grand rôle dans l'implosion du militantisme traditionnel au profit de thèmes féministes comme l'autorisation de l'avortement, la remise en cause de la répartition des tâches dans le couple (« Qu'est-ce qui est plus long : faire cuire le steak d'un révolutionnaire ou celui d'un bourgeois ? »), la « naissance sans violence ».

Les chrétiens sont bouleversés par ces événements qu'ils perçoivent dans le sillage du Concile de Vatican II. L'encyclique Humanæ vitæ, publiée en juillet 1968, est surtout connue pour son refus de la contraception. La communauté œcuménique des Frères de Taizé devient l'un des pôles structurant de ce bouleversement. Au début des années 1970, quarante mille jeunes, venus certes du monde entier, mais beaucoup de France, se rassemblent autour d'eux chaque semaine de Pâques dans le petit village bourguignon de Taizé, qui compte d'ordinaire cinquante habitants. On crée des « communautés de base » dans le monde communiste, comme dans le monde occidental ou en Amérique latine, à l'image des premiers chrétiens. Ces extraits de textes de Taizé expriment remarquablement le bouleversement chrétien en écho aux événements de mai 68 : « le Christ ressuscité vient animer une fête au plus intime de l'homme », « Il va nous donner assez d'imagination et de courage pour devenir signe de contradiction ». Ce « signe de contradiction » deviendra ultérieurement « signe de réconciliation ». À cette époque s'amplifie également le mouvement des prêtres ouvriers et le mariage des prêtres. Surtout le nombre de pratiquants va suivre une décroissance considérable et traumatisante pour les responsables religieux.

La dénonciation des régimes communistes (l'Archipel du Goulag, le Cri des pierres) se confirme. Cette désillusion sur le communisme, juste après un engagement politique intense, notamment des maoïstes et de l'extrême gauche qui apparurent un temps parmi les jeunes comme une alternative plus authentique, débouchera sur un pessimisme généralisé dans les milieux de gauche, un auto-dénigrement systématique de tout ce qui a pu exister avant la Révolution de Mai.

Cette époque est soulignée par de « Nouveaux Philosophes » tels que Bernard-Henri Lévy. La dessinatrice humoriste Claire Bretécher a remarquablement illustré cet esprit avec sa publication hebdomadaire dans Le Nouvel Observateur intitulée « Les frustrés ». Yves Duteil chantera « L'important ce n'est pas ce qu'on fait qui compte, c'est l'histoire, la façon dont on la raconte… », suit une relecture de l'Histoire de France, et la mise en exergue de ses violences.

L'influence de Mai 68 est manifeste dans la pédagogie scolaire en France et tend actuellement à être remise en cause. Elle a aussi été à l'origine de la participation des élèves et des parents aux conseils de classe et de la redéfinition des réglements scolaires dans les établissements dès juin 1968. Dans le domaine économique et social, le conflit de la société des montres « Lip », à Besançon en 1973 sera une illustration très médiatisée de cette évolution. Enfin cette influence aura aussi des conséquences en 1973 dans des mouvements de remise en cause de l'armée et de la force de frappe nucléaire et d'une manière générale dans les mouvements écologiques (Brice Lalonde) et anti-militaristes (la luttre contre l'extension du camp militaire des jeunes paysans du Larzac, dont est issu José Bové, le courant de la Non-violence) et les fameuses ONG comme « Médecins Sans Frontières » (Bernard Kouchner), directement issus de la prise de conscience planétaire des mouvements de Mai 68. C'est aussi la période de la naissance de l'idée de « Halte à la croissance » (1972) titre d'une publication du Club de Rome fondé en 1968.

La fin des années 1970 a été appelée par certain « l'ère du vide ». L'élection de François Mitterrand en 1981, sur le thème très mai 68 « Changer la vie », apparut comme une flambée d'espoir ou une crise de panique catastrophique, selon les courants, dans cette évolution politique en France. Mais cette attitude désillusionnée sur la classe politique reprendra le dessus et est encore très présente de nos jours avec des prises de position critiques, mais une méfiance croissante vis-à-vis du militantisme politique.

D'une manière générale Mai 68 marque l'ouverture brutale de la culture française au dialogue social et médiatique, qui s'infiltrera dans tous les rouages de la société et de l'intimité familiale, et une étape importante de prise de conscience de la mondialisation de la société moderne (après les guerres «mondiales») et de la remise en cause du modèle occidental de la « société de consommation ».

Quelques slogans

En réponse à la violente répression, des affiches sérigraphiées disent :

Un slogan mérite une place spéciale : « Il est interdit d'interdire », au départ simple boutade lancée par le fantaisiste Jean Yanne, et qui sera ensuite reprise au premier degré, ce dont il se montrera surpris... et amusé.

Bibliographie

Films

Chansons

Voir aussi

Liens externes

See also: Mai 1968, 13 mai, 1965, 1966, 1967, 1968, 1968 en aéronautique, 1968 en musique