Philippe V d'Espagne

Philippe V (Versailles 1683Madrid 1746), roi des Espagnes et des Indes (17001746). Né Philippe de France, fils de France.

Deuxième fils du Grand Dauphin et petit-fils de Louis XIV, il est d'abord titré duc d'Anjou. Il est baptisé en 1687 et en 1689, il reçoit comme gouverneur le duc de Saint-Aignan. En 1690, il perd sa mère, née Marie-Christine de Wittelsbach.

La succession d'Espagne

À la fin des années 1690 se pose le problème de la succession d'Espagne : Charles II d'Espagne, surnommé el Hechizado (« l'ensorcelé »), est malingre et contrefait, de santé très délicate et sans postérité. Avant même sa mort, les grandes puissances européennes tentent de s'entendre pour s'approprier son royaume. L'enjeu est important : si l'Espagne va aux Bourbons ou aux Habsbourg d'Autriche, c'est le fragile équilibre européen qui sera détruit. Finalement, pressé par le cardinal Portocarrero, son principal conseiller, Charles II choisit la solution française. Le 2 octobre 1700, il fait du jeune duc d'Anjou son légataire universel, bien que l'héritier légitime fût le Grand Dauphin, puisque fils de la sœur aînée de Charles II. En cas de mort ou d'accession sur le trône français du duc d'Anjou, la couronne espagnole devait revenir au duc de Berry, puis à défaut à l'archiduc Charles (futur Charles VI). Il meurt le 1er novembre.

Le 9 novembre, la nouvelle arrive à Versailles. Le 16 novembre 1700, Louis XIV annonce à la cour qu'il accepte le testament de Charles II. Cette journée est restée fameuse. Le roi de France présente ainsi son petit-fils, âgé de 17 ans, qui ne parle pas un mot d'espagnol :

« Messieurs, voici le roi d'Espagne ! »

Puis il déclare à son petit-fils :

« Soyez bon Espagnol, c'est présentement votre premier devoir ; mais souvenez-vous que vous êtes né Français pour entretenir l'union entre nos deux nations ; c'est le moyen de les rendre heureuses et de conserver la paix de l'Europe. »

Castel dos Rios, l'ambassadeur espagnol, s'exclame :

« Il n'y a plus de Pyrénées ! »

Toutes les monarchies européennes, sauf l'Empire, reconnaissent le nouveau roi.

Roi d'Espagne

Le duc d'Anjou quitte Versailles le 4 décembre, lesté d'Instructions en 33 articles de Louis XIV, résumant la conception du pouvoir louisquatorzienne. Il arrive à Madrid le 22 janvier.

Quelques mois plus tard, c'est le désastre. Première « erreur », le Parlement de Paris a conservé par lettres patentes, le 1er février 1701, les droits de Philippe V à la couronne de France. Deuxième erreur, toujours en février, Louis XIV, à la demande du conseil de régence espagnol, envoie des troupes occuper des garnisons hollandaises sur la frontière des Pays-Bas espagnols, garnisons installée en vertu d'un traité bilatéral signé en 1698. Troisième erreur, des Français s'installent aux postes importants à Madrid. C'est Louis XIV qui pilote également le mariage de Philippe V avec Marie-Louise Gabrielle de Savoie, et donne pour guide et camarera mayor au nouveau couple une amie de Mme de Maintenon, la redoutable princesse des Ursins. Dès lors, les couronnes européennes craignent de voir l'Espagne devenir un protectorat français. Ce sera la guerre de Succession d'Espagne.

Philippe V sauve finalement son trône grâce à la victoire du maréchal de Vendôme à Villaciosa, en 1710. Le traité d'Utrecht le confirme dans ses droits, tout en le contraignant à renoncer solennellement, pour lui et ses descendants, à la couronne de France (ces renonciations, discutables d'un point de vue juridique, sont l'un des points d'achoppement de la querelle entre orléanisme dynastique et légitimisme). Sa couronne lui reste également aux prix de pertes de territoire, notamment Gibraltar, Minorque, et des territoires italiens. Par ailleurs, tout en ayant signé le traité, Charles VI continue à porter le titre de roi d'Espagne, et à traiter Philippe V en usurpateur. L'Espagne reste alors sous influence française, par l'intermédiaire de Jean Orry, chargé des finances, qui mène une politique de centralisation administrative à la française.

À la mort de sa femme, la princesse de Savoie, Philippe V se remarie, en 1714, avec Élisabeth Farnèse, sœur du duc de Parme, par l'intermédiaire de l'abbé Giulio Alberoni, futur cardinal, et âme damnée de la reine. La nouvelle reine fait renvoyer prestement la princesse des Ursins. Alberoni, qui gouverne en sous main le faible Philippe V, mène une politique qui conduit, suite à un incident mineur fin 1728 (arrestation en Milanais du Grand Inquisiteur), à une guerre contre la France et l'Angleterre, et il finit par être renvoyé en 1719.

En 1724, il abdique en faveur de son fils aîné, mais la mort prématurée de celui-ci, sept mois plus tard, le fait ceindre de nouveau la couronne. En mars 1725, il rompt avec la France qui renvoie la fiancée de Louis XV, Marie Anne Victoire, fille de Philippe V : l'Infante-Reine, comme on la surnomme, est trop jeune pour être mère, alors que la France a besoin rapidement d'un dauphin. Philippe V se rapproche alors de l'Autriche, obtenant pour ses fils Parme et Plaisance par le traité de Séville de 1729. Au sortir de la guerre de Succession de Pologne, ces villes sont remplacées par Naples et la Sicile (1738).

Enfin, il s'engage dans la guerre de Succession d'Autriche suite aux tensions nées de l'essor maritime de l'Espagne. Il meurt en 1746. Son fils Ferdinand VI d'Espagne lui succède.

Voir aussi




Précédé par
Charles II
Rois des Espagnes Suivi par
Ferdinand VI
' roi de Naples Charles VI, empereur
' roi de Sicile Victor-Amédée II de Savoie

See also: Philippe V d'Espagne, 1683, 1687, 1689, 1690, 1698