Ordre de Malte

L'Ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, plus communément appelé, suivant les époques, Ordre de l'Hôpital, Ordre hospitalier, Ordre de Rhodes, Religion ou Ordre de Malte, est une organisation catholique souveraine à vocation humanitaire, créée au milieu du XIe siècle par des Latins originaires d'Amalfi (Campanie) du monastère Saint-Jean-l'Aumônier à Jérusalem.

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De Jérusalem à Rhodes

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Les origines

L'origine de l'Ordre est au monastère Sainte-Marie-des-Latins, fondé à Jérusalem au milieu du XIe siècle par des marchands amalfitains. Vers 1080, Gérard, supérieur du monastère crée un « hôpital » ou hospice, dédié à saint Jean, à côté du monastère. Le rôle de cet hospice est d'accueillir et de soigner les pèlerins chrétiens venus accomplir le « voyage de Terre Sainte ». Jérusalem est alors sous domination musulmane. La première Croisade de 1099 fait passer la ville sous la domination chrétienne, mais renforce l'insécurité dans la région. Les frères hospitaliers, reconnus comme ordre monastique le 15 février 1113 par le pape Pascal II, deviennent vite des chevaliers hospitaliers. C'est le second ordre militaire de Terre Sainte après les Templiers fondés vers 1120. C'est le maître Hospitalier Raymond du Puy (mort vers 1160) qui transforme l'Ordre charitable en ordre militaire. Sur sa demande le pape Innocent II attribue aux Hospitaliers le drapeau à croix blanche en 1130 pour les différencier des Templiers qui portent la croix rouge.

Organisation de l'ordre

Hospitaliers et Templiers jouent alors, et ce jusqu'au XIIIe siècle, un rôle de premier plan sur l'échiquier politique du royaume de Jérusalem. En 1137, ils reçoivent de Foulques Ier, roi de Jérusalem, la garde de la forteresse de Bath-Gibelin ; en 1142 celle du krak des Chevaliers. Leur structure militaire et leurs places fortes ont fait des Hospitaliers une armée très efficace, mais n'hésitant pas à s'ingérer dans la conduite du royaume, formant à la cour un véritable « parti de la guerre ». Parti de la guerre qui s'oppose aux « poulains » ces seigneurs francs nés en Terre Sainte, et plus favorables à une entente avec les musulmans.

La puissance de l'Ordre vient avant tout de ses possessions en Occident. En effet, sa double vocation, militaire et monastique, lui attire les faveurs de l'aristocratie, qui se sent plus proche de ces moines-chevaliers que des institutions ecclésiastiques. Cela est particulièrement frappant dans le Midi de la France et dans la péninsule ibérique. Le roi Alphonse Ier d'Aragon va jusqu'à laisser le tiers de son royaume aux ordres militaires à sa mort en 1134 ! Ces dons qu'ils reçoivent en Occident, les Hospitaliers les organisent en commanderies, elles-mêmes regroupées en prieurés, puis en grands prieurés, dont les chefs, les prieurs, répondent directement au grand-maître, chef suprême de l'Ordre. Ces commanderies, gérées par des frères trop agés pour combattre, envoient en Terre Sainte les subsides nécessaires à la poursuite de la lutte contre les musulmans.

En 1206, paraissent les premiers statuts connus de l'Ordre : en accord avec la division en trois ordres de la société médiévale, ils distinguent trois classes parmi les frères Hospitaliers :

C'est évidemment parmi les chevaliers que se recrutent les responsables de l'Ordre, commandeurs, prieurs et grand-maître. Tous ces frères sont soumis aux vœux religieux à la différence des confrères, chevaliers qui se joignent temporairement à l'Ordre ou font promesse de s'y joindre à l'article de la mort, pour bénéficier ainsi de sa protection spirituelle tout en menant une vie laïque. Les Hospitaliers doivent, en plus de leur action militaire, se consacrer également aux soins des malades, entretenir des hôpitaux en Terre Sainte et en Occident et accueillir les pèlerins. Dans les périodes mouvementées des XIIe et XIIIe siècles, c'est pourtant la fonction militaire qui prend le dessus, au moins pour la Terre Sainte.

Chypre

L'Ordre suit les vicissitudes des États latins de Terre Sainte et leur recul progressif vers la côte. En 1291 la dernière ville chrétienne de Terre Sainte, Acre, défendue par les Templiers et les Hospitaliers, tombe. Le maître Hospitalier, Guillaume de Villiers est gravement blessé lors de la bataille. À la différence du Temple, qui se réorganise en Occident, l'Ordre se replie vers Chypre où se trouve le roi titulaire de Jérusalem, Henri II de Lusignan, qui voit d'ailleurs d'un mauvais œil venir s'installer en son royaume une organisation aussi puissante. Là, il se réorganise en 1301 en instaurant une structure élaborée pour ses possessions en Occident: les Langues. Ces Langues sont des groupements régionaux de grand prieurés, eux-mêmes regroupements de commanderies. Elles sont au nombre de huit :

Chacune est dirigée par un pilier, plus tard appelé bailli, qui possède également un des grands offices de l'Ordre. Ainsi, le pilier de Provence est grand commandeur, second du grand-maître, celui d'Auvergne maréchal, commandant l'armée, celui de France, grand hospitalier, gérant les activités charitables de l'Ordre, celui d'Espagne (après 1462, celui d'Aragon) est drapier, ayant la charge des vêtements pour les frères et les malades, celui d'Italie, amiral de la flotte et celui d'Angleterre turcopolier, c'est-à-dire commandant des troupes légères. Le pilier d'Allemagne n'a pas de grand office. Après 1462, le pilier de Castille est grand chancelier. Cette administration, exemplaire pour l'époque, permet à l'Ordre de tirer un grand profit de ses possessions en Occident et d'entretenir l'espoir d'une reconquête de la Terre Sainte.

Rhodes

Entre 1307 et 1310 l'Ordre, dont la rivalité avec le roi de Chypre ne cesse de s'accentuer, conquiert l'île de Rhodes, nominalement byzantine, qui devient son nouveau siège. De leur position insulaire, les Hospitaliers développent une grande flotte, qui fait leur réputation. Leur richesse s'accroît encore par le transfert des biens des Templiers en 1312. L'Ordre, qu'on commence à appeler « de Rhodes » transforme son action militaire vers la guerre de course, alors peu différente de la piraterie, attaquant même des bateaux chrétiens et pratiquant l'esclavage. Signe d'un enrichissement de l'Ordre en même temps que d'une conquête de souveraineté, les grands maîtres se mettent à battre monnaie à leur effigie.

Mais, parallèlement à ce contrôle maritime qu'exerce les chevaliers de Rhodes sur la mer Égée, la dynastie ottomane prend peu à peu le dessus sur l'empire agonisant de Byzance et les États latins de Grèce nés de la quatrième Croisade. En 1396, une Croisade soutenue par l'Ordre essuie un échec sanglant à Nicopolis. Après cet épisode, le sultan Bajazet Ier a les mains libres dans les Balkans. Seule sa défaite de 1402 face aux Mongols de Tamerlan sauve Rhodes. Pour l'Ordre, avec l'échec de Nicopolis, le rêve de reconquête terrestre des Lieux Saints est définitivement perdu. Les chevaliers ne peuvent plus agir que par la guerre de course en Méditerranée. En 1453 le sultan Mahomet II s'empare de Constantinople ; le grand maître Jean de Lastic se prépare à un siège. Celui-ci n'arrive pourtant qu'en 1480 et le grand maître Pierre d'Aubusson arrive à soutenir l'assaut du pacha Misach, ancien prince byzantin converti à l'Islam, grâce à des secours en provenance d'Italie. Le siège décisif a lieu en 1522. Le sultan Soliman le Magnifique assiège pendant cinq mois la ville de Rhodes avec 200 000 hommes et ne parvient à la prendre qu'à la suite de la trahison du grand chancelier d'Amaral. Impressionné par la résistance héroïque du grand maître Philippe de Villiers de l'Isle-Adam, il accorde libre passage aux chevaliers rescapés. Emportant dans trente navires leur trésor, leurs archives et leurs reliques, dont la précieuse icône de Philerme, l'un des symboles de l'Ordre, les chevaliers quittent définitivement la Méditerranée orientale et la proximité avec le monde musulman.

L'Ordre à Malte

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Portrait d'Alof de Wignacourt, grand maître de l'ordre de 1601 à 1622, par Le Caravage, qui fut un éphémère chevalier de Malte

L'installation dans l'archipel

Les Hospitaliers entament en 1522 une errance de sept années qui les conduit de Crète à Nice. C'est le pape Clément VII, ancien Hospitalier, qui les héberge à Viterbe en 1529. L'empereur Charles Quint, comprenant bien l'utilité que peut avoir un ordre militaire en Méditerranée face aux avancées ottomanes (Alger est conquis par le célèbre Barberousse en 1529), confie à l'Ordre l'archipel de Malte, dépendance du royaume de Sicile, par un acte du 24 mars 1530. L'Ordre se retrouve aux avant-postes de la Chrétienté, mais le grand maître de Villiers de l'Isle-Adam entretient toujours l'espoir de reprendre pied à Rhodes. Ce n'est qu'à sa mort en 1534 que les Hospitaliers renoncent définitivement à l'Orient. Face aux progrès ottomans (Tunis est pris en 1534), le borgho, principale ville de l'archipel, est fortifié. Parallèlement aux menaces sur le nouveau siège de l'Ordre, la Réforme porte en Europe du Nord un grand coup aux possessions des Hospitaliers. Un grand nombre de commanderies sont sécularisées et certains grands prieurés cessent carrément d'exister, comme ceux de Suède et de Danemark. En 1540 le roi d'Angleterre Henri VIII supprime de facto la Langue d'Angleterre. C'est dans ce contexte difficile que l'Ordre doit faire face à la plus grande épreuve de son histoire : le « grand siège » de 1565.

Le « grand Siège »

La flotte turque qui se présente le 18 mai 1565 devant Malte compte plus de 160 galères et 30 000 hommes, face aux 800 chevaliers et 1450 soldats que le grand maître Jean Parisot de La Valette a convoqué. Trois forts défendent la baie et le borgo. Celui de Saint-Elme tombe le 23 juin, deux cent chevaliers y trouvent la mort. Pour démoraliser les chevaliers, le commandant ottoman, Mustapha pacha, lance dans la rade des radeaux portant les corps crucifiés de défenseurs du fort. La Valette réplique en faisant bombarder dans le camp turc les têtes des Turcs prisonniers. Les deux autres forts, Saint-Ange et Saint-Michel, tiennent bon, ainsi que l'enceinte du borgo. Les Turcs arrivent à faire une entrée dans ce dernier le 7 juin, mais sont repoussés. La situation de l'Ordre est critique quand arrive le 7 septembre le « grand Secours », armée espagnole en provenance de Sicile. Les Turcs sont repoussés.

Lépante et la mainmise de l'Ordre sur la Méditerranée occidentale

Après l'échec du siège, l'Ordre se retrouve au centre des attentions des puissances catholiques européennes. En 1571, les Hospitaliers s'illustrent à la bataille de Lépante, où la flotte de la sainte Ligue, commandée par don Juan d'Autriche, détruit la flotte ottomane. Après Lépante, le danger en Méditerranée ne vient plus de la flotte de guerre ottomane mais des corsaires « barbaresques » d'Afrique du Nord. L'Ordre se lance alors dans le corso, la guerre de course, qui de contre-attaque qu'elle était à l'origine, devient vite un moyen pour les chevaliers de Malte de s'enrichir par l'arraisonnement des cargaisons mais surtout par le commerce d'esclaves, dont La Valette devient le premier centre chrétien. L'Ordre entre alors dans une période de singulières mutations : les chevaliers novices doivent à l'ordre de faire quatre « caravanes », quatre expéditions de course lors de quatre années consécutives à Malte, mais reçoivent souvent par la suite la permission de servir leur souverain d'origine. Les institutions centrales du grand magistère s'enrichissent de la course et transforment les commanderies européennes en un système de bénéfices qui permet à l'aristocratie de placer ses fils cadets, qu'elle fait souvent admettre dans l'ordre dès l'enfance afin qu'ils soit mieux placés dans la « course aux commanderies ». Ainsi, on trouve peu de chevaliers accomplissant toute leur carrière dans l'ordre, mais au contraire une rotation importante de novices venus accomplir leurs « caravanes » mais qui une fois munis d'une commanderie s'en vont servir leur roi, surtout d'ailleurs dans la marine. Les grands amiraux français des XVIIe et XVIIIe siècles, comme Coëtlogon, d'Estrées ou Suffren, sont tous des chevaliers de Malte.

La Révolution

En 1792, la Révolution française confisque les biens français de l'ordre de Malte, comme ceux de tous les autres ordres religieux. L'ordre perd alors les trois quarts de ses revenus. Suite aux triomphes de Napoléon Bonaparte en Italie, le grand maître Ferdinand von Hompesch demande au tsar de Russie de devenir le protecteur de l'ordre. Cela ne suffit pas à protéger l'île de l'invasion française en 1798 : l'ordre est chassé et la souveraineté de Malte revient à la République française.

En 1834, l'ordre de Saint-Jean s'installe à Rome, et ce n'est qu'en 1999 que l'Ordre de Malte remet les pieds sur l'île, où la République de Malte a mis à sa disposition le fort Saint-Ange.

Situation actuelle

L'ordre constitue toujours officiellement un État, et peut donc émettre des timbres, battre monnaie, faire des passeports, avoir des ambassadeurs, etc. Cependant c'est une souveraineté sans territoire (les possessions à Rome et à Malte ne sont pas sous leur juridiction propre mais sous souveraineté italienne et maltaise respectivement) et limitée (en matière religieuse, l'ordre est inféodé au Vatican). Il entretient actuellement des relations d'État à État avec quatre-vingt-treize puissances et est reconnu par l'Organisation des Nations unies où il dispose d'un statut d'observateur permanent. En France, il n'est pas reconnu comme un État réellement souverain, il ne dispose pas à Paris d'un ambassadeur mais d'un « Représentant officiel auprès de la France ».

Hiérarchie

Les membres de l'Ordre sont divisés en différentes classes, suivant le degré d'engagement religieux des membres, elles-mêmes subdivisées en catégories, suivant le degré de noblesse. Enfin dans une même classe existent des distinctions.

Première classe : les profès, qui ont fait profession religieuse et sont donc des religieux soumis aux trois vœux (chasteté, pauvreté, obéissance) :

Deuxième classe : les membres en obédience, qui ont fait promesse de tendre à une vie chrétienne et de suivre les principes de l'ordre

Troisième classe : les membres qui n'ont fait aucun vœu

L'ordre a aussi toujours officiellement un caractère militaire (même s'il n'a plus d'armée) et catholique (le grand maître a dignité de cardinal), mais il a surtout conservé sa mission hospitalière, ce qui fait de l'Ordre de Malte le plus ancien organisme humanitaire (900 ans d'âge). En France, il est représenté par les Œuvres hospitalières françaises de l'Ordre de Malte (OHFOM), une organisation caritative (très active dans la lutte contre la lèpre et la précarité) et de secourisme.

En matière postale, les timbres émis par l'Ordre depuis 1966 ne sont pas reconnus par l'Union postale universelle (UPU). L'Ordre a cependant signé des conventions postales bilatérales avec cinquante et un pays qui acceptent les courriers affranchis avec ces timbres.

Cependant, en raison des positions extrémistes de certains de ses membres, l'Ordre de Malte fait l'objet de différentes polémiques.

Le grand maître est actuellement Frà Andrew Willoughby Ninian Bertie.

Décoration

L'ordre a sa propre décoration, le Mérite de l'Ordre souverain de Malte, qui se décline comme la Légion d'Honneur, chevalier, officier, commandeur, grand officier et grand'croix (à ne pas confondre avec la hiérarchie de l'ordre telle que décrite ci-dessus).

Voir aussi

Chevalier Paul

Liens externes

See also: Ordre de Malte, 1080, 1099, 1113, 1120, 1130