Métis

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La notion de métis désigne le mélange de deux éléments distincts. À partir du XIIIe siècle, il désigne le croisement de deux espèces animales ou végétales différentes (un mestis). Au XVIe siècle, la notion est étendue à l'espèce humaine et désigne alors une personne née de parents appartenant à des populations présentant des différences phénotypiques importantes (comme la pigmentation de la peau). Ce terme fut notamment utilisé pour designer les nombreux descendants de parents européens et indigènes issus de la colonisation. Enfin, on parle de métis pour des tissus (ex. toile métisse), des métaux (ex. fer métis), des mots, etc. issus du mélange de deux éléments distincts.

Sommaire

Le métissage dans le monde

Le phénomène de métissage apparaît dans toutes les sociétés qui ne sont pas géographiquement isolées des autres, mais il peut avoir une ampleur différente selon les époques et les circonstances historiques. Quand le sud de l'Espagne était sous domination maure, par exemple, le métissage des peuples espagnols, maures, et juifs était relativement courant. Le Brésil est aujourd'hui un pays dont la population résulte d'un métissage entre les Amérindiens, les Noirs et les Blancs, et même si l'on peut trouver des communautés formées selon l'origine, le métissage y est considéré comme une valeur nationale, comme un emblème du pays, de la même façon que la musique latine est la résultante des influences africaines, européennes et indigènes. L'Amérique du Nord et l'Europe de l'Ouest sont d'autres zones de peuplement humain où le métissage a une influence non négligeable. À l'inverse, les mariages mixtes, que ce soit entre des groupes nationaux, ethniques, religieux ou raciaux différents peuvent être découragés par la pression sociale, par la loi (à Athènes, n'est citoyen que celui dont les deux parents le sont), voire simplement interdits (ainsi en Afrique du Sud pendant l'apartheid, dans certains États des États-Unis jusque dans le courant du XXe siècle, en Chine durant la période mandchoue entre chinois et mandchous). La Déclaration universelle des droits de l'Homme interdit dans son article 16 toute restriction au droit au mariage pour des raisons de race, de nationalité ou de religion.

À l'inverse, certains pays ont peu connu de métissage, pour des raisons géographiques ou historiques. La Chine, longtemps séparée du reste du monde par des déserts et des chaînes de montagnes infranchissables, est aujourd'hui un des pays les plus ethniquement homogène, surtout si l'on considère les provinces côtières et centrales et qu'on exclut les vastes régions autonomes peuplées en grande partie de minorités ethniques.

À part quelques éventuelles cultures traditionnelles hermétiquement isolées sur des îles de la Micronésie, il n'existe pourtant pas de peuple qui ne soit pas le résultat d'un certain métissage, remontant parfois très loin dans le temps, ni de culture qui n'ait été influencée par des éléments extérieurs. Le long de la Route de la soie, l'Empire romain communiquait déjà avec l'Extrême-Orient.

En France, la population est initialement un métissage de différents peuples, un « carrefour des civilisations », qui s'est formé au gré des migrations et des invasions (celtes, romains, normands, huns, arabes...) et des guerres. Ce métissage a continué dans l'histoire récente avec la colonisation et les migrations économiques ou politiques, volontaires ou forcées : italiens et polonais pour l'industrie minière, italiens et espagnols fuyant le fascisme et le franquisme, occupation allemande et libération par les troupes américaines, anglaises et d'outre-mer, besoin de main d'œuvre pour la reconstruction, et la facilité de circulation entre les pays. Certains n'hésitent pas à parler de la France « black, blanc, beur» pour désigner cette multiethnicité récente, et à scander qu'à la « première, deuxième, troisième génération, nous sommes tous des enfants d'immigrés ». Cette affirmation d'une France métisse se transcrit dans un modèle politique dit d'« intégration », qui se heurte actuellement à une montée des « communautarismes ».

Aspects ethniques et culturels

Dans l'imaginaire de nombreux peuples, l'unité ethnique est symbolisée par le sang comme dans l'expression « sang bleu » des nobles français, le métissage est alors considéré comme un mélange de sang, les métis sont des « sang mêlés ». On parle ainsi du « droit du sang » lorsqu'un pays n'accorde la nationalité que lorsqu'un des parents a déjà la nationalité (par opposition au « droit du sol » qui accorde la nationalité aux individus nés dans le pays).

Lorsqu'il y a tension entre des groupes ethniques, il arrive que les métis soient rejetés par leurs deux communautés d'origine. Il en va différemment du métissage culturel qui ouvre souvent de nouvelles possibilités, en particulier dans le domaine artistique.

Le métissage des peuples s'accompagne quelquefois d'un métissage culturel dont il résulte de nouveaux modes de vie ou expressions artistiques. Toutefois, les simples échanges culturels, qui peuvent être de nature strictement informelle, ne se définissent pas comme les produits du métissage. Celui-ci procède d'une véritable émulation dont il résulte une nouvelle culture avec ses propres modes d'expression.

On peut citer parmi les régions du monde caractérisées par cette culture métis les pays d'Amérique latine ou encore les Caraïbes. Le métissage, tant de la culture que des peuples, fait partie intégrante de l'histoire de ces régions et est revendiquée comme une identité culturelle.

La country-blues, musique très populaire dans l'Amérique rurale, est le produit du métissage entre la musique irlandaise, apportée par les Irlandais fuyant la répression au XIXe siècle, et le blues des esclaves noirs américains.

Approche idéologique

Avec le développement des idéaux pacifistes, la fin du XXe siècle a été marqué par une forte valorisation du métissage. Il devient un canon de beauté et l'on observe en effet l'élection des premiers top-models métis. Mais aussi, le métissage se forge une identité musicale avec la popularisation de la world music, tandis que la mode vestimentaire connaît une vague du « style ethnique ».

D'un point de vue idéologique, les enjeux sont profondément enracinés dans les débats sur le racisme. Les défenseurs du métissage entre les peuples et les cultures mettent en avant les valeurs de tolérance et d'ouverture qu'il incarne, tandis que ses détracteurs insistent sur la notion de race et considèrent que la pureté d'une race est un signe de sa supériorité.

Le racialisme, théorie (non scientifique) subdivisant l'espèce humaine en races nettement distinctes, nomme métis une personne dont les parents sont de races différentes. Cette définition était appliquée dans certains pays effectuant un classement officiel de leurs ressortissants en terme de race, par exemple l'Afrique du Sud à l'époque de l'apartheid. Aux États-Unis, en revanche, même si les parents appartiennent à des classifications ethniques différentes (hispanic, caucasian, asian, chinese, japanese, italian, african american), les enfants sont rattachés à une seule de ces catégories, ce qui n'est pas toujours une opération facile.

Les grands groupes métis

Métis du Canada

Au Canada, Métis (avec majuscule) désigne un peuple autochtone habitant principalement l'ouest du pays, descendants des femmes cris, ojibwas, saulteaux et d'hommes québécois, français, ou écossais et anglais venus pour exploiter la pelleterie. L'origine de ce peuple remonte au dix-septième siècle. Il y a aussi des Métis en Ontario, au Québec, et au Labrador.

Le Métis le plus célèbre du Canada est Louis Riel qui négocia avec le gouvernement canadien la création de la province de Manitoba et qui mena deux « rébellions » (plusieurs les considèrent comme de légitimes mouvements de résistance, et la première ne reçut le titre de rébellion qu'après sa conclusion) contre les gouvernements britannique et canadien. Après la seconde rébellion, des spéculateurs réussissent à déposséder les Métis de leurs terres en exploitant un programme établi par le gouvernement canadien pour acheter ces terres.

Le gouvernement canadien ne reconnaît pas les Métis comme « première nation », mais la constitution canadienne de 1982 les reconnaît comme peuple autochtone, ce qui leur permit de regagner des droits traditionnels, par exemple les droits de chasse.

La langue traditionnelle des Métis est une langue créole qu'ils appellent Méchif ou Michif (ces deux termes désignent également le peuple Métis). Ses deux dialectes combinent le français avec le cri ou le saulteaux. Les écoles établies par l'église catholique se consacrèrent à remplacer cette langue par le français standard québécois, et peu de gens la parlent encore aujourd'hui. Actuellement, l'anglais est souvent employé par les Métis.

Du fait d'une définition peu précise du peuple métis, la population concernée est difficilement estimable. Les estimations varient de 300 000 à 800 000 personnes.

Métis d'Amérique latine

En Amérique latine et dans l'Amérique du Nord francophone, métis (mestizo en espagnol) désignait à l'origine plus particulièrement une personne née d'un père indigène et d'une mère européenne ou d'un père européen et d'une mère indigène. En effet, les personnes issues d'un parent africain étaient appelés zambos ou créole. Bien que le terme soit généralement encore utilisé pour les enfants dont l'un des parents est de type européen, le métissage concerne plus globalement tous les couples de type visiblement différent.

Métis mexicains

De nombreux Mexicains sont métis, c'est-à-dire qu'ils possèdent des ascendants européen et indigène. Parmi les personnalités Mexicaines célèbres d'origine métis :

Articles connexes

See also: Métis, 1982, Afrique, Afrique du Sud, Allemagne, Amérique du Nord, Amérique latine, Angleterre