Michel Sardou
Michel Sardou, né le 26 janvier 1947, est un des plus célèbres chanteurs français et dont la carrière est une des plus longues. Il est également fils de Fernand Sardou, auteur de la célèbre chanson à la gloire du farniente méridional : « Aujourd'hui peut-être, ou alors demain », et de la célèbre comédienne : Jackie Sardou.
Sa carrière débute sur une censure, celle des Ricains (1967) interdite sur les ondes, car allant à contre-courant de l'anti-américanisme affiché du régime gaulliste. Mais Sardou se rachète en 1970 avec des titres plus consensuels qui le propulsent sur le devant de la scène et en font un numéro 1 fréquent au cours de cette année (Les bals populaires).
Jusqu'en 1976, Sardou alternera chansons d'amour illustres (La maladie d'amour, Je vais t'aimer, Une fille aux yeux clairs...) et chansons de plus en plus polémiques (Les villes de solitude, Le temps des colonies, J'accuse...). En 1976, il va trop loin : la chanson Je suis pour, qui évoque (indirectement) la peine de mort en pleine affaire Patrick Henry déchaîne contre Sardou de violentes passions : manifestations, croix gammées sur les affiches... Deux concerts seront annulés, on trouvera même une bombe dans une salle de concert !
A la suite de ces évènements Sardou prend du recul avec la chanson. Il revient en force en 1977 et 1978 avec des tubes beaucoup moins polémiques, mais qui marqueront leur époque tels La java de Broadway et En chantant. Sardou s'assagit. L'album de 1981 triomphe avec Les lacs du Connemara et Être une femme. Plus consensuel, il n'en trouve pas moins un écho toujours renouvelé auprès d'un large public, puisqu'en plus des ventes d'albums toujours au sommet, Sardou réalise des recettes colossales grâce à des tournées gigantesques au Palais des congrès et à Bercy, où il bat un record, en y restant un mois entier à guichets fermés.
Pourtant, Sardou conserve sa veine polémiste, et lance de temps à autres des pavés dans la mare qui font parfois réagir vivement les politiciens, ce fut le cas du Bac G en 1992, qui donne du système scolaire français une image peu glorieuse ("dans un lycée poubelle, ouverture habituelle des horizons bouchés"), et qui irrita le ministre de l'éducation de l'époque, Lionel Jospin. Mais aussi avec Vladimir Illitch et Les deux écoles, dans les années 1980. Pendant cette décennie il continue sur sa lancée des années 1970 à enchaîner les tubes : Afrique adieu, Musulmanes, Chanteur de jazz, La même eau qui coule, Marie-Jeanne...
Dans les années 1990, Sardou ne fait plus vraiment de vrais tubes comme auparavant, mais continue à tenir le haut du pavé en termes de ventes de disques et de fréquentation des spectacles. Il est peut-être le seul artiste de sa génération à n'avoir pas connu de passage à vide. En 2004, il prouve qu'il est toujours là, avec son album Du plaisir, vendu à 1.000.000 d'exemplaires 7 mois après sa sortie, et La rivière de notre enfance, duo avec Garou, premier titre depuis 15 ans à rencontrer un vrai succès populaire, et qui renouvelle son public. En parallèle, Sardou a développé une carrière d'acteur, mais celle-ci n'a jamais marqué autant les esprits que son activité de chanteur, la seule qui compte vraiment aux yeux du public.
En 1990, il reçoit la Victoire de la musique pour le nombre de spectateurs venus le voir sur scène ; en 1991, ce sera celle du meilleur chanteur.
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Cocardier ?
Sardou est souvent présenté comme un chanteur « engagé à droite » aux forts accents populistes mâtinés d'un certain patriotisme grandiloquent. Quelle valeur accorder à cette vision ?
Certaines chansons, et il se trouve que ce sont parmi les plus connues, peuvent facilement venir étayer cette thèse. Un des premiers grands succès, présents sur l'album de 1970, premier triomphe populaire de Sardou, fut le fameux J'habite en France, texte au ton franchouillard qui est censé abattre certains clichés, mais qui au final ne fait qu'en établir d'autres. Elle flatte et rassure cependant une certaine frange de la société qui se sent un peu déboussolée après les récents évènements de mai 68 deux ans plus tôt
En 1967, déjà, dans Cent mille universités, il s'en prend à l'enseignement supérieur qu'il accuse de faire perdre pied avec les réalités des petites gens («entre deux grands problèmes à évoquer, qui parlera du sabotier ?»). Prophétique, il nous y annonce qu'un jour on lira Je t'aime sur des IBM. Cette chanson méconnue est intéressante au niveau musical, elle mélange un son très «rock/folk», plutôt moderne de l'époque, un chant qui rappelle Michel Fugain et un phrasé de bourrée auvergnate. Toutes les contradictions de Michel Sardou sont peut-être présentes dans ce non-tube : le personnage de Michel Sardou, comme son public peut-être, accompagne l'évolution du monde moderne avec crainte et donc avec un certain décallage.
Dans les années 70, avec Danton, Verdun, La marche en avant, et surtout Le France, chansons évocatrices de l'histoire de France, ses créations pourraient appuyer cette idée, de même que le final de Bercy 89 portant sur la Révolution française, à l'occasion de son bicentenaire (Un jour, la liberté) et le récent Français, d'un patriotisme plutôt naïf mais sincère et sans ambiguïtés. Au final Sardou s'affiche plutôt comme un simple chanteur « à droite », par opposition à ses confrères Renaud, Lavilliers ou Le Forestier, que comme un vrai chantre de la nation tels qu'ont pu l'être Elvis Presley aux États-Unis, ou les chanteuses Line Renaud et Mireille Mathieu dans notre pays.
Cette image est certes conforme à ses idées politiques affichées clairement lorsqu'il a soutenu Raymond Barre puis Jacques Chirac aux élections présidentielles de 1988 et 1995, mais elle ne doit pas être amplifiée ou déformée. En effet, les chansons du répertoire de Sardou faisant acte clairement de patriotisme sont somme toute assez peu nombreuses. Certaines sont simplement le reflet de son goût prononcé pour l'Histoire, particulièrement l'Histoire de France. En outre, rares sont les chanteurs, hormis ceux dont c'est la spécialité, tels Lavilliers, qui ont consacré autant de textes au voyage. L'œuvre de Sardou regorge de chansons invitant à l'évasion ou évoquant simplement une terre étrangère. Est-ce un hasard si, ce qui est le tube le plus connu à l'heure actuelle, est une évocation lyrique de l'Irlande ? Outre les fameux Lacs du Connemara, il est des titres majeurs qui explorent la même fibre : Afrique Adieu et Musulmanes en tête, mais aussi Le Paraguay n'est plus ce qu'il était, Dans ma mémoire elle était bleue, Io domenico, et bien d'autres qui font le tour du monde en quelques phrases.
Mais ce qu'on ignore souvent, c'est que Sardou a consacré bien plus de chansons aux États-Unis qu'à la France. Ce pays semble avoir exercé sur le chanteur français le plus populaire une fascination, qui se concrétisa non seulement par l'achat d'une maison en Floride, mais également par une prolifération des évocations américaines. Cela commence très fort avec son tout premier succès, Les ricains, qui dénote une originalité de Sardou, et montre déjà son attirance pour le voisin transatlantique. Par la suite, c'est une kyrielle de titres sur l'oncle Sam. Parmi les plus connus, on retiendra bien sûr La java de Broadway ou Chanteur de Jazz, deux grands tubes. Mais d'autres, peut-être moins célèbres, sont colorés aux étoiles des Stars and stripes, traitant du sujet tantôt avec idéalisme, comme dans Je vous ai bien eus ("Je disais souvent l'Amérique/Je sais que moi j'irai un jour/Et que j'en reviendrai plus riche/Que Dupont de Nemours"), L'Amérique de mes dix ans ou Happy Birthday, tantôt avec un certain désenchantement, comme dans l'inédit Los Angelien, qui de la vie en Californie dit qu'on passe « trois cents jours sans pluie/Sans rien à raconter », ou encore Huit jours à El paso, qui à la suite d'un voyage dans le Colorado déplore la disparition de l'ambiance far-west au profit de la modernité. Parfois, c'est tout simplement un certain exotisme et la retranscription d'une ambiance, comme dans Chanteur de Jazz, récit d'un voyage à New-York, sur des rythmes électriques et musclés, ou Au nom du père, évocation du « Vieux sud » américain, de l'histoire de la ségrégation raciale et du Gospel.
Sardou et l'Amérique, c'est donc une longue histoire d'amour, encore perpétuée aujourd'hui puisqu'il continue, malgré les évènements actuels, à placer Les ricains (texte se révélant d'une criante actualité quoique vieux de 35 ans), Chanteur de Jazz ou La java de Broadway, dans les tours de chant lors de ses spectacles. Cette histoire-là occupe finalement plus de place que son patriotisme français. Sardou est donc bien un chanteur Bleu-Blanc-Rouge, mais pas tel qu'on l'imagine volontiers...
L'Amérique n'est pas le seul centre d'intérêt de cet artiste aux thèmes relativement variés. Après une rapide analyse de la discographie du « père des bals populaires », on se rend compte de la passion de l'homme pour l'Histoire. En effet, de nombreuses chansons évoquent des thèmes peu traités généralement dans la chanson française (peut-être Ferrat et quelques autres). Ces dernières sont sous forme de chanson coup de poing telle la surprenante Danton (prise de position radicale pour l'œuvre de Danton dans la révolution française dont on peut retenir ces quelques lignes saisissantes "Les pauvres ont besoin de l'Église, c'est un peu là qu'ils sont humains, brûler leur Dieu est la bêtise qu'ont déjà commis les romains. Ils ont toujours dans leur malheur, la certitude d'un sauveur, laissez-les croire à leurs visions..."), Monsieur le Président de France (chanson qui sonne comme une suite des Ricains), La marche en avant (critique virulente de l'Armée : "Un mort pour un mètre carré, voilà le prix qu'il faut payer, c'est l'ordre du gouvernement, ça permet de gagner du temps"), Le temps des colonies (chanson polémique prise comme une chanson regrettant le colonialisme « J'avais des ficelles au képi au temps béni des colonies » ; à la relecture du texte cette chanson peut encore de nos jours choquer, cependant l'interprétation de l'artiste ne laisse place à aucune hésitation. Sardou et Delanoe se moquent de ces hommes au café du commerce qui alignent des vérités parfois insoutenables... plutôt drôle. Chanson plus révélatrice de ce goût du passé, L'an Mil, qui traite des peurs de cette période troublée.
Chansons emblématiques
- Les Ricains, sorti en 1967 quand le Général de Gaulle condamne l'intervention américaine au Vietnam et claque la porte de l'OTAN. Sardou rend hommage dans cette chanson aux appelés américains de la Seconde Guerre mondiale. Bien que les deux sujets n'aient qu'un rapport lointain, la chanson est interdite de diffusion sur les radios françaises.
- J'habite en France, considérée comme une provocation au lendemain des événements de 1968, et qui est un peu le pendant d'une future chanson de Renaud nommée Hexagone. L'album du même nom obtient en 1971 le Grand Prix de l'Académie Charles Cros. Un certain nombre de personnes, surtout lié aux évènements de 68, dirent qu'il s'agissait d'une chanson « fasciste ».
- La Maladie d'amour, sûrement le plus grand tube de Michel Sardou, resté 11 semaines en tête du hit parade.
- Les Villes de solitude, qui dès 1973 (!) évoque le problème des cités et de l'ennui ambiant qui pousse les résidents à « casser des banques », « violer des femmes »... La chanson est mal reçue par les mouvements féministes qui protestent vivement.
- Je vais t'aimer, chanson d'amour particulièrement torride, jugez-en par les premières phrases : "A faire pâlir tous les marquis de Sade, à faire rougir les putains de la rade..."
- Le France en hommage au paquebot France vendu à un armateur norvégien.
- Je suis pour, chanson sur la peine de mort vue par le père d'un enfant assassiné (cette chanson est lancée pendant le procès de Patrick Henry). Sujet à controverse, Sardou se défend de prendre position sur la peine de mort en évoquant la loi du talion et les instincts paternels.
- En chantant, sympathique ritournelle qui sonne comme un retour aux sources, avec l'évocation de l'enfance du chanteur et de son père, thèmes récurrents dans sa carrière. Remise au goût du jour par la Star Academy en 2004.
- Les lacs du Connemara, sûrement le tube le plus indémodable de son répertoire. Évocation de l'Irlande, s'achevant sur une prise de position en faveur des catholiques contre les souverainistes ("On n'accepte pas/La paix des Gallois/Ni celle des rois d'Angleterre")
- Vladimir Illitch, vibrant réquisitoire de 1983 contre les dérives de l'Union Soviétique. Sardou y invoque Lénine, et semble affirmer que les idéaux se sont perdus dans la corruption et autres déviances ("Lénine relève-toi ils sont devenus fous").
- Musulmanes, qui évoque les femmes « voilées pour ne pas être vues ». Le public y fait un triomphe et est sacrée Chanson de l'année en 1987 aux Victoires de la musique.
- Le privilège, après les années 70 et les allusions homophobes dans « J'accuse » et « Le rire du sergent », Sardou se rachète en chantant une vraie leçon de tolérance, récit des sentiments douloureux d'un jeune garçon qui peine à assumer son homosexualité.
Discographie
- 1970 : Les bals populaires (J'habite en France, Et mourir de plaisir...)
- 1972 : Danton (Le surveillant général, Un enfant de toi...)
- 1973 : La maladie d'amour (Les villes de solitude, Les vieux mariés, Le curé...)
- 1976 : La vieille (Le France, J'accuse, Je vais t'aimer, Le temps des colonies...)
- 1977 : La java de Broadway (Comme d'habitude, Dix ans plus tôt...)
- 1978 : Je vole (En chantant, 8 jours à El paso...)
- 1979 : Verdun (Je ne suis pas mort je dors...)
- 1980 : Victoria (La génération Loving you, Si j'étais...)
- 1981 : Les lacs du Connemara (Être une femme, Musica, L'autre femme...)
- 1982 : Afrique adieu (Il était là, Vivant...)
- 1983 : Vladimir Illitch (Les yeux d'un animal, L'an mil...)
- 1984 : Io domenico (Les deux écoles, Rouge...)
- 1985 : Chanteur de Jazz (1965, Une lettre à ma femme...)
- 1987 : Musulmanes (L'acteur, Féminin comme...)
- 1988 : La même eau qui coule (Vincent, Le successeur...)
- 1990 : Le privilège (Marie-Jeanne, L'award, Au nom du père...)
- 1992 : Le Bac G (Le Grand réveil, 55 jours 55 nuits...)
- 1994 : Selon que vous serez,etc. (Putain de temps, Déjà vu...)
- 1997 : Salut (Mon dernier rêve, S'enfuir et après...)
- 2000 : Français (Cette chanson-là, Corsica, L'avenir c'est toujours pour demain...)
- 2004 : Du plaisir (Loin, Non merci, Je n'oublie pas, La rivière de notre enfance...)
Directeur de théâtre
En 2001 il achète le Théâtre de la Porte Saint-Martin, avec son producteur de spectacle Jean-Claude Camus. En 2005, il revend ses parts à son associé.
Théâtre
- 1996 : Bagatelle(s) de Noël Coward, mis en scène par Pierre Mondy, au Théâtre de Paris.
- 1999 : Comédie privée de Neil Simon, mis en scène par Adrian Brine, au Théâtre du Gymnase Marie Bell.
- 2002 : L'homme en question de Félicien Marceau, mis en scène par Jean-Luc Tardieu, en tournée et au Théâtre de la Porte Saint-Martin.
Cinéma
- 1982 : L'été de nos 15 ans, réalisé par Marcel Jullian.
- 1986 : Cross, réalisé par Philippe Setbon, avec Roland Giraud.
- 1990 : Promotion canapé, réalsé par Didier Kaminka, avec Thierry Lhermitte, Grace de Capitani.
Téléfilms
- 1993 : L'Irlandaise, réalisé par José Giovanni.
- 2003 : Le prix de l'honneur, réalisé par Gérard Marx.
Liens externes
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