Prédestination
La prédestination dans l'Église catholique
La prédestination absolue a toujours été rejetée par l’Église catholique, bien que le débat existe depuis les origines, et qu’il ne soit toujours pas résolu. Ainsi, au Ve siècle, un conflit oppose saint Augustin au moine Pélage, qui soutient lui que l’homme peut être sauvé par sa seule volonté. Au IXe siècle, Gotescalc, moine de Fulda, soulève à nouveau le problème, avant Luther et Calvin (1509–1564). Plus tard, il y eut les jansénistes du monastère de Port-Royal (rasé par ordre de Louis XIV en 1711). Ils disaient que la grâce n’est pas accordée à tous les hommes, et que Dieu, dans sa toute–puissance, l’accorde à certains, la refuse à d’autres. Il peut même la refuser à celui qui désirant échapper au péché, se soumet totalement à la loi divine. Les jansénistes appelaient « le juste pêcheur » cet exclu a priori de l’amour divin. Aujourd’hui, cette querelle reste purement théologique, et dans l’Église catholique elle ne touche généralement que les évêques.
Le calvinisme
Jean Calvin durcit la conception de la prédestination en 1536, dans Institution de la Religion chrétienne. Seule une minorité d’élus trouvera le salut, choisie par Dieu depuis l’origine. L’immense majorité sera damnée. À Genève, Calvin sépare soigneusement pouvoir civil et pouvoir religieux. L’Église est gouvernée par un consistoire de pasteurs et d’anciens, et ce mode de gouvernement « presbytérien–synodal » est resté celui de toutes les Églises réformées.
L’Église protestante s'est logiquement développée en sectes. Les ministres du culte sont élus par les fidèles, la suppression du célibat permet une meilleure intégration à la communauté, et l’on retrouve l’idée germanique de décentralisation et de démocratie. Les zones initiales d’expansion du calvinisme seront, après la Suisse, les Cévennes, les Pays-Bas et l’Écosse.
Les conséquences sur le comportement économique et social
Au plan individuel, la seule question qui compte est de savoir si j’irai en Paradis (version catholique) ou si je suis un élu (version protestante). Je dois vérifier, si je suis protestant :
- que je me conforme aux prescriptions de l’Ancien Testament,
- s’il y a des signes des bienfaits de la grâce.
Dieu soutient-il mes entreprises ? Si j'ai du succès et que je puis m'enrichir, c’est un signe que Dieu me favorise. A contrario, si je suis et reste pauvre, c'est que Dieu l'a voulu ainsi. Il n’y a donc aucun frein moral à l’exploitation des pauvres, puisque à l’évidence, Dieu ne les a pas choisis. On ne leur fait pas la charité, qui encourage au vice, on peut juste les mettre au travail. Bien mieux, tout soutien aux non-gagnants va à l’encontre du dessein de Dieu. Le communisme, le socialisme et toutes autres doctrines égalitaristes sont par conséquent d’origine diabolique. C'est pourquoi face à ces doctrines, la réaction de l’establishment des États-Unis est fréquemment viscérale et hors analyse.
Deuxième question capitale : comment savoir si mes enfants sont des élus ? Une présomption importante est que Dieu me permette de leur transmette le plus gros patrimoine possible. Dans cette optique, l’épargne seconde efficacement la prière.
Au contraire des catholiques, l'institution ecclésiale n'a qu'une valeur relative chez les [protestantisme|protestants]], ce que la tradition résume par « Dieu seul est saint et rien n'est sacré ». Il y a possibilité de position personnelle sans exclusion de la communauté.
