Malgache

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Le malgache (Malagasy) est la manifestation officielle du merina, langue parlée à Madagascar. Celle-ci représente la plus occidentale de la branche malayo-polynésienne des langues austronésiennes ou nusantariennes. Plus précisément, elle se rattache aux langues du centre de l'Indonésie et des Philippines. Ses plus proches parentes sont les langues de la branche orientale du sous-groupe dit du Barito, comprenant notamment le ma'anyan, le samihim, le dusun deyah, etc. Ce qui permet de penser que son habitat d'origine est l'actuelle région de Banjarmasin d'où elle disparut il y a à peine quelques siècles, remplacée par le malais.

A Madagascar même, le merina fait partie d'un ensemble linguistique comprenant une vingtaine (ou davantage!) de « variantes » locales, qualifiées habituellement de « dialectes ». En fait, les divergences entre certaines langues côtières, comme par exemple le sakalava avec l'antambahoaka peuvent représenter jusqu'à la moitié du vocabulaire courant, ce qui ne permet pratiquement plus l'intercommunication. Par rapport au merina, les « dialectes » les plus proches sont le betsileo et le sihanaka (à peu près les 90 % du vocabulaire de base traditionnel). Les plus dissemblables sont les langues de l'extrême-sud de l'île comme l'antandroy et certains dialectes sakalava avec lesquelles le merina ne partage qu'environ 60 % de son vocabulaire de base.

Sur le plan lexical, plus de 90 % du vocabulaire traditionnel de la langue merina dont on peut identifier la filiation remontent à des origines austronésiennes. Le reste est d'origine bantou, arabo-swahili ou sanskrite. Et encore, ces derniers mots, totalisant pour chaque groupe quelques dizaines d'éléments à peine, sont en général cantonnés à des domaines d'activités particuliers. Ainsi les mots d'origine bantou se retrouvent surtout dans le domaine de l'élevage (tels que omby, ondry, akoho) et ceux arabo-swahili celui de certains objets commerciaux, du calendrier et de la divination (alahady, adaoro, sikidy, etc.). Les plus anciens emprunts semblent ceux d'origine sanskrite (tsara, soa, sahaza, sandry, sisa, hetsy), remontant vraisemblablement au voisinage avec les navigateurs malais au cours du premier millénaire. Ce sont en effet les peuples malayophones qui, en Asie du Sud-Est ont été les premiers à subir l'influence des cultures indiennes.

L'écriture moderne de la langue merina en alphabet latin fut fixée par décret le 26 mars 1823, à la suite d'une concertation entre le roi Radama 1er et les missionnaires britanniques qui venaient d'introduire l'imprimerie dans le royaume. Le principe retenu fut alors que les consonnes devaient s'écrire comme en anglais et les voyelles comme dans les langues latines. Auparavant, quelques lettrés du royaume utilisaient déjà l'alphabet arabe (sora-be ou 'écriture de grosse taille') développé dans le sud-est de l'île. Il est cependant vraisemblable que, plus anciennement, comme en témoigne encore une inscription de Sumatra remontant au VIIe siècle, l'ancêtre de la langue merina s'écrivait comme le vieux malais avec un alphabet de type indien, disparu ensuite.

Depuis le XIXe siècle, la langue merina a emprunté un nombre considérable de mots aux langues européennes, en particulier l'anglais et le français.

Dans l'aspect actuel de l'orthographe, qui comporte 22 lettres (sans le c, le q, le w et le x, par rapport au français), le ‘o’ se prononce comme un ‘ou’ (encore que dans certaines régions, notamment dans les campagnes, il peut aussi se prononcer comme un véritable ‘o’ !). En revanche, la diphtongue ‘ao’ tend à se prononcer comme un simple ‘o’. Le ‘i’ se trouvant à la fin de chaque mot s’écrit toujours par ‘y’. Le ‘e’ est accentué comme un ‘é’. Pour les consonnes, le ‘tr’ et le ‘dr’ représentent des alvéolaires affriquées, proches du ‘tram’ et du ‘dream’ de l'anglais, avec davantage d'insistance sur le ‘r’. Ce ‘r’ est toujours roulé comme en italien. Le ‘g’ se prononce comme dans ‘gare’, le ‘s’, qui n’est jamais prononcé comme un ‘z’, est légèrement chuinté. Le ‘ts’ se prononce comme dans ‘tsigane’.

Les mots sont en général accentués sur l'avant-dernière syllabe, à moins que celui-ci ne se termine en '-ka', '-tra', ou '-na', auquel cas il est accentué sur l'antépénultième. Les voyelles inaccentuées se trouvant à la fin de chaque mot sont ainsi à peine prononcées.

Sommaire

Le merina, langue malayo-polynésienne

Exemples de vocabulaires de base entre le merina et d’autres langues malayo-polynésiennes </p>
Français Merina (Madagascar) Ma’anyan (Indonésie) Malais (Indonésie) Vieux Javanais (Indonésie) Cebuano (Philippines) Futuna (Polynésie) *Proto-malayo-polynésien
Un isa, irai isa, erai satu -sa, tunggal usa tasi esa, isa
Deux roa rueh dua rwa, ro duha rua duha
Trois telo telu tiga telu tulo tolu, toru telu
Je, ma (iz)aho, -ko aku, -ku aku, -ku ako, -ko ako, -ko- au, avau, -ku i-aku
Tu, toi, ta ianao, -nao hanyu, -nyu engkau, -kau ko, ngko, kowe ikaw, -kaw akoe, kee i-kahu
Il, lui izi, -ni hanye, -nye ia, dia, -nya sira siya o-ia, ia si-ia
Ciel lanitra langit langit langit langit rangi langit
Lune, mois volana wulan bulan wulan bulan mirama bulan
Soleil masoandro mateandrau matahari ari adlaw la ha(n)daw
Jour andro andrau hari dina adlaw ao, aso qalejaw
Nuit alina (ka)malem malam wengi gabi’i bo, poo’uli bengi
Année taona taun tahun tahun tu'ig tau taqun
Terre tany tane tanah tanah yuta kere, kele tanaq, taneq
Eau, (lac) rano, (farihi) ranu, (danaw) air, (danau) wway, (ranu) tubig, (lanaw) wvai, (namo) danum (wai)
Pluie orana uran hujan udan ulan ua quzan
Pierre vato watu batu watu bato fatu batu
Feu afo apuy api apuy kalayo afi hapuy
Bois, forêt hazo, -kazo, ala kakaw, jumpun kayu, hutan alas lasang la’au, 'ara kayuh, alas
Feuille ravina rawen daun ron dahon rau, lau dahun
Fruit voa wua buah wwah bunga fua buaq
Corde tady tadi tali tali pisi taula, vava talih
Oiseau vorona wurung burung manuk langgam manu manuk
Nom anarana ngaran (nama) ngaran jeneng ngalan ingoa ngayan
Humain olona ulun orang, (ulun) uwong tawo tangata tau
Homme (lehi)lahi upu lakilaki lanang lalaki tane laki
Femme (vehi)vavi wawey perempuan wadon, wedok babaye fafine bahi
Enfant (z)anaka, zaza ia anak anak bata tama anak
Tête loha ulu' kepala, (hulu) hulu ulo uru, ulu qulu
Poil, cheveux volo wulu rambut rambut buhok fulu, furu buhek
Peau hoditra kudit kulit kulit panit kili, kiri kulit
Maison trano, (levo), vala lewu rumah, balai omah, bale balay fare humaq, balay
Toiture tafo hapau atap atep atup ato, inaki qatep
Chemin lalana lalan jalan dalan dalan ala, retu zalan
Manger (mi)hinana, humana kuman makan mangan mokaon kai, omaki kaen
Boire misotro, (minona) ngo’ot minum ngombe moinum inu inum
Cuire (ma)handru nandruk memasak masak (mag)luto hkavi tanek, zakan
Griller (mi)tono nutung bakar tunu sunugon tungia, tutu tunu
Dormir (ma)tori, mandri mandre tidur turu (ma)tulog moe, moerua tidu(r)
Vivre, vivant velona belum hidup urip mabuhi mouri ma-hudip
Mourir mati matey mati mati mamatay mate matay
Tuer mamono manuh membunuh mateni mopatay jiaka mate bunuq
Chaud (ma)fana malaing panas mapanas init, alimuot mafana ma-panas
Blanc fotsi mahilak putih putih, petak buti hkengo, tea ma-putiq
Noir mainti maintem hitam ireng itum uli, uri ma-qitem
Nouveau vao wa’u baru anyar bago fou ma-baqu
Ceci, cela iti, ini, iri iti, iru ini, itu iki, iku kini, kana tenei, tena i-ni, i-na

Remarques:
a) Ces exemples sont donnés à titre indicatif et nécessitent des investigations plus poussées au niveau de chaque langue pour un usage vraiment scientifique.
b) Pour la transcription de la langue merina, afin d’en faciliter la lecture, nous avons remplacé le “o” d’usage avec le “u” de la prononciation; de même, nous avons remplacé le “y” final qui ne répond à aucune nécessité phonétique avec un simple “i”. Il convient également de se souvenir qu'en raison de l'accentuation sur l'avant-dernière syllabe, la prononciation de la voyelle finale du merina est le plus souvent très faible, voire inaudible.
c) Il reste malgré tout que l’orthographe utilisée pour chaque langue est globalement ici celle de l’usage courant qui ne reflète pas toujours la véritable prononciation, d’un point de vue phonétique.
d) Nous avons mis entre parenthèse toutes manifestations particulières, indiquant, soit un affixe, soit une forme anciennement attestée, soit un terme dont le sens est voisin mais non identique à l’entrée indiquée, soit enfin un emprunt qui n'a rien à voir avec le terme propre à la langue.
e) Le “vieux javanais” correspond ici aux manifestations anciennes de la langue, révélées par les manuscrits anciens jusqu’au XIXe siècle. Les formes modernes sont parfois un peu différentes.
f) Le proto-malayo-polynésien correspond à une reconstitution hypothétique (*) obtenue en comparant les différentes langues intégrées dans cette subdivision, à l’exclusion des langues plus archaïques du niveau “austronésien” comme celles du nord de Taïwan-Formose. L’écriture est ici plus phonétique (le ‘q’ correspondant par exemple au “coup de glotte”) mais sans être vraiment homogénéisée.

Indications bibliographiques:
Darrell T. Tryon, ed.
- Comparative Austronesian Dictionary. An Introduction to Austronesian Studies. Berlin: Mouton de Gruyter, 1995.
Otto Christian Dahl
- Malgache et Maanjan. Une comparaison linguistique. Oslo: Egede Instituttet, 1951
- « La subdivision du Barito et la place du malgache », Acta Orientalia, 38, 1977, pp. 77-134.

Langues et dialectes à Madagascar

On sait qu'il est parfois difficile de faire une distinction nette entre les réalités que l'on qualifie de « langues » ou de « dialectes » à l'intérieur d'une famille linguistique donnée. Et en définitive, les réponses dénotent souvent d'un choix subjectif, déterminé par des critères extra-linguistiques, à savoir le statut administratif ou des supposés idéologiques. C'est par exemple ce qui permet d'établir une distinction entre la « langue » portugaise et la « langue » espagnole, ou même, pour prendre un cas extrême, le serbe et le croate, alors qu'ailleurs, entre le « cantonnais » et le « mandarin » de Chine, où l'intercommunication est impossible, certains n'hésitent pas à parler de « dialecte »...

A Madagascar, la perception est donc faussée par l'unité administrative et le qualificatif commun de « langue malgache ». Et d'autant plus qu'en dépit de quelques travaux pionniers, l'étude comparative entre les manifestations linguistiques régionales est encore embryonnaire. Dans la plupart des cas même, ce sont les données qui font défaut. Au point que nul ne sait exactement combien de variantes linguistiques pertinentes existent à Madagascar. Au début du XXe siècle, dans une thèse remarquable, Gabriel Ferrand en avait relevé plus de trente. De nos jours, à la suite des autorités administratives coloniales, on se contente de parler de 18 « tribus ». Mais d'ores et déjà, on sait que les appellations comme betsimisaraka, sakalava ou même tandroy ne recouvrent en réalité aucune unité linguistique.

Dans l'état actuel de nos connaissances, ce dont on peut être sûr est que toutes les manifestations linguistiques de Madagascar remontent à une seule et même origine indonésienne. Les locuteurs eux-mêmes ont cependant des origines diverses et, comme la formation de chaque groupe ethno-linguistique peut remonter à plusieurs siècles (et même sans doute, plus d'un millénaire pour certains!), avec ensuite un isolement relatif dans un vaste espace, il est parfaitement normal que bien des différences soient apparues. Dans d'autres parties du monde, des populations de même origine, habitant dans un espace restreint, pratiquant des langues héritant de vieilles traditions écrites mais séparées par des limites d'ordre administratif n'arrivent plus à communiquer avec aisance au bout de quelques siècles.

Et de fait, il est facile de constater qu'un mérinophone ne manque de rencontrer d'importantes difficultés de compréhension lorsqu'il tente de suivre une conversation entre deux antandroy ou deux sakalava.

De manière très schématique, il semblerait ainsi que l'on pourrait répartir les manifestations linguistiques de Madagascar en deux grands ensembles, en partant des différences phonétiques. Le premier regroupe les « langues » ou « dialectes » du littoral occidental et méridional, et le second ceux du centre et de la bande orientale. Entre les deux cependant, bien des signes indiquent des interpénétrations, révélant des contacts ou des déplacements ultérieurs de populations, ce que confirment parfois les traditions historiques.

Cela étant dit, on manque encore de données pour déterminer l'importance des différences syntaxiques et dans quel ordre de répartition.

Une comparaison du vocabulaire de base à partir d'une adaptation de la liste de Maurice Swadesh permet d'obtenir le tableau suivant:

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(Adapté de VERIN, Pierre; KOTTAK, Conrad P. & GORLIN, Peter – “The Glottochronology of Malagasy Speech Communities”, Oceanic Linguistics, VIII, 1, 1969, p. 58)

Bibliographie complémentaire:
Dez, Jacques
- « Aperçus pour une dialectologie de la langue malgache », Bulletin de Madagascar, 1963, n°204, pp.441-451; n°205, pp.507-520; n°206, pp.581-607; n°210, pp.973-994.
Ferrand, Gabriel
- Essai de phonétique comparée du malais et des dialectes malgaches. Paris: Geuthner, 1909.

Liens

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Wikipédia en malgache.

liens internes

Liens externes

See also: Malgache, Bantou, Betsileo, Betsimisaraka, Chine, Dictionnaire des langues