Pseudo-science
Pseudo-science (voire anti-science) est un terme servant à désigner une activité qui veut se donner toutes les apparences d'une science, mais n'en est pas une.
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Définition
Ce terme est inauguré par le titre de la revue de l'AFIS (Française d'Information Scientifique) Science et pseudo-sciences en 1985. Il existe des dérivés dont le terme de « pseudo-médecine », employé par Jean Brissonet en 2004 dans l'ouvrage mixte (version electronique gratuite et version papier) Les pseudo-médecines : un serment d’hypocrites.
Il ne faut pas confondre « pseudo-scientifique » et « non-scientifique ». En effet, Le préfixe pseudo, qui vient du grec pseudês (« menteur »), signifie, dans son sens actuel, « faux ». « Pseudo-scientifique », que l'on peut traduire par « faussement-scientifique », confère donc un caractère péjoratif au terme. Le terme « pseudo-science » signifie donc qu'une connaissance ou une démarche non-scientifique a la prétention, volontaire ou non, d'être scientifique. « Non-scientifique », de son côté, signifie simplement qu'une théorie, une croyance ou une connaissance ne relève pas du domaine de la science, sans connotation péjorative.
Le qualificatif de « pseudo-science » ne s'applique donc pas en fonction de la « rationalité » ou de la « non-rationalité » d'un domaine, ou de la possibilité de prouver ou non une affirmation, mais de cette prétention de faire partie de la science. Par exemple, la création artistique, bien que faisant appel à l'irrationnel, ou les croyances ésotériques ou religieuses, bien qu'impossibles à étudier et prouver selon les critères de la science, ne sont pas des pseudo-sciences.
Caractéristiques
Voici les principales caractéristiques qui amènent généralement à qualifier une affirmation ou une théorie de « pseudo-scientifique » :
- Impossibilité de réfuter les hypothèses soumises. Le philosophe Karl Popper, constatant qu'il est possible de trouver des observations pour confirmer à peu près n'importe quelle théorie, propose une méthodologie fondée sur la réfutabilité : pour être admise comme scientifique, une théorie doit être réfutable. Exemple d'hypothèse réfutable : l'eau dans laquelle a été dissoute un anticorps en conserve les propriétés alors qu'il n'y a plus de possibilité statistique que l'anticorps en question soit encore présent. Il s'agit d'une hypothèse scientifique. En effet, il suffit de mettre l'eau ainsi traitée en contact avec des globules blancs pour voir ces derniers vont réagir ou non. S'ils ne réagissent pas, c'est que l'hypothèse était fausse (voir mémoire de l'eau). Exemple d'hypothèse souvent qualifiée de pseudo-scientifique : la force psi, qui a la caractéristique de ne pas se manifester lorsque l'on tente de l'étudier en laboratoire, est responsable des phénomènes de télékinésie. Cette hypothèse est impossible à réfuter car si aucune expérience ne met cette force en évidence, cela ne vient pas en contradiction avec l'hypothèse de départ. Donc, peu importe le résultat, l'hypothèse ne peut pas être infirmée.
- Erreurs méthodologiques, manipulations statistiques des résultats. Exemple : une compagnie pharmaceutique affirme que son nouveau produit est efficace dans 25 % des cas. En revanche, elle omet de rappeler qu'un placebo produit une amélioration des symptômes dans la même proportion. Autre exemple : les résultats de l'expérience du médecin Jacques Benveniste sur la mémoire de l'eau (cité plus haut) n'ont jamais pu être reproduits. Bien que l'hypothèse de départ était scientifique, de nombreux scientifiques ayant retenté l'expérience soupçonnent la méthode choisie de comporter des lacunes qui avaient faussé le résultat.
- Conclusions hâtives, ou fausses conclusions, par rapport aux résultats. Exemple : une voyante obtient un taux de succès, pour ses prédiction, de 75 %. En revanche, seulement quatre prédictions ont fait l'objet de l'étude. Les résultats, fondés sur un échantillon peu significatif, peuvent être le résultat du hasard. Autre exemple : pendant la nuit, des gens sont réveillés par un phénomène lumineux parcourant les fils électriques près de la maison. Le lendemain, ils constatent la présence de trois cercles où la neige était absente dans leur champ. Ils concluent que les cercles furent causés par le phénomène lumineux aperçus sur les fils. En fait, après enquête, les cercles dans les champs furent constatés par d'autres témoins quelques jours avant le phénomène lumineux.
- Impossibilité d'observer le sujet d'étude. La science a pour mission d'expliquer le monde observable par des théories. Ainsi, si l'objet d'étude est au départ quelque chose d'inobservable, il ne peut s'agir d'une science. Exemple souvent présenté : la cryptozoologie, la « science » qui a pour mission de démontrer l'existence de créatures non reconnues officiellement. De plus, cette discipline a pour caractéristique de ne favoriser qu'une seule hypothèse pour expliquer une série de phénomène qui eux, sont observables. En revanche, une discipline consacrée à l'explication de ces observations et qui ne favoriserait pas une hypothèse plus qu'une autre serait scientifique.
- Utilisation de sophismes pour appuyer une conclusion (Voir l'article sophisme pour plus de détails)
Stratégies pour donner une apparence de sérieux
Les éléments suivants, qui ne signifient rien en soi sont utilisés par les personnes qualifiées par la plus grande partie du monde scientifiques d'être « pseudo-scientifiques » pour appuyer leurs affirmations et donner une apparence de sérieux :
- l'utilisation d'un nom comportant le suffixe « ~logie » (par exemple « ufologie ») ;
- la publication de brevets : un brevet n'est soumis à aucune vérification préalable et ne garanti donc pas que le système breveté fonctionne ;
- la référence à des normes : par exemple, un objet sera certifié conforme à la norme internationale CEI 61000, ce qui sera probablement vrai et signifie simplement que l'objet ne perturbe pas les appareils électromagnétiques (une boîte vide est par exemple conforme à cette norme) ;
- le détournement de titres universitaires, comme le terme de « docteur » ou de « professeur » ; à ce titre, on peut noter l'obtention du doctorat de sociologie par Germaine Hanselmann, dite « Elisabeth Teissier », pour son travail sur L'épistémologie de l'astrologie à travers l'ambivalence fascination/rejet dans les sociétés modernes ; les déclarations de Mme Hanselmann ont créé une polémique, celle-ci étant accusée d'avoir publiée sa thèse afin d'arguementer auprès du grand public sur le caractère scientifique de l'astrologie.
Comportement des personnes qualifiées de « pseudo-scientifiques » face aux critiques
L'isolement par rapport au monde scientifique
Les disciplines qualifiées de « pseudo-sciences », ne publient pas dans les canaux de communication scientifiques habituels (thèse de doctorat, mémoire, articles scientifiques, etc.).
N'étant pas reconnues par le monde scientifique, la raison invoquée étant le manque de sérieux, elles ne sont généralement pas enseignées ni dans les écoles ni dans les universités (bien sûr, il existe des exeptions où des pseudo-sciences sont enseignées dans les établissement d'éducation pour des raisons politiques et religieuses, comme dans le cas du créationnisme dans certains états américains). De plus, publier dans les publications scientifiques serait impossible, les comités de rédaction filtrant (en principe) le contenu.
Cet isolement est donc à la fois volontaire et forcé. Certaines personnes, qui défendent ces disciplines, parlent d'une « main-mise sur la science par une élite ».
Le refus de l'échec
Des théories sont ainsi rejettées, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de consensus. Toutefois, l'histoire des sciences regorge d'exemples de théories qui ont été rejettées a priori, et qui ont été par la suite admises, notamment grâce à l'acharnement de leurs créateurs ; citons par exemple la tectonique des plaques ou la théorie de l'évolution de Darwin.
A contrario, un exemple célèbre de « défaite » scientifique est celle d'Albert Einstein où il s'opposa à la mécanique quantique et conçut le fameux paradoxe EPR. Devant l'argumentation fournie par Niels Bohr, il dut s'incliner. Il en ressortit grandi pour avoir apporté un débat très intéressant à la science.
À l'inverse, les personnes qualifiées de « pseudo-scientifiques » refusent souvent la moindre concession en décrivant leurs idées comme « trop en avance », expliquant qu'elles finiront par « triompher », se référant par exemple à Galilée.
Théorie du complot
Une défense des disciplines qualifiées de « pseudo-sciences » est la théorie du complot.
Cela se manifeste par le rejet des travaux des scientifiques « établis » (personnel des universités et organismes de recherche) et de leurs sujets.
Un exemple se manifeste en ufologie, discipline souvent qualifiée de « pseudo-science ». La plupart des scientifiques admettent que la vie extra-terrestre est possible et même probable (avec des tentatives de communiquer comme le projet SETI), mais considèrent l'action d'extra-terrestres sur Terre comme improbable, ou tout du moins comme une hypothèse qui n'est pas appuyée par des preuves. Cette analyse critique est totalement rejetée par les ufologues. Leur argumentation consiste en général à dénoncer une « main-mise sur la science par une élite » (establishment) qui verrouillerait l'accès au savoir, voire même l'action des services secrets ou de l'armée, ou encore de lobbies industriels.
Système de régulation de la science
La science n'est pas tant une accumulation de savoir qu'un système de régulation : il s'agit d'un système auto-correctif, considérant à la base que tout énoncé est potentiellement erroné et doit être débattu, et qu'un savoir est périssable. Une « théorie admise » n'est jamais qu'un consensus qui peut évoluer. Gaston Bachelard disait : « La vérité est une erreur rectifiée ».
Lorsqu'une personne conteste une théorie et en propose une nouvelle, elle initie un débat (par l'intermédiaire de publications, de conférences, etc.) et il lui incombe d'apporter tous les arguments favorables à la nouvelle thèse. Les personnes défendant l'ancienne théorie, ou une théorie concurrente, apporteront les arguments opposés.
Les comités de lecture
Les publications scientifiques s'appuient sur un systèmes de comités de lecture (referee), qui se charge de s'assurer de la rigueur des articles (qu'ils font bien référence à des publications antérieures, qu'ils s'appuient sur des données expérimentales dont la réalisation est décrite afin qu'elles puissent être reproduites). Ces comités de rédactions proposent des modifications aux articles (leurs membres voient passer de nombreux articles sur les sujets traités et aident donc à la coordination entre les articles), et filtrent les articles si ceux-ci ne répondent pas aux critères de rigueur.
Ce système est parfois critiqué. Notamment, les membres des comités font eux-même partie de laboratoires publiant sur les sujets, et sont donc juge et partie. Ainsi, certains scientifiques préfèrent publier d'abord sans comité de lecture (par exemple sur Arxiv.org) avant de soumettre l'article à un comité : la signature de l'article engageant l'auteur, ces scientifiques estiment qu'il en supportera lui-même les conséquences en cas de résultat erroné.
Dans les disciplines qualifées de « pseudo-sciences » par ceux qui y voient un refus de la dialectique du débat contradictoire, on constate un refus de ce sytème.
Paradigme et Modèle
Dans le monde scientifique, un modèle servant de représentation provisoire du monde doit être testé sur l'autel de la réalité. Dans cette optique, un scientifique vérifie si son explication est ou non pertinente.
La notion de paradigme (une « représentation du monde ») est très utilisée dans les disciplines qualifiées de « pseudo-science ». L'accusation portée est que cela permet de ne jamais vérifier la pertinence des explications, restant dans le domaine de la croyance. Dans cette optique, l'hypothèse de base de la théorie n'étant donc jamais remise en cause et il n'y a pas d'alternative possible à celle-ci.
Exemples de domaines souvent qualifiés de « pseudo-sciences »
Nous trouvons, dans les pseudo-sciences :
- des domaines qui correspondent à la définition donnée des « pseudo-sciences ». Il s'agit de domaines qui se définissent à partir d'un paradigme ou d'une théorie et non sur un objet d'étude observable (voir plus haut à caractéristiques) ;
- Cryptozoologie
- Métapsychique
- Astrologie
- Graphologie : ses défenseurs se réclament de la psychologie. Cette discipline a pour objectif d'identifier des caractéristiques de la personnalité d'un individu par l'analyse de son écriture. Aucune expérience scientifique n'a toutefois établi de corrélation statistique entre la personnalité et le style d'écriture.
- des domaines qui, par la difficuté de l'étude du phénomène, par leur implication dans des systèmes de croyances et par leur attrait sur l'imagination collective, attirent un grand nombre de passionnés, scientifiques ou non, chacun ayant sa théorie plus où moins médiatisée :
- Ufologie : a commencé dans les années 1940 et 1950 par des études de l'armée de l'air américaine sur ce qui semblait être des objets lumineux volants se déplaçant à grande vitesse et aperçus par de nombreux pilotes. Les hypothèses de départ étaient variées : nouveaux appareils de guerre ennemi, phénomène atmosphérique ou engins extra-terrestres. En revanche, les efforts de la très grande majorité des ufologues modernes sont consacrés à la preuve de la troisième hypothèse, et à démontrer comment, selon eux, les gouvernements ont étouffé la vérité. Ils nient à priori les autres possibilités, allant dans certains cas jusqu'à décrire les différentes espèces de visiteurs inter-galactiques et inter-dimensionnels ainsi que leurs mœurs.
- Céréologie : les apparitions d'agroglyphes, aussi appelés crop circles, dans la campagne du sud de l'Angleterre serait attestée depuis le moyen-âge. On a pu noter une augmentation de la fréquence d'apparition du phénomène tout d'abord dans la décennie 1970 et ensuite à la fin de la décennie 1990, associée à une complexification géométrique croissante des motifs. La médiatisation accrue du phénomène a attiré un grand nombre d'amateurs de ce type de mystères, avançant de nombreuses explications.
- Parapsychologie : une bonne proportion des départements universitaires de parapsychologie soutiennent a priori l'hypothèse (impossible à réfuter, voir plus haut) de la force psi. De plus, comme de nombreuses observations de phénomènes paranormaux se sont avérées être des supercheries ou relever d'erreurs méthodologiques, et que de les autres cas sont mis en doute par de très nombreux scientifiques (doutes qui n'ont souvent pas été confirmés ou écartés pour cause de manque chronique de financement et de moyens) la réalité même de l'objet d'étude est controversée.
- des domaines que tous admettent comme scientifiques mais dans lesquels se glissent des pratiques entrant dans la définition de la « pseudo-science » pour diverses raisons : appat du gain, raisons politiques, prestige d'une personne ou d'une institution en jeu, conflits personnels entre chercheurs, etc.
