Mein Kampf
roa-rup:Mein Kampf simple:Mein Kampf Mein Kampf (Mon combat) est un livre rédigé par Adolf Hitler entre 1923 et 1924 pendant sa détention à la prison de Landsberg am Lech, détention consécutive à un coup d'état manqué.
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Un best-seller tardif
Le premier volume fut publié le 18 juillet 1925, le second le 11 décembre 1926. À sa parution, le livre (qui coûtait le prix élevé de douze Reichsmarks) ne connut qu'un succès modeste : jusqu'en 1929 seuls 23 000 exemplaires du premier volume et 13 000 du second furent vendus. Après 1930, le tirage augmenta fortement : jusqu'en 1935, il s'en vendra 1,5 million exemplaires. À partir de 1936, il devint le cadeau de mariage de l'État aux couple allemands. Ian Kershaw estime le tirage à environ 10 millions d'exemplaires en allemands jusqu'en 1945, auxquels s'ajoutent les traductions en seize langues étrangères. Les revenus littéraires d'Hitler lui permirent cependant de renoncer à son traitement de Chancelier en 1933. Ce que la propagande ne manqua pas d'exploiter.
Rédaction
Le texte originel a été remanié à plusieurs reprises par l'entourage d'Hitler pour lui donner une forme plus cohérente et (un peu) plus lisible. C'est tout à la fois un document autobiographique (mais pas toujours très exact), le récit de la naissance et du premier développement du parti national-socialiste, et un essai et manifeste politique qui énonce les bases du programme que son auteur appliquera quelques années plus tard quand il sera parvenu à la tête de l'État allemand. Mein Kampf veut expliquer l'aversion de son auteur vis-à-vis des Juifs, des Roms, des Slaves, des homosexuels, des Tziganes, etc.
Il annonce sans ambiguïté le programme du parti nazi, fondé notamment sur la volonté de réunification des territoires à population germanique (le pangermanisme) ainsi que la nécessité de s'assurer, en Europe de l'Est, un « espace vital » allemand, (le Lebensraum). Il comporte des menaces précises, qui firent écrire à son sujet au maréchal Lyautey : Tout Français doit lire ce livre.
Selon Adolf Hitler:
- La cartographie de l'Europe issue du Traité de Versailles est inacceptable, car elle a pour conséquence immédiate l'éclatement des peuples de culture allemande.
- L'Autriche et les minorités allemandes de Tchécoslovaquie et de Pologne doivent être réunies à l'Allemagne dans un seul espace, le grand Reich.
- Pour assurer l'épanouissement du peuple allemand réunifié, il préconise la voie des chevaliers teutoniques : « conquérir par l'épée allemande le sol où la charrue allemande devrait pousser le blé pour la pain quotidien de la nation».
- Pour cela, il faut réarmer le pays et atteindre l'autosuffisance économique par une série de conquêtes territoriales.
- Le nouvel essor de la nation allemande doit se faire notamment au détriment des territoires russes, des pays de l'Europe centrale et danubienne, mais aussi à l'ouest, au détriment de la France qu'il considère comme « inexorable et mortelle ennemie du peuple allemand ».
Plan et résumé de l'ouvrage
Préface de l'auteur
Tome premier
Bilan
- La Maison familiale: les années d'enfance d'hitler où il raconte ses premiers émois pan-germanistes et son refus obstiné (contre l'avis de son père) de devenir fonctionnaire, il rêve plutôt à une carrière de peintre. Le chapitre se termine avec la mort de son père et de sa mère et son départ pour Vienne.
- Années d'études et de souffrance à Vienne: Cinq Années difficiles à Vienne où il vit de petits boulots et de son métier de peintre. Premières rencontres avec le syndicalisme et le national socialisme.
- Considérations politiques générales touchant mon séjour à Vienne
- Munich
- La guerre mondiale
- Propagande de guerre
- La Révolution
- Le commencement de mon activité politique
- Le parti ouvrier allemand
- Les causes de la débâcle
- Le peuple et la race
- La première phase du développement du parti ouvrier allemand national-socialiste
Tome deux
Le mouvement national-socialiste
- Opinion philosophique et parti
- L'État
- Sujets de l'État et citoyens
- La personnalité et la conception raciste de l'État
- Conception philosophique et organisation
- Lutte des premiers temps - L'importance de la parole
- La lutte contre le front rouge
- Le fort est plus fort quand il reste seul
- Considérations sur le sens et l'organisation des sections d'assaut (SA)
- Le fédéralisme n'est qu'un masque
- Propagande et organisation
- La question corporative
- La politique allemande des alliances après la guerre
- Orientation vers l'Est ou politique de l'Est
- Le droit de légitime défense
Conclusion
L'édition française
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En 1934, les Nouvelles Éditions Latines — toutes nouvelles de fait, puisqu'elles ont été fondées en 1928 par Fernand Sorlot — publient Mein Kampf 1 en français. L'ouvrage est ramené à un seul volume de 688 pages ; il est sous-titré Mon Combat. En exergue ceci :
Dans l'avertissement des éditeurs Sorlot souligne que « [ce] livre a eu sur l'orientation soudaine de tout un peuple une influence telle, qu'il faut, pour en trouver l'analogue, remonter au Coran. »
Hitler ayant « obstinément refusé de laisser publier en français [… nous] avons pensé qu'il était de l'intérêt national de passer outre à ce refus, quelles que puissent être pour nous-mêmes et pour la jeune maison que nous avons fondée les conséquences de notre initiative. »
Il objecte encore :
- « Les paroles et les écrits publics d'un homme public appartiennent au public. »
Indiquant qu'Hitler considère la France comme le principal obstacle à ses visées il le cite :
- « Ces résultats ne seront atteints ni par des prières au Seigneur, ni par des discours, ni par des négociations à Genève. Ils doivent l'être par une guerre sanglante. »
Il faut cependant remarquer qu'à aucun moment l'éditeur ne semble s'inquiéter des menaces très lourdes que laisse deviner le livre sur les Juifs et les autres populations qui feront l'objet de la solution finale. La France anti-dreyfusarde est encore bien vivante.
La traduction elle-même est intégrale et plutôt neutre, sans notes ni commentaires. Le Tribunal de commerce de Paris la fera interdire à la vente la même année à la demande de l'éditeur allemand de Mein Kampf. Il se peut que cette interdiction eut des effets catastrophiques sur la préparation des français à ce qui allait suivre mais le cas de Sorlot est déroutant : après la guerre il fut condamné à vingt ans d’indignité nationale pour avoir publié sous l’Occupation les Appels aux Français du maréchal Pétain et d'autres ouvrages collaborationnistes. Il eut encore à son actif la publication d'ouvrages antisémites ou négationnistes et d'auteurs très controversés comme Paul Rassinier.
Détail piquant, au dos du frontispice on peut lire :
En 1938 une traduction est autorisée aux Éditions Fayard 2. Elle est allégée, expurgée, voire carrément falsifiée. Une phrase comme : « […] la France nation impérialiste est l’ennemi mortel de l’Allemagne […] » y devient : « La frontière entre l’Allemagne et la France est définitivement fixée. Les peuples français et allemands égaux en droit ne doivent plus se considérer comme ennemis héréditaires mais se respecter réciproquement. »
1. Adolf HITLER : Mein Kampf — Mon Combat. Nouvelles Éditions Latines, Paris, 1934. In -8. 688 pp,
2. Adolf HITLER : Ma Doctrine. Arthème Fayard, Paris, 1938. In -8. 344 pp.
Quelques points significatifs du livre
Les points suivants sont tous traités dans le livre, mais pas nécessairement dans le même ordre.
- Né près de la frontière entre Autriche et Allemagne, Hitler y voit un signe du destin qu'il doit réunifier tous les peuples de langue germanique, comme Bismarck avait créé en son temps l'Allemagne par le fer et par le feu.
- Après sa démobilisation en 1918, il découvre que « presque tous les fonctionnaires étaient juifs, et tout juif fonctionnaire ». Pensant à tous ses camarades soldats morts il se dit dès ce moment que la défaite est due au seul arrière de Berlin, qui s'est peu soucié des sacrifices héroïques des soldats du front et a offert sa capitulation par souci de simple confort.
- Sur le seul plan organisationnel, il ne cache pas son intérêt pour l'Église catholique d'une part, et pour la religion juive d'autre part, institutions qui ont largement dépassé les mille ans d'existence.
- Hitler marque une admiration technique particulière pour la façon dont la hiérarchie catholique maintient sa domination sur les fidèles : en niant systématiquement les données de la science qui la contredisent, et en imposant somme toute, dirait-on aujourd'hui, sa propre réalité. Le docteur Goebbels retiendra cette leçon.
- En revanche, il dénonce la vision chrétienne du monde comme pernicieuse et propre à affaiblir les qualités germaniques.
- Il développe sa théorie de la chute des civilisations antérieures : la domination se traduit par l'extension territoriale, qui aboutit au métissage, qui à terme se traduit par une « dégénérescence de la race initiale », puis la décadence.
- Il y développe aussi sa vision du racisme : d'après lui, les peuples « inférieurs » ne peuvent espérer survivre qu'en se métissant avec les peuples « supérieurs », en ont l'obsession, et parviennent à leurs fins quand ces derniers sont totalement métissés, et ne constituent plus un danger pour eux. C'est selon lui ce qui commence à se produire en Europe, y compris en Allemagne. C'est là une idée qui a pu être trouvée par exemple chez Gobineau.
- Il raconte la nuit où « la vérité se fit jour dans [son] esprit » et où il « [comprit] en pleurant jusqu'au matin que le peuple juif travaillait délibérément à la ruine de l'Europe, et de l'Allemagne en particulier » .
- Il annonce sa position sur les rapports relatifs du parti et de la propagande : plus la propagande est efficace et moins il y aura besoin d'avoir de membres dans le parti, ceux-ci étant du même coup à la fois plus sûrs et plus faciles aussi à surveiller.
- Selon son livre,
- les individus handicapés doivent être éliminés (eugénisme actif et non passif)
- les peuples « inférieurs » doivent être asservis aux peuples « supérieurs » (dont le peuple allemand)
- tout peuple « supérieur » autre que le peuple allemand, s'il en existe, doit lui aussi être éliminé sans délai, car il constitue un danger. Le métissage serait une autre façon de neutraliser leur danger à terme, mais ce serait au prix d'une perte d'identité de la « race ». Il faut interdire le métissage et il faut que le peuple menacé élimine l'autre (Note : la shoah prend à cette lumière une signification toute différente).
- La France est désignée comme un ennemi à abattre pour ses manœuvres anti-allemandes. Dans le même paragraphe, Hitler précise : « Si j'étais Français, j'agirais d'ailleurs exactement de la même façon qu'eux ; mais je suis Allemand ».
- Autre citation : « Notre objectif primordial est d’écraser la France. Il faut rassembler d’abord toute notre énergie contre ce peuple qui nous hait. Dans l’anéantissement de la France, l’Allemagne voit le moyen de donner à notre peuple sur un autre théâtre toute l’extension dont il est capable ».
- L'ancien candidat à l'École des Beaux-Arts se réveille aussi en lui et affirme que de deux choses l'une :
- si les impressionnistes voient vraiment la forêt violette, ils sont malades et il faut les hospitaliser.
- s'ils peignent des choses qu'ils savent être fausses, ce sont des escrocs et il faut les enfermer !
La lecture de ce livre confirme le propos énoncé par E.M. Forster : la Première Guerre mondiale constituait un conflit d'intérêt de peuples qui partageaient tout de même - en tout cas en Europe - les mêmes valeurs. La seconde est d'une toute autre nature et constitue un conflit de valeurs, voire de civilisations.
Statut juridique de nos jours
Dans plusieurs pays (dont l'Allemagne), le livre est interdit à la vente, pour cause « d'incitation à la haine raciale ».
Toutefois, il fait partie des objets et des livres qui animent régulièrement la chronique en étant disponibles plus ou moins facilement sur Internet (y compris dans de grandes enseignes de vente sur Internet).
Cette situation est à l'origine de débats qui opposent droit d'expression et lutte contre le racisme (ici, sous ses formes les plus violentes). Mais cacher aux gens comment leurs aînés ont pu se faire manipuler est-ce vraiment lutter contre le racisme, et ne dit-on pas au contraire que qui ne veut pas apprendre l'histoire s'expose au danger de la revivre ? La question reste ouverte.
La France a adopté une attitude qui semble plus sereine : en toute rigueur, le livre aurait pu y être interdit à la vente en raison des lois interdisant l'incitation à la haine raciale ; mais l'argument selon lequel pouvoir analyser de façon critique le passé est le moyen le plus sûr de l'empêcher de revenir fut entendu. La Cour d'appel de Versailles a tranché le débat en adoptant la position suivante : compte-tenu de son intérêt historique et documentaire, le livre reste autorisé à la vente, mais doit obligatoirement comporter en tête d'ouvrage les attendus de ce même jugement expliquant les raisons de cette autorisation. Ainsi l'ouvrage prend un sens différent et devient un enseignement sur ce qui a pu manipuler les foules allemandes des années 30 - et une mise en garde sur les procédés rhétoriques qui pourraient nous manipuler demain si nous ne sommes pas vigilants.
- Voir aussi Signalétique d'avertissement
