Ondine (Bertrand)
Ondine est le titre d'un poème d'Aloysius Bertrand, tiré de Gaspard de la nuit (1842), un des premiers chefs-d'œuvre de la poésie en prose, dont voici le texte :
- « Écoute ! — écoute ! — c'est moi, c'est Ondine qui frôle de ces gouttes d'eau les losanges sonores de ta fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ; et voici, en robe de moire, la dame châtelaine qui contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi.
- Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais, et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le triangle du feu, de la terre et de l'air.
- Écoute ! — écoute ! — mon père bat l'eau coassante d'une branche d'aulne verte, et mes sœurs caressent de leurs bras d'écume les fraîches îles d'herbes, de nénuphars et de glaïeuls, ou se moquent du saule caduc et barbu qui pêche à la ligne ! »
- Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son anneau à mon doigt pour être l'époux d'une Ondine, et de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs.
- Et comme je lui répondais que j'aimais une mortelle, boudeuse, décapitée, elle pleura quelques larmes, poussa un éclat de rire, et s'évanouit en giboulées qui ruisselèrent blanches le long de mes vitraux bleus.
L'œuvre a notamment inspiré Maurice Ravel, qui lui a consacré un poème musical.
Voir aussi
- Ondine dans la mythologie germanique ;
- Ondine, pièce de théâtre de Jean Giraudoux ;
- un prélude de Claude Debussy (2e cahier)
