Paul Barril

Paul Barril (né le 13 avril 1946) est un ancien officier de la Gendarmerie Nationale française, auteur de plusieurs livres sur sa carrière militaire, qui abordent diverses affaires délicates pour l'État français.

Gendarme jusqu'en 1995, il a été numéro 2 du GIGN pendant 10 ans avant de participer à création de la cellule antiterroriste de l'Élysée sous le premier septennat de François Mitterrand. Il dirige depuis plusieurs entreprises dans le domaine de la sécurité privée. Ses activités en Afrique et plus particulièrement au Rwanda à l'époque du génocide font l'objet de nombreuses controverses.

Sommaire

Carrière militaire

Commandant en second du GIGN (Groupe d'intervention de la Gendarmerie nationale) auprès du commandant Christian Prouteau de 1974 à 1982, puis commandant du GIGN par intérim en 1982-1983 (le commandant Prouteau ayant reçu pour mission de créer le GSPR), cet officier a, d'après lui, « arrêté 115 personnes, participé à la reddition de 61 forcenés, neutralisé à mains nues 17 individus armés, libéré plus de 450 otages »1.

Après l'attentat de la rue Marbeuf du 22 avril 1982, il participe avec Christian Prouteau à la création de la cellule antiterroriste de l'Élysée. Il est impliqué dans plusieurs affaires retentissantes comme celle des Irlandais de Vincennes qui éclate peu après et l'affaire des écoutes de l'Élysée, révélée 11 ans plus tard.

Au service du privé

Suite à l'affaire des Irlandais, fin 1984, il crée la société Epsylon, rue d'Artois, à Paris.

En 1988, il constitue un « groupe d'action » autour du président Félix Houphouët-Boigny, en Côte d'Ivoire.

Rôle au Rwanda

L'aspect le plus controversé des activités de Paul Barril est peut-être son implication au Rwanda pendant la première moitié des années 1990, à l'époque où se prépare le génocide des Tutsi. Barril retourne à Kigali juste après l'attentat contre l'avion transportant le président Juvénal Habyarimana et d'autres personnalités, au moment où commence le génocide. S'il est difficile d'imaginer que les services secrets français ignoraient ses activités, Paul Barril a déclaré « n'avoir pas besoin de prendre [ses] ordres de l'Élysée ou de Matignon » et « savoir la direction qui est bonne pour [son] pays »2.

Le capitaine Barril se présente comme un conseiller du président Habyarimana. Il a été contacté en 1989 concernant une réorganisation des services de renseignements rwandais3. D'autres sources parlent d'un audit de l'armée rwandaise réalisé en 19904.

Il est également présent à Kigali le 7 et le 27 avril 19945. Après l'assassinat de Juvénal Habyarimana il est engagé - via sa société SECRETS6 - par sa veuve pour éclaircir l'affaire et déclare à des journalistes du Monde et de France 2 détenir les boites noires de l'avion présidentiel. Il est également l'un des promoteurs de la thèse d'une culpabilité du FPR dans l'attentat7.

À la même époque (20 mai 1994) il est chargé par le gouvernement intérimaire Hutu, qui dirige le pays pendant le génocide, de recouvrer un accompte de 1 650 000 dollars versé dans le cadre d'un contrat d'achat d'armement non honoré8.

L'historienne Alison des Forges, dans son livre Leave None to Tell the Story: Genocide in Rwanda, traduit en français sous le tire « Aucun témoin ne doit survivre » rapporte 9 également que (les mois se rapportent à l'année 1994) :

"Selon des sources militaires rwandaises, Barril avait été engagé par le ministère rwandais de la Défense pour diriger un programme de formation de 30 à 60 hommes, effectif qui était susceptible d'atteindre les 120, au camp de Bigogwe dans le Nord-Ouest. Il devait entraîner au tir10 et aux tactiques d'infiltration, une unité d'élite qui se préparait à mener des attaques derrière les lignes du FPR. L'opération avait reçu le nom de code d'« opération insecticide », signifiant que l'opération se destinait à exterminer les inyenzi ou les « cafards ». Les commandants des unités de l'armée et de la gendarmerie reçurent l'ordre, dans la première quinzaine du mois d'avril, de recruter des volontaires pour ce programme. En juin, des officiers rwandais décidèrent d'offrir des primes pour inciter les participants au programme de formation à mener des attaques derrière les lignes du FPR, lesquelles étaient vulnérables parce qu'elles s'étendaient sur de longues distances. Toutefois, la situation militaire changea trop rapidement pour qu'ils aient le temps de mettre leur décision à exécution104.
Selon Sébastien Ntahobari, alors attaché militaire à l'ambassade du Rwanda à Paris, le ministre de la Défense Bizimana transféra 1 200 000 dollars (plus de 6 millions de francs français) de Nairobi à Paris en juin 1994 et envoya un fax à Ntahobari pour payer cette somme à Barril, en échange de divers « services et assistance », sans plus de précision. Un assistant de Barril se déplaça à l'ambassade pour venir chercher l'argent105.
Interrogé sur ce programme d'entraînement, au cours d'un entretien avec une enquêtrice de Human Rights Watch, Barril nia en avoir eu connaissance et mit brusquement fin à la conversation106"

Dans un témoignage filmé pour la Commission d'enquête citoyenne, Madame Des Forges ajoutera en 2004 11 :

Plusieurs officiers de l’ancienne armée rwandaise m’ont informée de la présence de Paul Barril pendant le génocide. L’un d’entre eux m’a parlé de ce contrat, qui consistait à fournir armes et formation, et devait se dérouler au camp de Bigogwe, à l’intention des troupes d’élite qui devaient opérer ensuite derrière les lignes du FPR. Un autre officier m’a parlé de la présence d’au moins deux militaires européens, francophones, qui ne connaissaient rien du Rwanda, et qui avaient été transportés par hélicoptère de Kigali jusqu’à Bigogwe, pendant cette même période. Il semble probable qu’il y ait eu des mercenaires engagés par Paul Barril dans cette opération.
Les autorités françaises n’ont pas abordé la question du comportement de Paul Barril, sous prétexte qu’il n’est plus un militaire français. Pourtant, ses liens avec l’armée française sont très importants. On sait bien que l’armée emploie des gens sous contrat pour des opérations qu’elle ne peut assumer officiellement. C’est une façon pour le gouvernement d’agir officieusement, par l’intermédiaire de gens qu’il estime être de confiance.

Le journaliste Patrick de Saint-Exupéry écrira en 200412 :

« Paul Barril va signer un contrat de 1 200 000 dollars avec le gouvernement des tueurs. Il mènera le “programme de formation” d’une “unité d’élite”, portant sur le “tir” et les “techniques d’infiltration”. Le contrat est intitulé opération Insecticide. »

Informations complémentaires

Notes

1. Biographie de Paul Barril sur le site Barril.com
2. Entretien avec Paul Barril publié dans le numéro de mars 1995 du magazine Playboy, reproduit sur le site du Réseau Voltaire.
3. Informations mentionnées dans l'annexe 10 du rapport de la Mission d'information de l'Assemblée nationale sur les opérations militaires au Rwanda entre 1990 et 1994 (disponible sur le site de l'Assemblée nationale.
4. Libération du 29 juillet 1994, cité par le Réseau Voltaire.
5. Paul Barril, Guerres secrètes à l'Élysée, Albin Michel, Paris, 2000, cité par le Réseau Voltaire.
6. Au Rwanda article du Réseau Voltaire.
7. France 2, 28 juin 1994, émission évoquée dans le Rapport parlementaire sur le Rwanda, p. 238.
8. Rapport parlementaire, pp. 257-258 et annexe 10, notamment pp. 575-581.
9. ceci est la version française du texte original ; ce dernier est consultable sur le site de l'association Human Right Watch : repères 103 à 106, et pages 774 et 775 de la version française (voir bibliographie).
10. La version anglaise parle ici de tir de précision (formation de tireurs d'élite).
11. L'horreur qui nous prend au visage - Rapport de la Commission d'enquête citoyenne - Sous la direction de Laure Coret et François-Xavier Verschave - édition Karthala - page 136.
12. L'inavouable - La France au Rwanda - Patrick de Saint-Exupéry - Editions les arènes - 2004 - page 256.

Bibliographie

Liens externes

See also: Paul Barril, 1984, 1988, Affaire des écoutes de l'Élysée, Côte d'Ivoire, FPR, François Mitterrand, Félix Houphouët-Boigny