Mouvements étudiants
Comme dans la plupart des pays, en France, le mouvement étudiant le plus important par son ampleur est celui de mai 1968. Il démarre à partir de l'université de Nanterre avec le Mouvement du 22 mars, constitué de militants maoïstes, trotskystes, et anarchistes. Le mouvement de mai 1968 aboutit en France à une grève générale de plusieurs semaines qui paralyse le pays et dépasse largement le mouvement étudiant. Par de nombreux aspects, ce mouvement prend une forme révolutionnaire à caractère situationniste. Quatre manifestants dont deux ouvriers et un lycéen sont morts au cours des affrontements de mai-juin 1968.
Mais la plus longue grève étudiante qui se soit déroulée en France est sans doute celle de 1976, qui dure trois mois, de mars à mai, soit quasiment la moitié de l'année universitaire. Cette grève a alors pour but d'empêcher la réforme du second cycle qui crée de nouvelles filières et est interprétée par les étudiants comme une tentative de professionaliser l'université et d'accroître la sélection. Lorsque le gouvernement de Pierre Mauroy supprime finalement la sélection à l'entrée de l'université en 1983, ce sont les étudiants de droite et d'extrême-droite qui mobilisent au mois de mai les universités les plus élitistes durant deux semaines.
Trois ans plus tard, le gouvernement de Jacques Chirac tente de rétablir à son tour la sélection à l'entrée des universités mais cette fois-ci, ce sont des centaines de milliers d'étudiants qui descendent dans la rue. Comme dans les années précédentes, les manifestations sont assez violentes mais cette fois-ci un manifestant, Malik Oussekine, meurt sous les coups des policiers. Le ministre de l'Education nationale, Alain Devaquet, est alors contraint de démissionner et la réforme est abandonnée.
Les étudiants se sont à nouveau mobilisés à partir de 1994 avec le retour de la droite au pouvoir : lutte contre le CIP (Contrat d'Insertion Professionnelle) qualifié de « SMIC-jeunes » et prévoyant des contrats rémunérés à 80 % du SMIC pour les moins de 25 ans (mars 1994), puis grève de novembre-décembre 1995 contre les restrictions budgétaires. Les étudiants se sont aussi particulièrement mobilisés contre le Front National durant l'entre-deux tours des élections présidentielles de 2002.
Chronologie des mouvements étudiants depuis 1945
Extrait des Bases fondamentales du syndicalisme étudiant :
- 1945 : décret instaurant la participation des étudiants élus aux conseils d’Université (4 % des élus). En effet, beaucoup d'étudiants avaient participé à la résistance, et conservaient encore des armes et la volonté de s'en servir.
- 1947 : projet d’augmentation des droits d’inscription et de réduction des bourses. Grève nationale pour les bourses et contre les droits d’inscription.
- 1948 : sécurité sociale étudiante.
- 1951 : projet d’allocation d’études soumis au Parlement. Mobilisation pour la défense des crédits de la sécurité sociale étudiante.
- 1953 : mise en route du plan Le Gorgeu (constructions universitaires). Mobilisation pour réclamer des aides étudiantes plus importantes.
- 1954 : grève contre les crédits budgétaires insuffisants.
- 1956 : grève nationale du « déjeuner » contre l’insuffisance de participation de l’Etat dans la prise en charge des repas.
- 1957 : grève nationale et manifestation à Paris pour réclamer l’allocation d’études.
- 1958 : mobilisation pour des locaux et les bourses.
- 1958-1961 : manifestations et affrontements pour s’opposer à la guerre d’Algérie.
- 1961 : mesures gouvernementales contre l’UNEF (suppression de la subvention).
- mars 1961 : grève nationale et manifestation pour obtenir les sursis étudiants au service militaire.
- 1962 : réforme des facultés de médecine, droit, pharmacie et sciences (spécialisation des études).
- 1963 : réforme Fouchet visant à distinguer un cursus long d’un cursus court (mesures sélectives draconiennes). Grève contre le plan Fouchet. Grève des loyers des Cités-U.
- 1964 : refus du gouvernement de supprimer la réforme Fouchet. Le gouvernement supprime 4 siège à l’UNEF au conseil des Oeuvres universitaires.
- 1965 : restauration de la subvention de l’UNEF. Grèves et manifestations pour l’allocation d’études.
- juin 1966 : fausse annonce du retrait des mesures sélectives du plan Fouchet.
- novembre 1966 : application de la première tranche du plan Fouchet (mise en place du premier cycle et création des IUT).
- 1965-1968 : mouvement national des étudiants dans les Cités-U et contre la guerre du Viêt-nam. Grèves contre le plan Fouchet.
- octobre 1967 : mise en place du deuxième cycle prévu par le plan Fouchet. Grande manifestation contre le plan Fouchet.
- 1968 : plan Edgar Faure (autonomie universitaire renforcée, début du désengagement de l’Etat).
- 1968 : Grève générale nationale contre la répression le 6 mai.
- 1973 : loi Debré (suppression et réduction des sursis militaires) : instauration des DEUG. Mobilisation contre la loi Debré, contre la sélection entre 1° et 2° année du DEUG
- 1975 : création des MST puis des MSG et MIAGE (deuxième cycle sélectif).
- 1976 : plan Saunier-Seité introduisant une réforme générale du deuxième cycle avec la licence et la maîtrise. Grande grève contre le plan Saunier-Seité. Le gouvernement reçoit les syndicats mais refuse de recevoir la coordination nationale.
- 1979 : réforme Veil sur les études médicales (instauration du numerus clausus). Manifestations des étudiants en médecine contre la loi Veil.
- 1980 : « carte universitaire » visant à organiser la répartition des moyens entre universités et à limiter la création des filières. Manifestations contre la carte universitaire. Manifestations pour la défense des étudiants étrangers.
- 1983 : réforme Savary proposant une sélection entre les cycles (article retiré et transformé). Réforme des premiers cycles et premières expériences de contractualisation Etat/Université. Manifestations et grève contre la loi Savary.
- 1986 : projet Devaquet (retiré) instaurant la sélection entre les bacheliers, la hausse des droits d’inscription et une plus grande autonomie des universités. Manifestations et grève générale contre le projet Devaquet (départ : Paris XIII-Villetaneuse et Amiens). Un manifestant (Malik Oussekine) est tué au cours de la répression d'une manifestation.
- nov-dec 1987 : grèves contre les conditions budgétaires de rentrée.
- 1989 : loi d’orientation Jospin. Distribution des crédits et des moyens aux organisations élues au CNESER en fonction des résultats électoraux.
- 1990 : plan « université 2000 » de Jospin.
- 1991 : mobilisation monstre contre la réforme Jospin. Abrogation de la réforme Jospin.
- 1992 : réforme des premiers cycles, le ministre Lang fait passer la réforme Jospin sous la forme d'un décret.
- 1994 : « Contrat d’insertion professionnelle » (CIP, dit « smic jeune ») donnant possibilité de rémunérer les jeunes diplômés sous le SMIC (plan Giraud). Mobilisations et grèves contre le CIP. Abrogation du CIP.
- 1995 : rapport Laurent et circulaire Bardet (projet de remplacer les bourses par des prêts bancaires). Manifestations et grèves contre le rapport Laurent et la circulaire Bardet. Grève générale de novembre/décembre 1995 contre le plan Juppé sur la Sécurité sociale.
- 1996 : Etats Généraux de l’Université. Rapport Faurroux. Réforme Bayrou de l’Université conservée par le ministre socialiste Allègre.
- 1997 : l’arrêté Bayrou paraît au journal officiel.
- octobre 1998 : mouvement national des lycéens pour de meilleures conditions d’études (départ : Nîmes).
- nov-déc 1998 : une dizaine d’universités se mettent en grève contre le plan U3M et la réforme Allègre de l’enseignement supérieur (départ : Montpellier et Toulouse). L’université de Caen reprend la revendication de l’abrogation de la réforme Bayrou.
- 1999 : mouvement national des lycéens pour de meilleures conditions d’études.
- mars 2001 : grèves et mouvements pour plus de moyens et contre la logique de privatisation (départ : Montpellier et Metz).
- octobre-décembre 2002 : AG et mobilisations contre la réforme LMD-ECTS. Près d’une dizaine de CA sont bloqués par les étudiants, grèves dans 4 universités (départ : Toulouse).
- printemps 2003 : participation au mouvement de défense des retraites et contre la décentralisation. Grèves contre le renforcement des l'autonomie des universités.
- novembre-décembre 2003 : grèves contre la réforme LMD-ECTS, plus de 10 facs en grève et une trentaine « mobilisées ». Jusqu’à 30.000 étudiants dans la rue, le 27 novembre 2003 (départ : Rennes).
