Maurice Papon
Maurice Papon, né le 3 septembre 1910 à Gretz-Armainvilliers (Seine-et-Marne) est un homme politique et haut-fonctionnaire français, condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l'humanité, pour des actes commis en tant que fonctionnaire du régime de Vichy.
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Biographie
Après des études secondaires au lycée Montaigne et au lycée Louis-le-Grand à Paris, il fait des études de droit et de lettres et entre dans l'administration publique à l'âge de 21 ans, au ministère de l'air. Il passe ensuite d'autres diplômes de droit et d'économie politique. Il est nommé en 1935 rédacteur au ministère de l'intérieur.
Alors qu'il se situait plutôt à gauche avant la guerre (il avait soutenu notamment le Front populaire), il adopte en 1940 les idées de la « Révolution nationale » du Maréchal Pétain.
Sous le régime de Vichy
Il est nommé en 1942 secrétaire général de la préfecture de la Gironde, à Bordeaux, en zone occupée. Bras droit du préfet, il est chargé plus particulièrement des questions de police et des affaires juives (Service des questions juives). Jusqu'en mai 1944, ses services recenseront les Juifs dans les hôpitaux, les sanatoriums et les maisons de retraite et organiseront, à la demande des Allemands, l'arrestation et la déportation des Juifs de la région bordelaise vers le camp de Drancy.
Haut fonctionnaire de l'après guerre
À la Libération, Maurice Papon fournit un certificat de résistance, datée du 25 octobre 1944 et signée du colonel Ollivier, qui indique qu'il aurait appartenu au réseau Jade-Amicol à compter du 1er janvier 1943. Son authenticité à été fortement remise en question ces dernières années, il avait déjà été rejeté en 1952 par la commission des anciens combattants du département de la Seine.
Toujours est-il qu'après la guerre, compte tenu des services rendus à la Résistance, Maurice Papon a été confirmé dans ses fonctions par le Général de Gaulle et n'a pas été inquiété par la commission d'épuration. D'abord nommé préfet des Landes, il réintègre le ministère de l'intérieur en octobre 1945.
Il poursuit alors une carrière de haut fonctionnaire. Il est nommé préfet de Corse en 1947, puis préfet de Constantine (Algérie) en 1949. Il est fait chevalier de la Légion d'honneur en 1948. En 1951 il devient secrétaire général de la préfecture de police de Paris. En 1954 il part pour le Maroc comme secrétaire général du protectorat, où il aide à réprimer les nationalistes marocains. Il est nommé officier de la Légion d'honneur. En 1956 il retourne à Constantine pendant les troubles algériens.
En 1958, Maurice Papon est nommé préfet de police de Paris. Il obtient à cette époque la carte de combattant volontaire de la Résistance qui reconnaît sa participation à la Résistance.
Préfet de police
Le 17 octobre 1961, à Paris, les forces de police placées sous son autorité répriment très brutalement une marche de paix organisée (voir le massacre du 17 octobre) par le FLN algérien : un grand nombre de civils algériens trouvent la mort. L'historien Jean-Luc Einaudi a écrit que les massacres et tabassages de manifestants algériens (plusieurs centaines de victimes, semble-t-il, pour beaucoup retrouvés dans la Seine) avaient été commis « sous les ordres » du préfet de police Maurice Papon. Bien que le nombre de victimes soit inconnu, les historiens s'accordent généralement sur le chiffre de 200 morts.
En 1966, à la suite de l'affaire Ben Barka, chef de l'opposition marocaine, enlevé à Paris ayant conduit à soupçonner des complicités dans la police, Papon est remplacé. Il est nommé en 1967 président de Sud-Aviation.
Député, puis Ministre de la République
En 1968 il est élu député gaulliste du Cher. En 1972 il devient président de la commission des finances de l'Assemblée nationale. Il est réélu député en 1973.
De 1978 à 1981, il est ministre du budget dans le deuxième et troisième gouvernements de Raymond Barre.
L'affaire Papon
Le 6 mai 1981, le journal Le Canard enchaîné publie un article de Nicolas Brimo révélant le rôle de Maurice Papon dans la déportation des Juifs bordelais. On y trouve deux documents datés l'un de février 1943, l'autre de mars 1944 et signés de la main de Maurice Papon, alors secrétaire général de la préfecture de Gironde. Ces pièces, communiquées par Michel Slitinsky, prouvaient la responsabilité du haut fonctionnaire dans la déportation de juifs en direction de l'Allemagne.
L'affaire déclenchée quatre jours avant le scrutin présidentiel ne put apparaître que comme une opération politique. Elle touchait un ancien préfet, député RPR du Cher, ministre du Budget du gouvernement de Raymond Barre.
Le 15 décembre 1981 un jury d'honneur composé d'anciens résistants déclare que Maurice Papon est bien un ancien résistant. Jean Pierre-Bloch, le dernier survivant du jury, s'est rétracté en 1998 en indiquant que «Pour moi, Papon n’a jamais été résistant. S’il l’a été, c’est de manière bien clandestine.» Il a alors indiqué que la décision du jury avait été principalement motivée par la caution morale de deux de ses membres: Jacques Soustelle et Maurice Bourgès-Maunoury.
Complice de crimes contre l'humanité
Ce n'est qu'en 1997 que débute son procès, après 17 années de batailles juridiques.
Il a été condamné à 10 ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l'humanité en 1998.
Son procès constitue la plus longue des batailles juridiques françaises. Il est porteur de significations différentes pour les français ; pour certains, il représentait une dernière chance de confrontation du peuple français avec son passé collaborationiste. Par son arrogance, son mépris, son refus à exprimer des regrets pendant et depuis son procès, Maurice Papon a cristallisé les sentiments de haine de beaucoup, bien au-delà des victimes elles-mêmes.
Papon a été jugé coupable d'avoir ordonné l'arrestation de 1560 juifs, dont des enfants et des personnes âgées, entre 1942 et 1944. La plupart des victimes ont été déportées à Auschwitz.
Une des questions principales du procès était de déterminer dans quelle mesure un individu doit être tenu responsable lorsqu'il fait partie d'une chaîne de responsabilités. Le procureur général a requis une peine de 20 ans de réclusion criminelle, alors que la réclusion criminelle à perpétuité était encourue.
Maurice Papon fut finalement emprisonné en 1999, puis remis en liberté le 18 septembre 2002, seulement 3 ans plus tard, en raison de son état de santé.
Cette remise en liberté a toutefois été très critiquée. Elle a été rendue possible par une nouvelle loi française (du 4 mars 2002) qui prévoit que les prisonniers peuvent être libérés s'ils souffrent d'une maladie incurable ou si leur incarcération met en danger leur santé. Papon est le deuxième français à bénéficier de cette loi, alors que 27 octogénaires français sont entrés en prison en 2001. La libération de Maurice Papon a été approuvée par l'ancien garde des Sceaux et ancien président du Conseil constitutionnel, Robert Badinter.
Dans un arrêt du 12 avril 2002, le Conseil d'État, considérant que les faits pour lesquels Maurice Papon a été condamné résultent à la fois d'une faute personnelle et d'une faute de service, c'est-à-dire de l'administration, a condamné l'État à payer la moitié des dommages que la Cour d'assises de la Gironde avait attribué aux parties civiles.
Voir aussi
- Klaus Barbie
- Paul Touvier
- Serge Klarsfeld
