Paul Ricœur
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Paul Ricœur (27 février 1913, Valence - 20 mai 2005, Châtenay-Malabry), est un philosophe français.
Biographie
Orphelin précoce après que son père a été tué au front en 1915, Paul Ricœur conserva de cet épisode fondateur une obsédante interrogation sur la problématique du mal, de la faute et de la souffrance. Adulte, socialiste et pacifiste, il adhère à la SFIO.
Mobilisé en 1939, puis fait prisonnier, il passera la Seconde Guerre mondiale dans différents oflags de Poméranie.
Il fut professeur à la Sorbonne, à l'université Catholique de Louvain (KULeuven) et les universités de Yale et de Chicago.
Dans les années 1960, il s'intéresse aux sciences humaines et à la psychanalyse freudienne. Proche de la revue Esprit, c'est dans ses pages que Ricœur va se heurter à Claude Lévi-Strauss et au structuralisme. Celui-ci reprochera à Ricœur son attachement à l'herméneutique, une discipline qui selon lui a été reconnue comme inopérante depuis Nietzsche.
Dans les années 1970, il se penche sur les préoccupations philosophiques anglo-saxonnes, et il contribue à la diffusion en France de la philosophie analytique américaine.
En 2004, il reçoit le prix John W. Kluge pour les sciences humaines. Paul Ricœur est aussi lu par les sociologues et ceux qui s'intéressent à cette discipline.
Pensées
« La fonction de transfiguration du réel que nous reconnaissons à la fiction poétique implique que nous cessions d'identifier réalité et réalité empirique ou, en d'autres termes, que nous cessions d'identifier expérience et expérience empirique. Le langage poétique tire son prestige de sa capacité à exprimer des aspects de ce que Husserl appelait Lebenswelt et Heidegger In-der-Welt-sein. De la sorte il exige que nous critiquions notre concept conventionnel de la vérité, c'est-à-dire que nous cessions de le limiter à la cohérence logique et à la vérification empirique, de façon à prendre en compte la prétention de vérité liée à l'action transfigurante de la fiction »
« On pourrait dire que dans les arts à deux temps le moment du sempiternel est dans le retrait du livret et du script, mais l'épreuve temporelle est dans la monstration. La capacité d'une monstration sans cesse renouvelée, comme étant toujours autre, quoique du même, constitue le lien entre le sempiternel et l'historique; c'est peut-être là la marque temporelle la plus prégnante de l'œuvre d'art. »
« la métaphore, c'est la capacité de produire un sens nouveau, au point de l'étincelle de sens où une incompatibilité sémantique s'effondre dans la confrontation de plusieurs niveaux de signification, pour produire une signification nouvelle qui n'existe que sur la ligne de fracture des champs sémantiques. Dans le cas du narratif, je m'étais risqué à dire que ce que j'appelle la synthèse de l'hétérogène ne crée pas moins de nouveauté que la métaphore, mais cette fois dans la composition, dans la configuration d'une temporalité racontée, d'une temporalité narrative. »
« Pour une sémiotique, le seul concept opératoire reste celui de texte littéraire. L'herméneutique, en revanche, s'efforce de reconstruire l'arc entier des opérations grâce auxquelles l'expérience pratique se donne des œuvres, des auteurs et des lecteurs (...) L'enjeu, c'est donc le processus concret à travers lequel la configuration textuelle sert de médiateur entre la préfiguration du champ pratique et sa refiguration grâce à la réception de l'œuvre »
« Depuis le 11 septembre nous avons régressé sur l’idéal kantien de paix universelle. Pour Kant le signe principal de reconnaissance des peuples consistait en l’hospitalité. Aujourd’hui, nous en sommes loin. »
