Novlangue
Le novlangue (newspeak en anglais) est la langue fictive inventée par George Orwell dans son roman 1984, dans laquelle elle est la langue officielle de l'Océania.
Le novlangue est une simplification lexicale et syntaxique de la langue, destinée à rendre impossible l'expression des idées subversives et à éviter toute formulation de critique (et même la seule idée de critique) de l'État (voir Hypothèse de Sapir-Whorf). Elle s'oppose à l'ancilangue, ou « langue ancienne ». Cette langue partant du principe que la pensée dépend des mots, il suffit de faire disparaître un mot subversif tel que « liberté » pour faire disparaître le concept associé à ce mot.
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Principes du novlangue
L'idée fondamentale du novlangue est de supprimer toutes les nuances d'une langue afin de ne conserver que des dichotomies qui renforcent l'influence de l'État. Un rythme élevé de syllabes est aussi visé, avec l'espoir que la vitesse des mots empêche la réflexion.
De plus, si la langue possède le mot bon, il est inutile qu'elle ait aussi le mot mauvais. On créera le concept mauvais en ajoutant un préfixe marquant la négation (cela donnera inbon). La grammaire est aussi simplifiée, ainsi le pluriel est toujours marqué par un s (on dira des chevals, des bœufs), les verbes se conjuguent tous de la même manière.
Orwell révèle un certain ethnocentrisme dans ses idées, car ces caractéristiques du novlangue, censées être des modifications de la langue à des fins de manipulation, sont aussi courantes que parfaitement fonctionnelles dans les langues agglutinantes, comme le japonais ou l'espéranto. Le fait qu'il n'aime pas le remplacement de mauvais par inbon semble dû au fait que cette pratique est absente de sa langue maternelle, l'anglais. En effet, elle est utilisée sans problème par les locuteurs de langues agglutinantes pour la communication quotidienne, la poésie, etc. Il est clair que le novlangue était la création d'un locuteur de l'anglais s'adressant à d'autres locuteurs de l'anglais.
L'idée sous-jacente au novlangue est que si quelque chose ne peut pas être dit, alors cette chose ne peut pas être pensée. La question soulevée par cette supposition est de savoir si nous sommes définis par la langue, ou si c'est nous qui la définissons. Par exemple, peut-on ressentir l'idée de liberté si nous ignorons ce mot? Cette théorie est liée à l'hypothèse Sapir-Whorf et à la formule de Ludwig Wittgenstein, « les limites de ma langue sont les limites de mon monde ».
Exemples de mots en novlangue
- miniver (ministère de la vérité).
- doublepensée : capacité à accepter simultanément deux points de vue opposés et ainsi mettre en veilleuse toute pensée critique.
- plusbon : mieux.
- doubleplusbon : meilleur.
- crimesex : activité sexuelle pratiquée sans but de reproduction.
- canelangue : qualifiant un opposant : verbiage ; qualifiant un membre orthodoxe du parti : éloquence.
La double signification des mots possède le mérite (pour ses créateurs) de dispenser de toute pensée spéculative, et donc de tout germe de contestation future. Puisque les mots changent de sens selon qu'on désigne un ami du parti ou un ennemi de celui-ci, il devient évidemment impossible de critiquer un ami du parti, mais aussi de louer un de ses ennemis.
Prenons pour exemple le mot blancnoir. Quand il qualifie un ennemi, il exprime son esprit de contradiction avec les faits, de dire que le noir est blanc. Mais lorsqu'il qualifie un membre du Parti, il exprime la soumission loyale au Parti, l'aptitude à croire que le noir est blanc, et plus encore, d'être « conscient » que le noir est blanc, et d'oublier que cela n'a jamais été le cas (grâce au principe de doublepensée).
Exemple de piège par les mots
« J'ai été frappé de me heurter au fait que les mêmes interlocuteurs qui, en situation de bavardage, faisaient des analyses politiques très compliquées des rapports entre la direction, les ouvriers, les syndicats et leurs sections locales, étaient complètement désarmés, n'avaient pratiquement plus rien à dire que des banalités dès que je leur posais des questions du type de celles que l'on pose dans les enquêtes d'opinion — et aussi dans les dissertations. C'est-à-dire des questions qui demandent qu'on adopte un style qui consiste à parler sur un mode tel que la question du vrai ou du faux ne se pose pas. Le système scolaire enseigne non seulement un langage, mais un rapport au langage qui est solidaire d'un rapport aux choses, un rapport aux êtres, un rapport au monde complètement déréalisé. » (Pierre Bourdieu, Intervention au Congrès de l'AFEF, Limoges, 30 octobre 1977, parue dans Le français aujourd'hui, 41, mars 1978, pp. 4-20 et Supplément au n° 41, pp. 51-57. Repris dans Questions de sociologie, Les éditions de Minuit, 1980, pp 95- 112)
Voir aussi
Références
- L'écrivain Robert Beauvais a défini une variante ampoulée du français utilisée dans les médias, qu'il a nommée l'hexagonal, comme une sorte de novlangue des temps modernes.
- Petit dictionnaire nov'langue politique orienté.
