Pangermanisme

Le Pangermanisme est un mouvement politique du 19e siècle visant l'unité de tout les germanophones d'Europe, ou identifiés comme tel par les penseurs de cette théorie.

Sommaire

Origines: naissance du nationalisme allemand

Les origines du pangermanisme remonteraient au début des années 1800 suite aux guerres napoléoniennes. Ces guerres déclenchèrent un mouvement social né en France même suite à la révolution française: le nationalisme. Le nationalisme à cette époque était une menace sérieuse pour les anciens régimes aristocratiques. En effet, la plupart des groupes ethniques de l'Europe centrale étaient divisés par les frontières des empires des vieilles dynasties des Romanov et des Habsbourg. Les Allemands, de leur côté, étaient un peuple sans unité politique depuis la Réforme, lorsque le Saint Empire romain germanique fut divisé en une série de petits États indépendants. Les nouveaux nationalistes allemands, principalement de jeunes réformistes, désiraient réunir l'ensemble du peuple partageant l'ethnie et la langue allemande, le Volksdeutschen.

Prusse, Austriche et Nationalisme

Dans les années 1860, les deux plus puissant États germanophones etaient la Prusse et l'Autriche, et ces deux puissances cherchaient à étendre leurs territoires et leur influence. La structure multi-ethnique de l'empire autrichien était toutefois critiqué par des germanophones vivant à l'intérieur comme è l'extérieur des frontières de l'empire. C'est pour affirmer sa multi-ethnicité que l'empire s'est redéfini comme l'Empire Autro-Hongrois. La Prusse, sous Otto von Bismarck, utilisa de son côté le nationalisme pour réunir l'ensemble du territoire qui forme l'Allemagne moderne. L'empire germanique, le Deuxième Reich, fut achevé en 1871 suite au couronnement de Guillaume 1er à la tête d'une union d'États germanophones. Par contre, de nombreux Allemands habitaient toujours à l'extérieur du nouvel empire. Ces groupes utilisèrent le sentiment nationaliste germanique pour tenter une unification de leur territoire avec la mère-patrie. L'Autriche et les Sudètes devinrent donc au centre de la controverse.

De nombreux Autrichiens commencèrent à avoir du ressentiment pour la diversité ethnique de leur propre empire. Se définissant eux-mêmes comme les descendants des Bavarois, qui conquièrent et s'établirent dans la région, de nombreux d'entre eux appuyèrent la séparation de l'empire des Habsbourg pour rejoindre le nouvel empire germanique.

Début du pangermanisme

Le pangermanisme, à proprement parler, prend corps dans les années 1890, et en aucun cas avant cette date. Il ne faut en effet pas confondre le «sursaut national» de 1814 cité plus haut et même la politique Bismarckienne, plus prussienne que germanique, avec le pangermanisme. Ce mouvement prend d'ailleurs corps en réaction à la pensée bismarckienne, centrée avant tout sur la Prusse. Bismarck s'appuyait de plus sur des alliances à l'Est qui lui interdisait toute velléité d'expansion en Europe centrale et orientale.

Jusqu'à la Première Guerre mondiale, on distingue deux types de pangermanismes : la version continentale et la version coloniale. En effet, à l'image des autres grandes nations européennes, l'Allemagne veut se doter d'un empire colonial. L'une des expressions politiques majeures en Allemagne lors de cette phase est l'émergence du parti s'intitulant «Ligue Pangermanique». Ce parti qui défend le Volkstum (l'esprit de la race), influence le jeune Adolf Hitler. Ce parti extrémiste resta toutefois très minoritaire en Allemagne.

Le pangermanisme après la Première Guerre mondiale

Après la Première Guerre mondiale, l'influence de l'Allemagne en Europe fut considérablement réduite et ébranla les rêves d'empire colonial pour les Pangermanistes. L'Allemagne était humiliée et l'empire Austro-Hongrois fut divisé en de nombreux États. La création de la Pologne, de la Tchécoslovaquie, de la Hongrie, ainsi que l'expension de la Roumanie séparèrent de nouveau le peuple allemand, après avoir été presque entièrement réuni sous les deux empire autrichien et allemand. De nombreux états slaves nouvellement formés étaient préjudicieux envers leurs minorités germanophones, spécialement dans les territoires contrôlés anciennement par l'empire Austro-Hongrois. Des allégations de racisme et d'oppression furent lancées.

L'idée de pangermanisme n'en est pas pour autant disparue et des penseurs et écrivains s'efforcent à la définir et à l'expliquer. En 1915, Friedrich Naumann publie la fameux Mittel Europa. En 1926, Hans Grimm vulgarise l'expression d'« espace vital ». Adolf Hitler est en phase avec cette famille de pensée, comme le montre clairement Mein Kampf (Mon Combat) (1925).

Adolf Hitler, après avoir pris le pouvoir, entama une politique radicale appliquant le pangermanisme en faisant main basse sur tout les territoire décrétés «germaniques». Les Sudètes, une région de l'actuelle République Tchèque, étaient au centre de la controverse. En effet, région majoritairement germanophone, le territoire avait été donné à la Tchécoslovaquie comme zone tampon afin de prévenir une future agression allemande. Hitler utilisa « l'oppression » des Allemands en Europe de l'est pour justifier une invasion. À la fin de 1938, le sort des Sudètes fut débatu lors de la conférence de Munich. La région, où vivaient environ 3 millions d'Allemands, fut finalement cédée au Troisième Reich.

Au cœur de la Seconde Guerre mondiale, les Autrichiens, Sudètes, Alsaciens, Allemands de Transylvanie et Allemands de la Mer Baltique furent tous sous le contrôle du troisième Reich et le rêve pangermanique fut enfin réalisé. Par contre, bien que cela donnât de nombreux avantages aux populations d'ethnie germanique, cela ne fut pas sans problèmes pour ces gens. En effet, les Nazis réinstallèrent des Allemands à travers toute l'Europe à leur guise, sans tenir compte de l'avis et des désirs de ces Allemands de l'Est.

Disparition du pangermanisme

La défaite lors de la Seconde Guerre mondiale mit fin aux rêves de pangermanisme de la même façon que la Première Guerre mondiale provoqua la disparition du panslavisme. Les Allemands d'Europe de l'Est furent chassés brutalement et l'Allemagne même fut dévastée, divisée idéologiquement entre la République fédérale d'Allemagne (ouest) et la République démocratique allemande (est). Le nationalisme et le pangermanisme devinrent des sujets tabous en raison de leur utilisation violente faite par les Nazis. Par contre, la réunification du pays en 1990 suite à la chute du mur de Berlin a ravivé les vieux débats. La peur des abus du passé demeure toutefois forte et explique la peur que les Allemand eux-mêmes ont d'un « Volksdeutschen » uni.

Il existe toujours actuellement d'importantes populations germanophones à l'extérieur de l'Autriche et de l'Allemagne en Suisse, en Belgique, en France, en Europe de l'Est et dans l'ex-Union Soviétique, même si de nombreux germanophones ont recherché la citoyenneté allemande après l'écroulement du bloc communiste. Même aujourd'hui, l'idée même d'unification de l'Autriche et de l'Allemagne ravive le douloureux souvenir du nazisme rendant peu probable une telle union dans un avenir prochain.

See also: Pangermanisme, 1814, 1915, 1925, 1926, 1938, 1990, Adolf Hitler, Allemagne, Allemand