Norvégien

Sommaire

Les langues norvégiennes actuelles

Langue germanique parlée en Norvège, le norvégien a pour racine historique le vieux norrois, qui était pratiqué depuis le Moyen Âge dans les pays scandinaves (Suède, Danemark, Islande et Norvège). Le norvégien actuel se compose en réalité de deux langues concurrentes :

Cette scission en deux langues s’est produite au moment de l’indépendance de la Norvège, sous l’influence des travaux du linguiste Ivar Aasen qui avait réalisé un relevé particulièrement complet des différents dialectes norvégiens du XIXe siècle. La Norvège acquit son indépendance vis-à-vis du Danemark et de la Suède à la fin du XIXe siècle. Après une période de romantisme patriotique effréné, certains voulurent imposer un retour aux sources, c’est-à-dire au norvégien « originel » des campagnes ; mais les diverses institutions ne purent suivre ce mouvement, puisque toutes leurs archives étaient rédigées en danois. Cette tension explique la coexistence, aujourd’hui, de deux langues norvégiennes.

Actuellement, le bokmål est plus répandu dans le sud et dans l’ouest de la Norvège (régions urbaines), alors que le nynorsk se rencontre dans les montagnes de l’est et dans le nord (régions campagnardes). À l’école, les élèves apprennent nécessairement les deux langues et doivent être capables de lire et de rédiger des documents dans chacune d’entre elles. Néanmoins, les influences régionales subsistent, et si à Oslo une rue s’appelle gate, à Kragerø (sud-est d’Oslo) on dit gade, tandis que dans le comté de l’Oppland, en direction de Lillehammer, on lit gutua sur les pancartes...

Au cours du XXe siècle, une série de réformes orthographiques a tendu à rapprocher les deux langues, facilitant notamment l’utilisation de formes nynorsk en bokmål et réciproquement.

Néanmoins, de solides divergences persistent entre les deux langues et un débat souvent enflammé persiste entre les tenants du nynorsk et ceux du bokmål, les premiers soutenant que le nynorsk, plus « suédois », serait plus proche du norvégien parlé, alors que les seconds mettent en avant le fait que les étrangers apprennent plus facilement le bokmål; mais la question est encore loin d’être réglée !

Phonétique

Le norvégien est une langue à accent de hauteur.

Les caractères supplémentaires

Le bokmål et le nynorsk utilisent trois caractères supplémentaires par rapport au français :

Ces trois caractères se retrouvent en danois ; mais lorsque l’on compare les deux langues, on constate que de nombreux æ sont devenus de simples e en norvégien, le bokmål ayant tendance à fermer et à avancer davantage les voyelles.

De nos jours, le å est encore fréquemment remplacé par la graphie aa dans les noms de lieux, les noms propres... et lorsque le matériel informatique ne comprend pas un clavier norvégien.

La prononciation du y est spécifique, nettement différenciée, entre le i et le u.

Différences entre les voyelles du bokmål et celles du nynorsk

Les voyelles e et ø du bokmål proviennent du danois; en nynorsk, elles sont remplacées par des diphtongues :

bokmål nynorsk traduction
sten stein pierre
løs laus lâche
øre øyre oreille

Les graphies

Depuis une date relativement récente (tournant du XXe siècle), le norvégien (bokmål et nynorsk) a abandonné l’écriture gothique et les majuscules « à l’allemande » qui apparaissaient au début des noms communs.

Le norvégien utilise des graphies déconcertantes pour le lecteur étranger :

Morphosyntaxe du bokmål

Le bokmål jouit, à l'instar du danois, d’une morphologie et d’une morphosyntaxe relativement claires pour le locuteur étranger.

Les verbes

Les verbes n’ont qu’une seule forme par temps, identique à toutes les personnes.

Exemple : å være, « être », au présent de l’indicatif :

jeg er vi er
du er dere er
han / hun er de er

De façon générale, le présent de l’indicatif se forme en ajoutant la terminaison -r ou -er à l’infinitif.

Exemple : å elske, « aimer » (équivalent de l’anglais to love) :

jeg elsker vi elsker
du elsker dere elsker
han / hun elsker de elsker

Comme en anglais et en allemand, il existe une série de verbes « forts » qui possèdent des prétérits et des participes passés particuliers.

Les pronoms personnels du nynorsk

Au niveau du groupe verbal, la principale différence qui subsiste entre nynorsk et bokmål concerne les pronoms personnels sujets :

Les noms et les articles

Le bokmål connaît deux genres : le féminin/masculin d’un côté, le neutre de l’autre. Jusqu’à une époque récente, on faisait encore la différence entre masculin et féminin ; depuis peu, la tendance est à la fusion des deux, et il est donc grammaticalement correct de mettre les noms féminins au masculin, même si certains locuteurs continuent à les différencier. On trouve ainsi parfois ei strand au lieu de en strand (« une plage »), etc. Enfin, certains mots sont exceptionnellement restés au féminin : c’est par exemple le cas de ei sild, « un hareng ».

Contrairement à ce qui se produit en allemand, les noms ne se déclinent pas en bokmål; en revanche, leur terminaison peut varier selon leur genre et leur nombre.

De plus, l’article défini (singulier et pluriel) ainsi que l’article indéfini pluriel se placent immédiatement après le nom, collés à lui : c’est cette disposition particulière qui produit un « effet de déclinaison » auprès du non-initié.

Exemples :

en skog (une forêt) skogen (la forêt)
skoger (des forêts) skogene (les forêts)
et tre (un arbre) treet (l’arbre)
trær (des arbres, simplification de treer) trærne (les arbres)

Dans ces exemples, « skogen » relève du genre masculin/féminin, et « treet » du neutre : comme on le voit, la différence entre les deux genres reste minime.

La morphosyntaxe nominale du nynorsk :

Du point de vue de la morphologie nominale, la principale différence entre bokmål et nynorsk tient au nombre de genres : alors que le bokmål tend à n’en conserver que deux, le nynorsk, lui, fonctionne toujours avec les trois genres (masculin - féminin - neutre).

D’un point de vue syntaxique, le nynorsk préfère la périphrase prépositionnelle au génitif saxon pour indiquer l’appartenance : on dira en nynorsk boka til Anna (« le livre d’Anne »), alors que le bokmål utilisera la tournure Annas bok.

Les adjectifs

Comme pour les noms, la distinction principale se fait entre le neutre et le genre masculin-féminin. Le neutre est marqué par un -t final.

Les pronoms et adverbes interrogatifs

On retrouve en bokmål et en nynorsk la même série de pronoms interrogatifs qu’en allemand et en anglais :

bokmål nynorsk traduction
Hva ? Kva ? Quoi ?
Hvem? Kven? Qui ?

Les adverbes interrogatifs suivent la formation des pronoms :

bokmål nynorsk traduction
Hvor? Kvar? Où ?
Hvorfor? Kvifor? Pourquoi ?
Hvordan ? Korleis ? Comment ?

Sur le passage de la graphie Hv en bokmål à Kv en nynorsk : en islandais, la graphie Hv se prononce précisément [kv] : voir par exemple Sigur Rós, « Flugufrelsarinn » (dans Ágætis Byrjun).

Vocabulaire du bokmål

Pour un locuteur français, on peut distinguer trois strates principales dans le vocabulaire du bokmål :

Comme toutes les langues européennes, le bokmål a également emprunté de nombreux termes au vocabulaire « international », ceux des pays d’Europe occidentale des XIXe et XXe siècles.

On retrouve aussi quelques mots clairement empruntés au français, quoique pas toujours reconnaissables au premier abord :

Langues norvégiennes et autres langues scandinaves

Du fait de leur origine commune, le norrois, les deux langues norvégiennes, le danois et le suédois sont restés très proches et un Norvégien cultivé comprendra facilement les deux langues sœurs à l’écrit; à l’oral, certaines différences de prononciation peuvent entraver la compréhension... tant qu’on ne les connaît pas. En pratique, il arrive régulièrement qu’un Norvégien et un Suédois, ou un Norvégien et un Danois, discutent ensemble en parlant chacun leur langue, et se comprennent à peu près correctement.

L’intercompréhension entre Norvégiens et Islandais est en revanche plus limitée : si les Norvégiens cultivés suivent grosso modo le sens d’un article écrit en islandais, la langue orale leur paraîtra aussi étrangère que le vieux français d’un Français du XIIIe siècle le paraît à un Français d’aujourd’hui, puisque l’islandais est resté très proche du norrois médiéval.

Un langage vernaculaire du grand nord, le russenorsk, fut pratiqué en raison des migrations dues à l’activité maritime aux XVIIIe et XIXe siècles. Il a disparu très rapidement vers 1917, devant l’expansion du nynorsk, mais surtout en raison de son extrême complexité (combinaison de russe et same). Le russenorsk ne saurait en aucun cas être classé comme patois, puisqu’il comportait ses propres composantes grammaticales, et ne se limitait pas à des variances de prononciation.

Divers

Voir aussi

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Wikipédia en norvégien.
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Consulter le Wiktionnaire en norvégien.
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Wikipédia en norvégien bokmål.
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Wikipédia en norvégien nynorsk.

Liens internes

Lien externe


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See also: Norvégien, 1917, Accent de hauteur, Allemand, Anglais