Prison
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Une prison est un lieu de détention. C'est une des peines qui peut être infligée aux individus qui ne respectent pas les normes de la société (dans la plupart des pays ces normes sont définies par les lois).
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Les buts
Les buts des prisons varient selon les époques et surtout les sociétés. La plupart du temps il s'agit :
- De protéger la société des éléments dangereux
- De décourager les gens de commettre à nouveau des actes interdits par la loi
- De rééduquer le détenu de manière à le réinsérer
- De faire taire les opposants politiques. Ce but est principalement visé dans les dictatures, mais les démocraties agissent également de même avec des militants politiques.
- D'empêcher des prévenus de prendre la fuite ou de compromettre leur futur procès, on parle alors de prison préventive
Autrefois la prison servait également à enfermer les malades mentaux de manière à les isoler de la société. Depuis, la majorité des pays disposent d'hôpitaux psychiatriques. Mais les prisons contiennent une population relativement importante de personnes ayant des troubles mentaux.
On attribue principalement sept principes à la prison :
- correction : amendement, remplacement social.
- classification : répartition dans des établissements pénitentiaires selon différents critères (âge, sexe, gravité de l'acte, etc)
- modulation : où le déroulement de la peine passe par différentes étapes (privation de liberté, assignation à résidence suivi de libération conditionnelle avant la liberté)
- travail : comme obligation et comme droit (tout condamné a le droit de travailler plus que l'obligation de travailler)
- éducation : le traitement d'un condamné a pour but sa resocialisation.
- contrôle : nécessite un personnel spécialisé
- institutions annexes : il faut une assistance apportée au détenu lors de sa sortie de prison, au moment de la réelle resocialisation.
Le rôle des prisons à travers l'Histoire
Le rôle de la prison a plus ou moins changé à travers l'Histoire. D'un outil de pression politique, il est devenu dans certains pays (principalement les démocraties) un outil ayant pour objectif de protéger la société de ses éléments dangereux et de les réinsérer. Dans les faits, la réinsertion est rarement pleinement atteinte.
Michel Foucault dans son ouvrage Surveiller et punir indique que l'utilisation comme peine sanctionnant la délinquance est un phénomène récent qui s'est réellement institué au cours du XIXe siècle. Alors qu'avant la prison ne servait qu'à retenir les prisonniers dans l'attente d'une véritable peine (supplice exécution ou bannissement). Les prisonniers étaient retenus dans un même espace avec leurs affaires personnelles et devaient payer leur nourriture. La désorganisation était telle que les suspects d'une même affaire pouvaient facilement s'entendre sur une version des faits avant leur procès. L'exercice de la justice de l'époque était une chose publique. En montrant les suppliciés à la foule et en tenant des exécutions publiques, le roi faisait la démonstration de sa toute puissance.
Michel Foucault cite le grand renfermement ou encore la nef des fous comme exemples particuliers de privation de liberté antérieurs à l'époque moderne. Contrairement à la prison qui établit une peine à la mesure de la faute, il s'agissait de phénomènes d'exclusion où les populations déviantes (délinquants, fous, malades, orphelins, vagabonds, prostituées...) étaient enfermées pêle-mêle en dehors du regard des honnêtes gens sans autre ambition que de les faire disparaître.
L'émergence de la prison s'est faite avec une mise au secret du traitement de la délinquance. Les exécutions publiques se sont tenues dans des lieux de plus en plus discrets jusqu'à être totalement retirées à la vue de la foule. Les supplices considérés comme barbares devaient être remplacés par autre chose. Foucault indique que le choix de la prison était plutôt un choix par défaut, à une époque où la problématique était encore très majoritairement de punir le délinquant, la privation de liberté était la technique coercitive la plus évidente et la moins barbare qui pouvait être imaginée. Il affirme que dès le début l'efficacité de la prison a été remise en cause.
La prison a immédiatement évolué, elle est devenu ce que Foucault nomme une institution disciplinaire. Son organisation visant un contrôle total du prisonnier par une surveillance discrète de tous les instants. Il a trouvé dans l'idée du panoptique de Jeremy Bentham la parfaite illustration de la nouvelle technique carcérale.
Les ambitions pour la prison ont évolué avec le temps. Peu a peu l'idée que le prisonnier devait réparer le mal qu'il avait fait à la société a fait jour dans les esprits. L'emprisonnement devait donc s'accompagner de travail, le délinquant payait en prison une dette, non pas à ses victimes mais à la société toute entière que son comportement avait lésé. Après avoir fait son temps et payé sa dette le délinquant pouvait ressortir blanchi pour prendre un nouveau départ. Là encore l'application de cet idéal n'a pas été considérée comme une réussite.
Une quatrième vision de la prison comme lieu de rééducation est enfin apparue. La prison avait alors l'ambition de changer les délinquants pour les adapter à la vie normale en société. L'idée forte est celle du redressement, de donner une forme adéquate à des délinquants qui auraient poussé de travers.
La prison d'aujourd'hui est un héritage de ces idéaux qui ne s'excluent pas, la prison se justifie plus ou moins en fonction des lieux et des périodes en fonction de ces quatre idéaux de l'enfermement.
Les aspects juridiques
Aujourd'hui, dans la majorité des pays, la seule autorité pouvant mettre en prison une personne est la Justice.
Prison et droits de l'homme
Les quatre droits fondamentaux de l'homme étant la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression, le premier de ces droits est - par nature même - suspendu pendant la durée d'une peine carcérale.
Les peines de substitution
Les conditions de vie dans les prisons sont loin d'être idéales. La privation de liberté est durement ressentie par les prisonniers, et dans certains cas la prison peut risquer de nuire à la réinsertion d'un condamné. Pour cette raison, la majorité des démocraties prévoient les condamnations à des peines de substitution comme :
- Un travail d'intérêt général
- La pose d'un bracelet électronique de surveillance.
- Une amende (qui peut s'ajouter à l'incarcération - voir les cas de contrainte par corps, allongeant jusqu'à deux mois la peine de prison, notamment dans le cas de trafic de stupéfiants)
- Un sursis à la peine de prison : on n'appliquera cette dernière que si le condamné sort à nouveau du droit chemin; si c'est le cas, elle s'ajoutera à sa nouvelle peine.
- Un ajournement de peine
- La confiscation des objets ayant permis la réalisation des infractions
Critiques et oppositions à la prison
La prison est régulièrement critiquée pour différentes raisons. Il est important de séparer les différents mouvements contestataire.
La vie dans les prisons
Pour ses conditions de vie très dures, parfois inhumaine, ainsi que pour le manque de moyens donné à l'institution carcérale tant au niveau du personnel que du matériel. Des associations comme l'Observatoire international des prisons (OIP) luttent pour l'humanisation des conditions de détention (voir Georg Kirchheimer et Georg Rusche sur la notion de less eligibility dans leur livre Peine et structure sociale. Cette notion explique pourquoi les conditions dans les prisons s'améliorent, mais restent toujours inférieures au niveau de vie des plus pauvres ouvriers) et pour la normalisation du système pénitentiaire (extension de la sphère judiciaire dans le monde carcéral).
Les critiques et opposants à la prison citent souvent une phrase célèbre d'Albert Camus: On juge le degré d'humanité d'une société à l'état de ses prisons.
Abolitionnisme
On nomme abolitionnisme le fait de s'opposer au principe même de la prison.
Arguments pro-abolitionnisme
Les abolitionnistes contestent trois points :
- réinsérer, rééduquer : libéré, le délinquant est encore moins apte à vivre avec les autres (phénomène de socialisation carcérale, « prizonisation »)
- réparer les victimes : la prison est de l'ordre de la vengeance, non de la réparation
- protéger la société : la prison génère des criminels et devient une sorte d'« école du crime ».
Une partie du mouvement abolitionniste appuie sa critique sur une vision révolutionnaire. Selon cette conception marxiste ou libertaire, la prison défendrait les intérêts économiques et politiques des classes supérieures. Leurs trois principales observations (Loïc Wacquant, Thomas Mathiesen, etc.) sont les suivantes :
- La majorité des prisonniers ont une très faible éducation
- Certains détenus ont des troubles mentaux
- Les criminels ayant du pouvoir (argent ou/et influence) vont rarement en prison
Cependant, le mouvement abolitionniste n'est pas uniquement d'extrême-gauche. Il peut également être d'inspiration religieuse (notamment catholique), où l'abolition est liée à la disparition du crime.
Arguments anti-abolitionnisme
Les six mêmes points peuvent être considérés sous un autre angle :
- « libéré, le délinquant est encore moins apte à vivre avec les autres » : Si la prison n'atteint pas les buts que lui fixe le législateur, il peut s'agir d'une mise en œuvre insuffisante de moyens. Si l'on constate que les lycées ne fournissent pas de résultat acceptable en éducation, pour prendre un exemple, cela ne signifie-t-il qu'il faut supprimer les lycées, ou bien mieux les concevoir, voire en créer davantage ?
- « la prison est de l'ordre de la vengeance, non de la réparation » : c'est là un procès d'intention. La question est en fait triple:
- Le délinquant est-il ou non hors d'état de nuire pendant son incarcération ?
- Cette peine possède-t-elle ou non un côté dissuasif ? Existe-t-il par exemple des délinquants qui choisissent de ne pas prendre d'avocat parce qu'ils se moquent d'être condamnés à une peine courte ou longue ?
- Le temps d'isolement du détenu constitue-t-il une bonne opportunité ou non de le rééduquer ? En élément de réponse, faut-il rappeler que plusieurs criminels ont passé en prison des diplômes par le télé-enseignement, et ont pu à leur sortie trouver des emplois honnêtes ?
- « la prison engendre des criminels et devient une sorte d'école du crime » : Cela reste-t-il le cas si on n'est plus obligé de mettre plus d'un prisonnier par cellule ? En d'autres termes, là encore, cet argument n'indiquent-ils pas qu'il faut augmenter la capacité d'hébergement carcérale, au lieu de la réduire ? Cet argument invite à comparer les pays : environ 1% de la population étatsunienne est en prison, contre quelque chose plus proche d'un pour 1000 dans d'autres pays comme par exemple la France.
Les trois autres arguments peuvent être dénoncés comme de l'ordre du sophisme :
- « La majorité des prisonniers ont une très faible éducation » : En quoi exactement le fait de supprimer les prisons leur donnerait-elle une meilleure éducation ?
- « Certains détenus ont des troubles mentaux » : En quoi le fait qu'ils soient en prison rend-ils leurs soins plus difficiles que si l'on ne savait où les trouver ?
- « Les criminels ayant du pouvoir (argent ou/et influence) vont rarement en prison » : Est-ce une bonne chose ou une mauvaise ? Si l'on considère que c'est une mauvaise, la solution est-elle de soustraire au mieux les juges au trafic d'influence (par délocalisation de procès, par exemple), ou d'augmenter le problème en faisant que même les gens sans pouvoir et sans influence échappent à leur tour à la prison ?
État des lieux
La lutte pour l'abolition des prisons a été très forte en France à la fin des années 1970, avec la création par des intellectuels (Michel Foucault, Pierre Vidal-Naquet, etc.) du Groupe information prisons (GIP), puis du Comité d'action des prisonniers (CAP) par des détenus et des ex-détenus.
Les mutins
Aujourd'hui, les idées abolitionnistes sont défendues surtout dans des mouvements de prisonniers, des mutineries et les textes de revendication qui sont alors publiées (voir notamment Daniel Koehl Révolte à perpétuité sur la mutinerie de Saint Maur).
La prison dans le monde
- La prison au Japon
- Prison aux États-Unis
- La prison en Chine
- La prison en France
- La prison en Russie
- La prison en Belgique sur Wikinations.be
Prisons célèbres
France
- Château d'If, Marseille
- L'Île du Diable, Guyane française
- La Bastille, Paris
- Prison de Clairvaux, Clairvaux
- Prison de Fleury-Mérogis, Fleury-Mérogis
- Prison de Fresnes, Fresnes
- Prison de la Santé, Paris
- Prison Sainte-Pélagie, Paris
- prison de gradinan , a gradignan
États-Unis
- Pénitencier d'Angola, Louisiane
- Alcatraz, San Francisco
- Prison de Guantanamo, Cuba
Irak
- Prison d'Abu Ghraib, Irak
Rome Antique
Royaume-Uni
Bibliographie
- Loïc Wacquant, Les Prisons de la misère, Raisons d’agir, 1999
Voir aussi
Articles connexes
- Michel Foucault, Surveiller et punir
- Prison panoptique
- Retournement
- Justice
- Bagne
- Liste de prisonniers célèbres
- Liste des prisons de Paris lors de la Révolution
- Groupe d'information sur les prisons
Liens externes
- Observatoire International des Prisons
- Site d'information sur les prisons en Europe
- Article de Marcela Iacub : La case prison n'est pas obligée
- Site d'information sur les prisonniers politiques
- La section prison du Monde Diplomatique
