Occident (mouvement politique)
Occident était un mouvement politique français, né en 1964 et dissous en 1968, généralement considéré comme étant d'extrême droite. Il a été remplacé par Groupe Union Défense.
Il se voulait anti-communiste, dans le contexte historique de la Guerre froide et des atteintes répétées aux droits de l'homme en URSS, qui commençaient alors à se connaître.
L'un des fondateurs, Alain Madelin, a déclaré qu'il s'agissait d'une foucade de jeunesse, et a rappelé le contexte historique de menace potentielle de l'URSS : on se situait en effet alors entre l'écrasement de Budapest (1956), et celui de Prague (1968) (voir aussi Mai 1968.). Quant à la Chine, plus en faveur dans les milieux étudiants de l'époque (à l'exception notable du milieu situationniste), sa révolution culturelle commençait à éveiller les premiers doutes chez ses sympathisants (voir Simon Leys).
Le mouvement a été fondé en avril 1964 par Pierre Sidos (fondateur de l'Œuvre française) avec des étudiants dont :
- Alain Madelin qui deviendra par la suite à plusieurs reprises ministre de la Ve République française. Il a été président de Démocratie libérale, puis député UMP.
- Gérard Longuet (devenu par la suite ministre de l'Industrie et président du Conseil régional de Lorraine),
- Xavier Raufer (alias Christian de Bongain)
- Pierre Barroux
Il comptera environ 500 militants. On peut par exemple citer Jacques Bompard (futur maire FN d'Orange), Gérard Boulanger, Thierry Boutet (futur éditorialiste de l'hebdomadaire Famille chrétienne), Patrick Devedjian (futur député des Hauts-de-Seine et ministre), Gérard Écorcheville, Patrice Gélinet (futur directeur de France Culture), Jean-Jacques Guillet (futur député des Hauts-de-Seine), Hervé Novelli (futur député d'Indre-et-Loire), William Abitbol (futur conseiller de Charles Pasqua), François Duprat (qui revenait alors du Katanga où il avait dirigé les services de propagande de Tshombé et qui sera assassiné en 1978).
Le mouvement est généralement considéré d'extrême droite, ainsi pour le réseau Voltaire :
- « Le Mouvement Occident fut fondé en avril 1964 par des militants issus d'Europe-Action et de la Fédération des étudiants nationalistes. Ce mouvement, aux références fascistes marquées, a mené des actions violentes contre des groupes gauchistes ou communistes (tabassage d'un étudiant (Serge Bolloch) de l'université de Rouen, qui finira journaliste au Monde), et soutenu systématiquement les régimes pro-américains et anti-communistes. »
Leur petite guerre à eux se jouera dans le Quartier latin contre les gauchistes, contre la représentation de la pièce de Jean Genet les Paravents au Théâtre de l’Odéon à Paris en avril 1966, dont ils obtiendront le retrait de l’affiche.
Le 12 janvier 1967, une petite équipe d’Occident attaque les comités Vietnam sur le campus de l’université de Rouen, la « rixe » politique entraînera l’interpellation rapide d’une vingtaine de membres du groupuscule dont Gérard Longuet, Alain Madelin et Patrick Devedjian. Cette affaire alimentera la tendance naturelle à la paranoïa des militants d’Occident, prêts à se soupçonner les uns les autres d’avoir lâché le morceau à la police. Patrick Devedjian figure en tête de la liste des « balances » possibles. Convoqué sous le prétexte d’une réunion, le jeune militant va être soumis à un interrogatoire musclé et à la baignoire. Nu comme un ver, il enjambe la fenêtre et se laisse pendre dans le vide avant d’être embarqué par une ronde de police.
En 1968, les troupes d’Occident qui se sont forgées une sulfureuse réputation de casseurs hésitent à rejoindre les barricades pour achever le régime gaulliste qu’elles exècrent ou, au contraire, à lutter contre les gauchistes.
Le 28 octobre 1968, un groupe commun pro-chinois et anarchiste investissait le café Relais-Odéon, lieu de rendez-vous habituel des militants d'Occident, et y lançait des cocktails molotov entraînant un incendie dont les dégâts furent chiffrés à 250 000 F de l'époque. Prévenus par une « taupe » dans les milieux gauchistes, les militants nationalistes s'étaient ce jour-là abstenus de se rendre à ce qui constituait leur véritable « quartier général ». Le soir même, la librairie chinoise de la rue Git-le-Cœur était plastiquée, tandis qu'un autre groupe anarchiste s'efforçait en vain d'incendier la Librairie française d'Henry Coston, tenu par erreur pour un proche du mouvement Occident (ce qui n'était pas vrai, en dépit d'un positionnement commun à l'extrême droite).
Le 31 octobre, devant les risques d'engrenage, Raymond Marcellin, ministre de l'Intérieur, faisait adopter par le conseil des ministres la dissolution d'Occident, qui prit effet le lendemain 1er novembre 1968, toutefois sans engager la moindre poursuite contre ses dirigeants.
Occident était un groupuscule d'extrême-droite : nombreuses références à Brasillach, célébration attendrie des vertus du "sang", exaltation de l'"ethnie française", jusqu'à affirmer que : "Pervers et nuisible sous toutes ses formes, le libéralisme est l'ennemi le plus dangereux du nationalisme".
Bibliographie
- Génération Occident, de Frédéric Charpier, Seuil, 2005
